LETTRES ANGEVINES

PAR YVON JOSEPH-HENRI


LE MYTHE ANTIQUE ET LA TRAGÉDIE MODERNE

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L'esthétique

Instruire , plaire, toucher : une règle d'actualité ?

La machine infernale

Dans quelle mesure le titre de la Machine Infernale éclaire-t-il votre lecture de la pièce ?


"Instruire, plaire et toucher", telles étaient les règles proposées, au XVIIème siècle, pour l'écriture des tragédies classiques.
Dans quelle mesure la pièce moderne d'inspiration mythologique respecte-t-elle encore ces règles?

De Julie (Guadeloupe) Bac blanc

Lionel.Royer 28/02/99 14:06 Lionel.o.fr a dit :
 
>
 
>Date : mercredi 24 février 1999 16:55
>Objet : Re: Aide aux devoirs
>
>17/02/99
>
>>Je m'appelle Bérengère,je suis en 1 ère S, et je vous sollicite pour
>>m'aider à traiter le sujet suivant que notre professeur nous a donné à
>>faire durant les vacances.
Louis Jouvet, acteur, régisseur, metteur en scène et directeur de
théâtre (1887-1951), qui a étroitement collaboré avec Jean Giraudoux et a créé Électre le 13 mai 1937, affirmait: "Le théâtre est d'abord un beau langage."
Dans quelle mesure, selon vous, cette formule peut-elle s'appliquer à
l'Électre de Giraudoux?
 
>>Pour moi, ce sujet renvoie à l'étude du mythe antique. Louis Juvet, homme
>>de théâtre met l'accent sur la beauté du langage théâtrale alors que
>>pour moi le théâtre est plus de la mise en scène, des décors, des
>>costumes, quelque chose que l'on regarde avant tout. J'ai élaborée le plan
>>suivant et je voudrais connaître votre avis avec les modifications que je
>>pourrai y apporter.
>>
>> 1 L'importance du langage poétique
>> Le mythe: une belle histoire, un langage soutenu
>> Les métaphores et les comparaisons poétiques
>> La construction lexicale des dialogues
>> 2 La supériorité de la réflexion et des commentaires fait
>>sur l'action
>> Le développement des tirades
>> L'évacuation de l'action hors de la scène
>> Les affrontements verbaux dont l'issu est déjà connue
>> 3 Un spectacle complet, avec laideur et beauté
>> Le burlesque et la vulgarité
>> Le rôle divertissant des éléments visuels
>> Le rôle symbolique que prend le langage théâtral, un
>>ensemble
>>
>>En fait Giraudoux est un peu une exception dans l'écriture d'une oeuvre
>>théâtrale. Il emploi une langue travaillée et poétique, je pense que c'est
>>pour cela que L Juvet à dit cela. Ai-je raison?
>>Je voudrai connaître les éléments clés à placer dans ma dissertation et où
>>les placer.
>>
>> Je vous remercie d'avance
>>Bérengère (r)
>>
>
En ce qui me concerne, j'aurais plutôt posé le sujet par ce qui fait son problème principal.
Allez-vous au théâtre pour entendre bien parler ? (posez-vous la question par rapport au cinéma et vous verrez) Non !
Donc a priori pourquoi va-t-on au théâtre (ou au cinéma) ? Pour se distraitre ? Pourquoi ? Parce qu'on nous raconte une histoire et qu'on voit l'action non ?
Comment dès lors nous dire que c'est l'art du beau langage ?
Vous voyez dès lors que cela pose un problème et que pour régler ce pb il faut que je réfléchisse :
1. Effectivement
le théâtre (quand je le lis) est d'abord discours . Est-ce si étonnant ? non puisque les personnages jouent donc parlent.
2. Cependant parlent-ils comme ils devraient parler ? Voilà le pb de fond à mon avis !
Non en réalité . Le jardinier certes parle de préoccupations de son jardin (il faut le montrer) mais en réalité il parle quasiment comme n'importe qui. Il suffit d'imaginer l'accent des pays de Loire , à la campagne pour comprendre que les mots ne pourraient pas être écrits de la même manière, ni être les mêmes . On n'imagine pas non plus un jardinier en train de parler de la tragédie (lamento). Où dit-il merde ou putain ?
Idem pour les petites Euménides :je connais des enfants de ce genre qui ont tout de même un vocabulaire autrement plus "offensif" que " le destin te montre son derrière Jardinier" , non ?
3. Pourtant Giraudoux a fait des efforts : il fait parler le mendiant comme quelqu'un de plus proche de nous que ce qu'on peut voir dans les tragédies classiques ou antiques.
De même agathe (avec son "chéri" quand elle parle à son mari) renouvelle le style de la tragédie. etc...
4.Pourquoi dès lors la tragédie d'Electre semble tout de même si figée malgré les efforts de GIraudoux ?
Le jardinier nous en exprime la leçon, comme le mendiant : tout y est artificiel (comme l'allée en béton ) mais donne l'illusion du réel (la chouette vient y boire)
C'est parce qu'on stylise.
C'est d'ailleurs grace à cela que l'on peut rendre les choses signifiante.
Qu'on y réfléchisse : tout le théâtre est artificiel ( la scène, l'éclairage, les acteurs, l'époque éventuellement.
Lorsque l'on rapproche les personnages de nous, est-ce pour les rendre simplement plus ordinaires ou pour nous permettre simplement de nous sentir concernés et du coup de nous pousser à voir dans les faits racontés des éléments actuels ?
Dès lors, s'agit-il tant de "beau langage" ?
 
Voilà le schéma.
En dissert il faut toujours raisonner librement ! pas poser des idées toutes faites il me semble.
Dites moi éventuellement ce que vous en pensez et si vous avez besoin d'autre chose.
 
Bon courage
 

Dans quelle mesure le titre donné par Cocteau à sa pièce èclaire -t-il votre lecture de l'oeuvre?
 
[Plan élève] [réflexion proposée]
 
 
Plan d'élève
 
1) Machine: _complot des dieux
_irreversibilité de la tragédie
_outil des dieux pour se moquer
2) Infernale:_Terrible,gravité
_Sadisme des dieux
 
S'il vous plait pourriez vous m'aider à completer ce plan me donner
d'autres idées et des exemples
je vous remercie d'avance
 
Proposition de réflexion
 
Je pense qu'il faut mieux poser le pb plus largement
1. Dès l'intro partir de l'idée que "la machine infernale" raconte l'histoire d'Oedipe . Donc pourquoi n'avoir pas nommé la pièce "Oedipe" ?
- Est-ce par souci d'originalité ?
- N'est-ce pas plutôt pour enlever à la pièce son caratère trop marqué trop individuel pour la hisser à une dimension universelle ?
2. Dès lors, il reste à voir si
a. Le titre de Cocteau résume bien sa pièce : Si cette pièce est effectivement construite comme une machine infernale, dans tous les sens de l'expression.
b. Si cette dimension de la pièce la dénatue, la modifie profondément ou la renouvelle.
c. Si la pièce se résume à ce seul titre.
 
Ce "c" pourrait être éliminé.
 
La pièce est construite comme une machine infernale
1. Parce que dès le début, nous sentons que l'inévitable est le destin d'Oedipe.
2. Parce que les dieux sont omniprésents et que Anubis est le dieu des Enfers !
3. Parce que l'on peut se demander si le destin est autre chose qu'une invention, donc une machine, des dieux....
4. Parce qu'enfin le terme de machine nous renvoie aussi à la dimension théâtralisé de ces "deus ex machina" ce dieu qui sortait de la machine, des cintres du théâtre : lorsque dans l'acte II Anubis de Némésis sont en haut, en train de contempler le spectacle d' Oedipe, ne sont-ils pas dans leur loge théâtrale ? Et le spectateur n'est-il pas convié à regarder le spectacle de la vie, de sa vie ?
 
II . L'intérêt du procédé est
1. La mise en évidence du tragique
2. Mais aussi la dimension divine de ce tragique.
3. Dès lors on peut considérer que l'oeuvre prend une dimension didactique évidente.
 
III. Mais là n'est pas tout l'intérêt du procédé qui vise à renouveler la tragédie en l'adaptant à un public, et à une époque modernes.
1. La notion de machine a une dimension qui nous renvoie au mécanisme, à l'horlogerie d'une sorte de bombe à retardement. Le tragique se rapproche donc particulièrement du genre policier.
2. Ce faisant Cocteau désacralise le tragique. Le Destin n'est plus une entité supérieure qui avait son fondement mystérieux et profond mais devient une sorte de caprice de femme repoussée. Les dieux des sortes d'individus d'oeuvrés qui n'ont pas grand-chose à voir avec les hommes qui ne s'intéressent guère à eux.
3. Et dès lors, le véritable tragique de la situation, c'est celui de la condition humaine, qui nous condamne à tourner en rond en quelque sorte, à refuser de voir de nos yeux la vérité du monde car cette vérité est-elle visible pour nous ? A quoi bon des yeux si ces yeux ne peuvent voir ?