LETTRES ANGEVINES

PAR YVON JOSEPH-HENRI © sauf autorisation


ZOLA

[Sommaire Général]

Sommaire Zola

 


Etude de textes 1

Texte 1 : Extrait de la Préface au Docteur Pascal par Henri Mitterand

Texte 2 : La méthode expérimentale (http://perso.wanadoo.fr/jacques.mauger/zola.html)

Texte 3 : Le naturalisme ( http://www.cegetel.edu/projets/magister/zola.htm)

PRÉFACE

 

C'est au début de juin 1892 que Zola commence à réunir des documents pour Le Docteur Pascal, vingtième et dernier roman du cycle des Rougon-Macquart. Il a écrit le mot final de La Débâcle le 12 mai 1892. Au cours des jours qui ont suivi, il a dû surveiller les répétitions d'une reprise de Thérèse Raquin , prévue pour le 20 mai au Théâtre du Vaudeville. Installé à Médan depuis le 4 juin, il a hâte de se remettre au travail, pour en terminer avec sa « terrible série ». Il a choisi son héros depuis longtemps: Pascal Rougon, le frère d'Eugène Rougon et d'Aristide Rougon, dit Saccard.

Il s'est procuré quelques ouvrages sur l'hérédité. Il a sans doute relu ses notes de 1868 sur L'Hérédité naturelle , du docteur Prosper Lucas. Il a découpé l'année précédente dans Le Siècle du 14 janvier 1891 un article de Georges Pouchet, professeur d'anatomie comparée au Muséum d'histoire naturelle, ami de Flaubert et de Céard et relation plus épisodique de Zola, sur la complexité des mécanismes héréditaires. Georges Pouchet lui a adressé quelques notes manuscrites complémentaires, le mettant en garde contre toute conception mécaniste de l'hérédité, contre toute représentation figurée de ses phénomènes: « Les ressemblances qui nous frappent sont beaucoup plus limitées qu'elles paraissent »; quant d l'arbre généalogique d'une famille, s'il est légitime de lui faire représenter les unions et les filiations, pures et simples, il devient un diagramme abusif si l'on en fait un modèle descriptif et explicatif des modes de transmission héréditaire des traits physiques et moraux, car a la souche de l'arbre généalogique en histoire naturelle n'a pas de sens puis qu'elle suppose innéité totale ». Malgré ces réticences, Georges Pouchet a tout de même dessiné pour Zola un tableau généalogique des Rougon-Macquart, constitué de cercles, d raison d 'un cercle par personnage, dans lesquels des secteurs de couleurs différentes représentent les parts d'hérédité que chacun doit a ses ascendants.

Zola possède aussi le livre du neurologue Jules Déjerine, sur L'Hérédité dans les maladies du système nerveux , publié en 1886. Il se contente de résumer les trois premiers chapitres de l'ouvrage. Il y trouve des données qu'il connaît déjà plus ou moins, sur les différentes lois de l'hérédité selon Darwin: la loi de l'hérédité directe et immédiate, la loi de prépondérance dans la transmission des caractères, la loi de l'hérédité en retour (qui donne à l'individu des traits de ses ancêtres), la loi de l'hérédité d'influence (par imprégnation du premier époux sur les enfants nés d'un second mariage). Il s'intéresse de plus près, sachant qu'il va faire réapparaître dans son dernier roman la vieille aïeule folle, la « tante Dide », à « l'hérédité dans les maladies du système nerveux », et en particulier dans la folie. Il prend note aussi de la théorie du moi: l'état psychologique morbide, explique Déjerine, commence lorsque le moi ne réagit plus contre les incitations qui viennent l'assaillir. Au contraire, Pascal, notera Zola, « a donné un moi solide à Clotilde, parce que le moi est le noyau solide qui résiste à l'impulsion ~: le milieu et l'éducation corrigent les poussées d'une hérédité chargée.

Ces premières lectures documentaires se complètent par celle, probablement plus superficielle, des travaux du biologiste allemand Weismann, traduits en français, l'année même sous le titre Essais sur l'hérédité et la sélection naturelle . Zola a trouvé l'ouvrage le 2 juin 1892 dans la bibliothèque de son ami le docteur Maurice de Fleury, chroniqueur médical du Figaro. Weismann développe la théorie de la continuité du « plasma germinatif », mais Zola se contentera de ce qu'il a déjà lu là-dessus dans Déjerine. C'est aussi Maurice de Fleury, sans doute, qui, très tôt, a incité Zola à faire grand cas, dans les thérapeutiques qu'il prête au docteur Pascal, des injections hypodermiques. Les « piqûres » , comme dira plus tard la voix populaire, sont en train de conquérir les faveurs du public. Maurice de Fleury s'y intéresse. Il a vanté d Edmond de Goncourt, le 3 janvier 1892, « un remède magique contre la faiblesse ~: une simple injection d 'eau. D'autres injectent des substances nutritives. Le malheureux Alphonse Daudet croit pouvoir guérir les ravages de sa syphilis en se faisant administrer des injections préparées par le docteur Brown-Séquard. La médecine en est encore à l'âge de la magie, ou pour le moins du « placebo ~ généralisé. Du charlatanisme aussi. Ou, au contraire, du fatalisme et du laisser-faire. Le docteur Pascal tombera successivement dans ces deux pièges.

Sans aucun doute, la documentation de Zola est à jour. Les écrits du docteur Lucas, qui ont fourni les hypothèses de base des Rougon-Macquart, ont plus de quarante ans: Zola les dépoussière en lisant les plus récentes considérations sur l'hérédité. Mais il le fait rapidement, et sans s'embarrasser de longues interrogations: son intention n'est pas de prendre part, a son tour, aux débats scientifiques, mais de fournir d son personnage un discours en trompe l'Žil, qui authentifiera sa condition, son caractère et ses entreprises. Il ne s'attarde pas, et passe à l'Ebauche du roman&emdash;sans doute dès les premières journées de son séjour à Médan, après le 4 juin 1892.

 

Emile Zola, Le Docteur Pascal ,
Préface de Henri Mitterand Edition Folio Classique.

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