LETTRES ANGEVINES

par Yvon JOSEPH-HENRI

 

SUJETS DU BACCALAUREAT

Epreuve Anticipée de Français

SESSION DE JUIN 1998

CORRIGES


AVERTISSEMENT :

Un corrigé n'est qu'une possibilité parmi d'autres de traiter un sujet. Le propre de l'homme étant l'intelligence, il ne viendrait à aucun correcteur l'idée d'enfermer un devoir dans une réponse unique. Même si on essayait de "calibrer" les corrections pour éviter les distorsions, il faut garder à l'esprit qu'heureusement on trouve des copies de qualité qui surprennent parce qu'elles sortent des chemins tout tracés et ce, avec justesse.


SOMMAIRE DE LA PAGE

France
[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]
Espagne
[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]
Réunion (en cours)
[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]
Guyane (en cours)
[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]

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France Métropolitaine

SUJET 1

1 - Comment et pourquoi le philosophe rend-il sensible "l'ignorance extrême" des Américains (lignes 8 à 17) ? (2 points)
Le philosophe rend sensible "l'ignorance extrême" des Américains à l'aide d'un ensemble de procédés. On constate d'abord un champ lexical de la connaissance regroupant à la fois le terme ignorance que le terme connaître (repris deux fois). On note aussi l'utilisation de négations répétées : «ils ne connaissaient pas...ils n'avaient point... ils n'avaient jamais conçu... il n'y avait rien».. D'autres procédés hyperbolliques permettent aussi de grossir l'ignorance des Américains : «ignorance extrême» [forme absolue par l'adjectif], «les arts les plus simples», «les plus nécessaires» [superlatif absolu], «ils n'avaient jamais», «au-delà duquel il n'y avait rien» [deux formes qui dépouillent le temps et l'espace]. Enfin, l'ironie de l'auteur jou d'oppositions, d'inversions : entre le temps mis à creuser un arbre pour en faire un bateau («des années entières»), ils devaient se contenter ou de ramer ou de s'y délasser ce qui dénote un contre-usage; opposition entre la concession («Il est vrai qu'...» qui laisse entrevoir un savoir) et la réalité cruelle introduite par Mais («Mais comme ce vaisseau...»). Enfin, on peut relever une progression fondée sur le rythme (l. 10-13 : 3 morceaux de phrase séparés par des points-virgules qui vont en progressant relayés par le son "u" : nus, conçu, défendu).
Le philosophe rend sensible "l'ignorance extrême "des Américains d'abord pour amuser la comtesse : nous aimons bien sentir notre supériorité vis à vis des autres. Mais, ce faisant, l'auteur prépare son argumentation. En effet, il s'agit pour lui de faire sentir à la comtesse, que notre vision de l'avenir est toujours bornée par notre savoir, notre science. Ce n'est donc pas parce que nous ne pouvons aller dans la lune que nous n'y parviendrons jamais. Un jour peut-être, les habitants de la lune nous rendrons visite...
 
 
2 - Quelles sont les deux thèses en présence ? (2 points)
Deux thèses sont en présence, celle de la comtesse qui considère que nous ne connaîtrons jamais les habitants de la lune (l.1 «Ces gens de la lune, on ne les connaîtra jamais») et celle de Fontenelle pour qui nous pourrions entrer en relation avec les habitants de la lune et qu'il exprime à au moins deux reprises, ligne 6-7 («il pourra y avoir un jour du commerce entre la terre et la lune») et ligne 31-32 ( «je ne veux plus jurer qu'il ne puisse y avoir commerce quelque jour entre la lune et la terre»). On remarque d'ailleurs que Fontenelle est habile puisqu'il se garde de heurter de front la comtesse : il nuance son opposition en utilisant des atténuations (pouvoir au futur; "un jour" qui éloigne le phénomène dans un temps indéterminé; ou encore négation de «je ne veux plus jurer » et le subjonctif)
 
3 - À qui est-il possible d'attribuer les questions posées dans les lignes 28 à 29 ? [" D'où sont-ils venus ? Qui a pu les amener par-dessus les mers ? Qui a mis le feu en leur disposition ? Sont-ce les enfants du
Soleil ? "] Quel rôle jouent-elles dans l'argumentation ? (3 points)
Manifestement les questions posées dans les lignes 28 à 29 le sont par les Américains. Outre leur sens qui témoigne clairement qu'il s'agit de l'étonnement des Américains, renforcée par l'utilisation d'un vocabulaire qui traduit leur naïveté et la simplicité de leur langage (ignorance, le feu pour l'interprétation de la poudre, association du feu et du soleil, dimension divine avec la référence à un être qui les aurait transbordé et au soleil divinisé par la majuscule).
 
Fontenelle procède par étapes dans son texte : il décrit d'abord le spectacle vu par les Américains ligne 23-24 («Cependant voilà un beau jour le spectacle du monde le plus étrange et le moins attendu qui se présente à eux. De grands corps...»). Puis, par un glissement vers une forme plus animé, il nous présente leurs propos en utilisant pour cela un discours semi-direct (absence de guillements mais interrogation directe. Le "ils" désigne les Européens et si Fontenelle s'était exprimé en son nom, il aurait bien sûr utilisé le "nous")
 
Ces interrogations animent le spectacle présenté par les yeux des Américains. Fontenelle joue sur une focalisation interne. Mais, Fontenelle prépare ainsi sa conclusion : si les Américains pensent que les Européens ne sont pas des hommes, c'est parce qu'ils sont trop éloignés de penser que la mer se traverse...comme la comtesse est éloignée de penser que la distance terre-lune est susceptible d'être traversée. Voilà pourquoi d'ailleurs il assène sa thèse («Après cela je ne veux plus jurer....») et termine par le parallèle entre les Américains et la comtesse(«Il est vrai qu'il faudra traverser ce grand espace d'air et de ciel qui est entre la terre et la lune.Mais ces grandes mers paraissaient-elles aux Américains plus propres à être traversées ?»).
 
4 - Le philosophe débouche-t-il sur une conclusion définitive (de la ligne 30 à la fin) ? [" Je ne sais, Madame, si vous entrez comme moi dans la surprise des Américains ; mais jamais il ne peut y en avoir eu
une pareille dans le monde. Après cela, je ne veux plus jurer qu'il ne puisse y avoir commerce quelque jour entre la lune et la terre. Les Américains eussent-ils cru qu'il eût dû y en avoir entre l'Amérique et l'Europe qu'ils ne connaissaient seulement pas ? Il est vrai qu'il faudra traverser ce grand espace d'air et de ciel qui est entre la terre et la lune. Mais ces grandes mers paraissaient-elles aux Américains plus propres à être traversées ? "] Comment procède-t-il pour convaincre la marquise ? (3 points)
Fontenelle est habile : il se garde de conclure définitivement, ou du moins de paraître conclure définitivement. Il vaut mieux laisser parler les exemples. C'est pourquoi Fontenelle dans sa conclusion utilise des formes d'atténuation («je ne veux plus jurer qu'il puisse y avoir commerce quelque jour entre la lune et la terre») : la négation, l'indétermination (quelque), le subjonctif venant renforcer tout cela dans une utilisation normale. Pour se garder de conclure péremptoirement, il utilise aussi des questions oratoires.
 
Pourtant son argumentation est bien une conclusion qui témoigne avec vigueur du raisonnement par analogie qu'il a fait :
D'abord la conclusion sur son point de vue, son jugement et sa thèse
Ensuite suit la justification : pour ne pas faire comme les Américains et surtout souligner que la distance entre deux continents est du même ordre que celle entre la lune et la terre. Dès lors, il n'y a plus d'incertitude : l'histoire répond pour Fontenelle.
 
Il a donc convaincu la comtesse d'abord en piquant sa curiosité au tout début du texte sous la forme d'un pari (je gage).Il l'a ensuite séduite en l'amenant à rire des "sauvages" ignorants. Mais soudain, il abat ses cartes : l'argumentation qu'il développait était analogique et la comtesse se retrouve dans la position des "sauvages". Accepter de persister dans sa thèse, c'est prêter à rire de soi comme elle riait des Américains.

II. - TRAVAIL D'ÉCRITURE (10 points)

En vous inspirant du type d'argumentation utilisé par Fontenelle, imaginez à votre choix les propos de quelqu'un qui, de nos jours, s'enthousiasmerait pour une découverte (ou une invention) ou au
contraire la condamnerait avec force.
 
Le travail d'écriture posé nécessitait de répondre à plusieurs critères qu'il fallait bien voir. Le premier devait reprendre le type d'argumentation utilisé par Fontenelle, soit une argumentation par analogie. Ensuite, les propos devaient aussi manifester beaucoup de vigueur soit dans la condamnation d'une découverte ou d'une invention, soit dans la défense enthousiaste. Enfin, il s'agissait de parler d'une découverte ou d'une invention contemporaine.
Est-il utile d'ajouter qu'il ne s'agit pas en première d'un simple travail de rédaction ? L'épreuve suppose que l'on soit aussi, bien entendu, capable de développer une argumentation valable, rigoureuse dans sa logique.
 
C'est dire que l'exercice était redoutable et qu'il devrait inciter à la prudence des candidats qui se lancent les yeux fermés sur le sujet I parce qu'il est réputé plus facile que le sujet II ou le sujet III. Si l'on ne sait pas écrire, ce travail d'écriture est aussi redoutable qu'une dissertation ! Si l'on n'a pas de culture, il est plus redoutable qu'un commentaire composé qui dispose d'un cadre, ou qu'une dissertation dont on sait sur quelle oeuvre elle portera!
 
A voir le peu de candidats pour la dissertation et -dans une moindre mesure- pour le commentaire composé, on peut s'interroger sur la lucidité des candidats. Je propose à tous de méditer sur le fait suivant : à l'heure actuelle, les concours administratifs post-bac, les programmes des classes prépa, les devoirs littéraires à l'université lorsqu'il y en a (et il y en a plus qu'on ne le croit) reposent sur la dissertation. Cela ne durera sans doute pas, mais c'est une donnée encore actuelle.
 

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SUJET 2

I. - QUESTIONS (4 points)

1 - Quelle valeur prennent dans le texte dépossession et reine du jardin à cause de la mise en italique ? (1 point)

La mise en italique des deux termes conduit à leur donner une importance accrue dans le texte. Or, ces deux termes étant les seuls ainsi soulignés, il est évident que l'auteur les rapproche et nous invite à les rapprocher. Dès lors, on ne peut manquer de constater que cette dépossession s'opère pour Aldo lorsque la jeune fille devient "reine du jardin" ce qui expliqué aussitôt comme une prise de possession. Les deux expressions traduisent donc un basculement dans le texte, comme un changement de polarité : le personnage d'Aldo qui venait prendre possession de son paysage, de son jardin ("mon belvédère") se rend compte que cette femme non seulement a pris sa place, mais qu'elle a agi sur le jardin.

2 - Par quelles notations le narrateur donne-t-il progressivement consistance à la jeune inconnue (de la ligne 4 à la fin, [c'est-à-dire : dans le deuxième paragraphe ] ) ? (2 points)

Le narrateur donne progressivement consistance à la jeune inconnue selon plusieurs axes. On constate en effet d'abord qu'il perçoit un être encore incertain : «une jeune fille» ou «une très jeune femme». A la fin du texte, il n'est plus de doute : c'est «La jeune fille» et nous découvrons son identité , «Vanessa». C'est donc à une découverte que nous invite Aldo en nous incitant à refaire l'itinéraire qui a été le sien.

Au fond, à observer le texte de plus près, on s'aperçoit que le surgissement d'un personnage de plus en plus identifié va de pair avec d'autres progressions. Ainsi, le narrateur ne découvre au début qu'un «profil perdu» qui devient «un visage à demi dérobé» mais dont la beauté est déjà perceptible. Plus loin, la jeune femme est perçue comme une silhouette dominatrice, puis comme la reine du jardin, preuve d'une reconnaissance moins qui s'impose par elle même que par la conscience de l'observateur.

Dès lors, le travail de Gracq est perceptible : d'une part le personnage suit un itinéraire par lequel le narrateur l'identifie comme un être qu'il connaît de plus en plus. Parallèlement à cette identification il y a un mouvement du regard qui part d'une silhouette, remonte au profil, trouve un visage dérobé et s'éloigne à nouveau pour regarder une silhouette dominatrice, une statue dans un jardin. Gracq agit ainsi comme un peintre, qui s'attache à souligner une forme plastique et , de cette forme cherche à saisir une âme. Ce dernier aspect est en effet perceptible dans l'équilibre établi entre la jeune fille et le jardin : son «profil perdu se détachait sur la coulée de fleurs», elle apparaît à travers «le singulier accord de cette silhouette dominatrice avec ce lieu privilégié», elle devient «la reine du jardin», «l'esprit solitaire de la vallée», celle qui donne son sens au paysage («l'esprit solitaire de la vallée, dont les champs de fleurs se colorèrent pour moi d'une teinte soudain plus grave»).

3 - Justifiez l'emploi du plus-que-parfait dans la dernière phrase. (1 point)

Le plus-que-parfait joue le rôle d'un temps insolite dans la mesure où le récit se fait essentiellement à l'imparfait, au passé simple, voire au présent de vérité générale. Il provoque donc une rupture en nous ramenant au temps d'un narrateur qui nous raconte un récit qu'il conduit à sa guise.

II. - COMMENTAIRE COMPOSE (16 points)

Vous présenterez un commentaire composé de ce texte.

Un texte sans difficulté particulière si ce n'était sa densité, son mystère et ses jeux de perspectives, de ruptures de perspectives.

Faut-il rappeler qu'un commentaire composé n'est pas l'exposé de constats de procédés mais la mise en action d'études qui , en déstructurant le texte, visent à le restructurer pour mieux en faire comprendre la construction, l'intérêt. Bien entendu, ce travail est celui de l'élève, du critique et il est donc lié au regard que celui-ci porte à l'oeuvre. Simplement, ce regard n'est acceptable pour un lecteur du devoir [le correcteur en l'occurence] que si on a pris soin de conduire son lecteur, d'étayer son jugement.

De quoi s'agit-il ici ? Du renouvellement du thème de la rencontre amoureuse. Quels éléments sont perceptibles : la surprise, le dépit et enfin l'acceptation à travers la sensation d'une évidente domination acceptée comme une source de plaisir intense et ouvert. Bien entendu, il s'agit aussi d'un récit structuré de manière à faire entrer le lecteur dans une vision d'abord plutôt neutre puis de plus en plus fondée sur une métamorphose du narrateur que l'on perçoit par le jeu du changement de son regard, de ses impressions qui concernent l'autre. Ce qui est intéressant dans se texte, me semble-t-il, c'est l'histoire muette qu'il raconte, c'est la description des sentiments d'Aldo alors qu'il nous décrit Vanessa : jeu de perspectives, de ricochets, sans compter que l'auteur met toutes les formes d'art à contribution en ayant recours à la peinture et à la musique.

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SUJET 3 L

A - Série littéraire

Evoquant Electre de Giraudoux, un critique souligne que le charme de cette pièce « vient de l'alliance paradoxale du désespoir et de la fantaisie, de la profondeur tragique et d'une poésie légère.»

Partagez-vous ce point de vue ?

Un sujet classique, sans difficulté particulière. On peut souligner le paradoxe et être d'accord avec le critique, on peut aussi considérer que la poésie légère, la fantaisie, ne sont que des décors en trompe-l'oeil qui offre un plaisir de la surprise et non du paradoxe, de l'insolite.

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SUJET 3 ES-S

B- Séries ES et S

Un critique écrit au sujet des Confessions : « On y voit, plus que l'autoportrait d'un homme tourmenté, le récit rétrospectif d'une destinée malheureuse, tracé par un écrivain pathétique à force de crier son excellent naturel, malade de ses contradictions, avide de s'attirer la sympathie du lecteur » . Commentez cette réflexion d'après votre lecture des quatre premiers livres des Confessions de Rousseau.

Le sujet était plus difficile pour les ES et S que pour les L. Pourtant, dans le fond, il était classique. Il s'appuie sur les déclarations de Rousseau de ce qu'il réalise avec les Confessions un autoportrait qui dévoile un homme dans toute sa nature. Par contre, le critique oppose cet autoportrait d'un homme tourmenté au récit articifiel, parce que construit. En d'autre terme : qu'est-ce qui est le plus perceptible pour ce critique ? Non pas l'homme qui devrait faire le fond du livre, mais l'écrivain qui organise sa vie et se ligote dans ses contradictions en voulant à tout prix se peindre tel qu'il n'est peut-être pas et qui , pour s'attirer les bonnes grâces du lecteur , triche finalement sur le portrait qu'il nous fait.

Dès lors le sujet pouvait être simplifié à travers la discussion qui visait à départager deux points de vue : Rousseau est-il honnête ou non? Sous cette forme, on retombe dans des formes banales de sujets sur Rousseau.

On pouvait par contre prendre le sujet sous un biais plus riche en essayant de montrer qu'en laissant voir l'écrivain, Rousseau semblait nier l'homme. Mais, cet écrivain devient aussi un personnage de l'oeuvre, et , dès lors, il nous révèle dans les décalages de portraits, sous son désir pitoyable de corriger la réalité, ce que sont tous les hommes : des êtres qui ont leurs faiblesses mais tentent de se les cacher. Et au fond, sous cette forme, Rousseau nous renvoie en écho le portrait universel de l'homme repris par Baudelair, mon semblable, mon frère, quand Rousseau prétendait se distinguer des autres hommes. Dès lors, le terme de Confessions prend une dimension symbolique d'une certaine forme de condition humaine.

Bien entendu, je reviendrai à la rentrée sur le sujet.

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Espagne

SUJET 1

Proposition de corrigé par Debbie

Première partie-Questions (10 points)

1. Quel constat commun les deux auteurs font-ils sur l'évolution =de la langue française? (2 points)

Pour ces deux auteurs l'évolution de la langue française est inévitable, soit par besoin (Louis de Broglie), soit par usure des mots ou paresse (Marthe Robert). Mais cette évolution se fait mal car elle ne tient pas compte de l'essence de la langue française.

2. Quelles sont les étapes du raisonnement dans les paragraphes 4 à 7 =du premier texte? (4 points)

Pour Louis de Broglie, notre époque d'internationalisation des échanges et d'avancées spectaculaires de la technologie, oblige le français à intégrer de nouveaux mots. Le scientifique ne conteste donc pas l'absorbtion de ces nouveaux mots mais plutôt les conditions dans lesquelles elle est faite. De Broglie en procédant par thèse et anti-thèse montre qu'une intégration top rapide et peu raisonnée entraîne une perte de précision du langage et le globalise trop.

3. Montrez ce qui distingue, dans le ton, le style et les conclusions, le texte de Marthe Robert de celui de Louis de Broglie? (4 points)

Le ton de Louis de Broglie est argumentatif et didactique alors que celui de Marthe Robert est une critique énonciative. Le style de Louis de Broglie relève de la logique scientifique alors que celui de Marthe Robert est plus «littéraire» en ce sens où les exemples de mots oubliés sont nombreux. De Broglie utilise de nombreux connecteurs logiques alors que Marthe Robert intègre de nombreuses asyndètes pour montrer la dégradation du langage qui aujourd'hui ne sait pas passer que d'un extrême à l'autre, sans nuancer.

Cette absence de nuance est grave puisque c'est par le langage que se forme notre pensée.

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SUJET 2

Proposition de corrigé par Debbie

A &endash;Questions (4 points)

1. Expliquer l'expression «fanfare prométhéenne» (2 points)

Prométhéenne : adjectif polysémique. Prométhée est un des Titans. Il avait foi en l'homme : il fit don du feu, dérobé aux dieux, aux hommes, et fut châtié pour celà.

Dans ce texte, il semblerait que c'est davantage le gigantisme du titan qui est associé à la fanfare, avec peut-être cependant une certaine personnification de la fanfare.

Expliquer la phrase: «Ce qu'il y a d'effroyable, c'est qu'ils jouent.» (1 point)

Il s'agit d'un oxymore entre « effroyable » et « jouent ». Cette antithèse met en relief la cruauté des vents qui jouent comme des enfants.

2. Quelle image est développée dans les lignes 9 à 12? (1 point)

L'image développée est celle de la chasse, déjà anticipée par « la battue des navires » et complétée par « la grande chasse noire », « des maîtres de meutes ».

B &endash; Commentaire composé (16 points)

Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

Introduction :

Ce texte, extrait des « travailleurs dela mer » de Victor Hugo, publié en 1866, typiquement hugolien par sa démesure, est une description à la tonalité épique.

Hugo prête vie aux vents qui grondent dans un souffle épique. Ce souffle est à l'origine de la musique recréee par Hugo. Une musique terrible reproduite dans une poésie en prose.

Développement :

Le souffle épique existe dès le début du texte où =l'importante asyndète « Les vents......la vague irascible » met en relief ce souffle en soulignant la multilpicité infinie des actions des vents et la rapidité de celles-ci. Ces vents sont personnifiés tout au long du texte : « rient, etc... » . Cette personnification est confirmée par la « fanfare prométhéenne » qui renforce l'idée de gigantisme. L'octosyllabe « Qui les entend/écoute Pan » amplifie cette personnification avec Pan inventeur de la flûte mais aussi onomatopée du bruit.

Ce souffle est donc gigantesque , et, ce gigantisme est appuyé par un champ lexical de la démesure avec « mugissent », « frénétiques », « effrénés », « Ces hurleurs », « ils embouchent l'espace », « l'infini », « fanfare prométhéenne », leur situation géographique qui englobe la terre et le temps donné sur l'année « en toute saison », « des millions de mains ». Les vents chassent et jouent, c'est ce que l'on peut déduire du champ lexical de la chasse avec « olifants » « la battue des navires », « sonnant », « la grande chasse noire », « maîtres des meutes », « aboyer », « ces chiens ».

Mais ce gigantisme, ce souffle épique, est créateur, musical. Cette musicalité naît de la confusion mais surtout de l'écriture hugolienne.

Les vents ont crée un orchestre aux multiples instruments. L'asyndète les énumérant (clairons, buccins, olifants, bugles, trompettes) montre la superposition des instruments. Cette asyndète est à rapprocher de celle de la première phrase et accumule de la même façon les mouvements et les sons. « Les voix amalgamées » renforce le bruit fracassant des vents. Les sonorités de l'orchestre sont infinies et on le note dans « une sorte de fanfare prométhéenne » et « trompe éperdue ». La chasse est sonore.

De nombreux octosyllabes forcent la musicalité de ce texte : « Qui les entend écoute Pan » (avec une assonance sourde et nasale à la césure), « Ils font tout le ciel sonore », « Ces hurleurs ont une harmonie » (allitération en h renforçant le souffle des vents), « Ils sont des maîtres de meutes » (altération en m créant un effet de =domination).

Conclusion :

Ce texte est vraiment un texte musical, non pas musique douce de chambre, mais fanfare gigantesque, ressemblant davantage à la Moldau de Smetana, dont les sons se répercutent jusqu'à l'infini ; c'est de la poésie épique en prose, là où Hugo exprime le mieux son génie.

 

 

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SUJET 3 L

 

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SUJET 3 ES-S

 

L'affirmation de Pierre Brunel selon laquelle la pièce de Giraudoux aurait pu s'intituler Egisthe aussi bien qu'Electre est probablement due à la place nouvelle que Giraudoux a accordé à ce personnage en modernisant l'oeuvre.

Le nouveau protagonisme de ce personnage dans l'intrigue construite par Giraudoux pourrait effectivement nous faire croire que Pierre Brunel avait raison. Cependant ne serait-ce pas perdre de vue que l'auteur puise son inspiration dans le mythe de Atrides, famille à laquelle appartient Electre.

Après avoir étudié les élements qui plaident en faveur de l'affirmation de Brunel nous tenterons de démontrer que le seul titre valable est celu d' Electre.

****

Egisthe est le roi d'Argos, son pouvoir est donc fondé, mais pas forcément légitime. En effet c'est un roi usurpateur puisqu'il n'obtint son royaume qu'après avoir assassiné Agamemnon, roi d'Argos, père d'Electre et époux de Clytemnestre, avec la complicité de celle-ci. Egisthe tente d'exercer son pouvoir, il donne des ordres comme celui du mariage d'Electre avec le jardinier mais cet ordre ne sera pas exécuté. Son pouvoir est donc relatif car il est discuté.

D'autre part, Egisthe n'est pas un vrai Atrides, il est le cousin d'Agamemnon. Il manque également de caractère et d'envergure puisqu'Electre réussit à l'nfluencer à un tel point qu'Egisthe finit par se rallier au point de vue d'Electre. Il croit être le centre de la volonté de justice d'Electre alors il n'en est qu'une cause. Son importance pour Electre est donc relative. Il montre ainsi l'étroisse de ses vues, ce que l'on voit dans l'acte 2 scène 7 avec le don d'Argos, et à la scène 8 dans son affrontement avec Electre où il ne parvient pas à s'imposer. Egisthe est le personnage le plus diamètralement opposé à Electre. Elle est pure et innocente aux dires du jardinier alors qu'Egisthe est un assassin corrompu.

 

Electre, la princesse recluse, exerce son ascendant sur tous les personnages. Elle est le personnage central de la pièce de Giraudoux et c'est elle qui doit mener à bien l'enquête, sur lassassinat de son père, même si Egisthe a chez Giraudoux une nouvelle importance.

 

Electre est le personnage central : elle est pure, innocente; et cette innocence est jugée dangereuse par le Président qui pense qu'elle est plus redoutable que l'assassin qu'elle recherche, au point qu'elle réussit à le faire sentir coupable avant même d'avoir commis ou même penser un acterépréhensible.

Elle ne poursuit qu'un but : trouver la vérité pour que s'accomplisse la justice. Mais la justice d'Electre est un absolu et le compromis est absent de sa démarche. A cause de son refus de compromission, aucune tentative de sa mère, de son frère ou de quelqu'autre personnage ne peut lui faire changer d'idée. Elle sacrifie tout pour son idéal de justice.

Electre dérange par son refus d'oublier, par le fait que Graudoux a fait d'elle le moteur de l'action de la pièce. C'est ce moteur qui réussira à maintenir sa haine de sa mère, qui pourra convaincre son frère et fera de lui l'instrument qui assassinera Egisthe et Clytemnestre. Mais surtout, Electre est une vraie Atrides et la tragédie est basée sur le destin de cette famille. On peut également noter une autre opposition entre ces deux personnages. Egisthe est un conservateur qui incarne des idées burgeoises alors qu'Electre est porteuse d'idées modernes. Le couple Egisthe et Clytemnestre représente le pouvoir, le confort et l'arrivisme (même par l'assassinat). Electre, par son intégrité refuse les idées reçues et chamboule des situations établies.

****

L'action de la pièce tourne autour du personnage d'Electre et Egisthe lui sert presque de faire valoir. Il a une nouvelle dimension et sa conversion est une trouvaille de l'auteur a fort contenu dramatique. Pourtant, la pièce de Giraudoux ne pouvait en aucun cas s'intituler Egishe, et le seul titre valable est celui d'Electre.

 

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