LETTRES ANGEVINES

par Yvon JOSEPH-HENRI

 

SUJETS DU BACCALAUREAT

Epreuve Anticipée de Français

Et

Epreuve Lettres Terminales L et ES

SESSION DE JUIN 1999

rappel des coefficients :

Séries L : 3 - Séries ES-S : 2

Les coefficients en terminale dépendent du choix opéré : 2 ou 5 par exemple


SOMMAIRE DE LA PAGE

EAF

France

[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]

Espagne

[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]

Réunion (en cours)

[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]

Guyane (en cours)

[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3 L] [sujet 3 ES-S]

Epreuve Lettres Terminale

[ sujet 1] [sujet 2] [sujet 3]

[RETOUR SOMMAIRE GENERAL]

 
 
 
 

Epreuve Anticipée de Français

France Métropolitaine

 
Dans À propos d'Horace, Hugo crie sa haine des maîtres ignorants, "mauvais et méchants", pédants et bornés, dont il eut à souffrir en pension dans sa jeunesse. Il a formulé divers griefs, et enchaîne outre les punitions, dit-il, et autres brimades,
 
161 J'étais alors en proie à la mathématique.
Temps sombre! enfant ému du frisson poétique,
Pauvre oiseau qui heurtais du crâne mes barreaux,
On me livrait tout vif aux chiffres, noirs bourreaux;
165 On me faisait de force ingurgiter l'algèbre;
On me liait au fond d'un Boisbertrand1 funèbre;
On me tordait, depuis les ailes jusqu'au bec,
Sur l'affreux chevalet des X et des Y;
Hélas, on me foui-rait sous les os maxillaires
170 Le théorème orné de tous ses corollaires;
Et je me débattais, lugubre patient"'
Du diviseur prêtant main-forte au quotient.
[1731 De là mes cris.
[1731 Un jour, quand l'homme sera sage,
Lorsqu'on n'instruira plus les oiseaux par la cage,
175 Quand les sociétés difformes sentiront
Dans l'enfant rnieux compris se redresser leur front,
Que, des libres essors ayant sondé les règles,
On connaîtra la loi de croissance des aigles,
Et que le plein midi rayonnera pour tous,
180 Savoir étant sublime, apprendre sera doux.
Alors, tout en laissant au sommet des études
Les grands livres latins et grecs, ces solitudes
Où l'éclair gronde, où luit la mer, où l'astre rit,
Et qu'emplissent les vents immenses de l'esprit,
185 C'est en les pénétrant d'explication tendre,
En les faisant aimer, qu'on les fera comprendre.
Homère emportera dans son vaste reflux
L'écolier ébloui; l'enfant ne sera plus
Une bête de somme attelée à Virgile;
190 Et l'on ne verra plus ce vif esprit agile
Devenir, sous le fouet d'un cuistre ou d'un abbé,
Le lourd cheval poussif du pensum"' embourbé.
Chaque village aura, dans un temple rustique,
Dans la lumière, au lieu du magister antique,
195 Trop noir pour que jamais le jour y pénétrât,
L'instituteur lucide et grave, magistrat
Du progrès, médecin de l'ignorance, et prêtre
De l'idée; et dans l'ombre on verra disparaître
L'éternel écolier et l'éternel pédant.
200 L'aube vient en chantant, et non pas en grondant.
Nos fils riront de nous dans cette blanche sphère;
Ils se demanderont ce que nous pouvions faire
Enseigner au moineau par le hibou hagard.
Alors, le jeune esprit et le jeune regard
205 Se lèveront avec une clarté sereine
Vers la science auguste, aimable et souveraine.
Paris, mai 1831.
Victor HUGO, Les Contemplations (1856),
Livre premier (Aurore), « À propos d'Horace ».
 
(1) Bois-Bertrand (ici orthographié Boisbertrand) : auteur d'un manuel d'algèbre.
(2) au sens fort de: victime des bourreaux.
(3) pensum: travail ennuyeux et pénible.

 

I. - QUESTIONS (10 points)

1 - Quels aspects de l'éducation V. Hugo condamne-t-il des vers 161 à 180 ? Comment le poète donne-t-il force à sa démonstration ? (3 points)
2 - Dégagez la thèse défendue par V. Hugo du vers 173 à la fin. (2 points)
3 - Étudiez la valeur des temps du vers 200 au vers 203. (2 points)
4 - Quel rôle joue la métaphore filée de la lumière dans l'argumentation à partir du vers 193 jusqu'à la fin du poème ? (3 points)
 
 

II. - TRAVAIL D'ÉCRITURE (10 points)

Faites, à votre choix, l'éloge ou le procès d'un enseignement sans contraintes.
 
[Analyse du sujet] [corrigé questions I] [corrigé questions II]
 
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SUJET 2: COMMENTAIRE LITTERAIRE

 Il ferma les yeux et appuya sa joue contre le tronc, seul point ferme dont il disposât. Dans cette vivante mâture, le travail du bois, surchargé de membres et cardant() le vent, s'entendait comme une vibration sourde que traversait parfois un long

5 gémissement. Il écouta longuement cette apaisante rumeur. L'angoisse desserrait son étreinte. Il rêvait. L'arbre était un grand navire ancré dans l'humus et il luttait, toutes voiles dehors, pour prendre enfin son essor. Une chaude caresse enveloppa son visage. Ses paupières devinrent incandescentes. Il comprit que le

10 soleil s'était levé, mais il retarda encore un peu le moment d'ouvrir les yeux. Il était attentif à la montée en lui d'une allégresse nouvelle. Une vague chaleureuse le recouvrait. Après la misère de l'aube, la lumière fauve fécondait souverainement toutes choses. Il ouvrit les yeux à demi. Entre ses cils, des

15 poignées de paillettes luminescentes étincelèrent. Un souffle tiède fit frémir les frondaisons. La feuille poumon de l'arbre, l'arbre poumon lui-même, et donc le vent sa respiration,, pensa Robinson. Il rêva de ses propres poumons, déployés au-dehors,buisson de chair purpurine(2) , polypier (3) de corail vivant, avec 20 des membranes roses, des éponges muqueuses... Il agiterait dans l'air cette exubérance délicate, ce bouquet de fleurs charnelles, et une joie pourpre le pénétrerait par le canal du tronc gonflé de sang vermeil...

 

Michel TOURNIER, Vendredi ou les Limbes du Pacifique, Gallimard, 1967.

 

(1) carder : peigner, démêler la laine.
(2) purpurine : de couleur pourpre.
(3) polypier : armature solide du corail.

 

I. - QUESTIONS (4 points)

1 - Analysez le jeu des sonorités dans la deuxième phrase (lignes 2 à 5). (2 points)
 
2 - Nommez et analysez la figure de style concernant l'arbre aux lignes 6 à 8
 
"L'arbre était ( ...)son essor.". (1 point)
 
3 - justifiez l'emploi du conditionnel dans la dernière phrase. (1 point)

II. - COMMENTAIRE COMPOSE (16 points)

Vous présenterez un commentaire composé de ce texte. (16 po in ts)

 

[Analyse du sujet] [corrigé questions I] [corrigé questions II]
 

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Sujet 3- Dissertation sur un sujet littéraire

A - Série littéraire

"Sans dépayser le spectateur ni par le langage, ni par les situations, ni par les héros, le mythe antique, dans une pièce moderne, ouvre au public les portes du rêve et de la réflexion."
Ces propos s'appliquent-lis à l'oeuvre théâtrale du XXième siècle que vous avez étudiée ?
[Analyse du sujet] [corrigé ]

B- Séries ES et S

Selon un critique, "le mythe antique stimule la réflexion de chacun. Son but n'est pas de fournir des réponses toutes faites, mais d'inciter à rechercher ces réponses."
En quoi l'oeuvre théâtrale du XXème siècle que vous avez étudiée cette année vous semble-t-elle avoir tiré parti du mythe ainsi défini ?
[Analyse du sujet] [corrigé ]
 
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ESPAGNE

SUJETS BAC 99

 

Sujet 1: étude d'un texte argumentatif

 

Le siécle de la peur

 

Le XVIIéme siécle a été le siécle des mathématiques, le XVIIIéme celui des sciences physiques, et le XIXéme celui de la biologie. Notre XX éme siécle est le siécle de la peur. On me dira que ce n'est pas là une science. Mais d'abord la science y est pour quelque chose, puisque ses derniers progrès théoriques l'ont amener à se nier elle-même et puisque ses perfectionnements pratiques menacent la terre entière de destruction. De plus, si la peur en elle-même ne peut être considérée comme une science, il n'y a pas de doute qu'elle soit cependant une technique.

Ce qui frappe le plus, en effet, dans le monde où nous vivons, c'est d'abord, et en général, que la plupart des hommes (sauf les croyants de toutes espèces) sont privés d'avenir. Il n'y a pas de vie valable sans projection sur l'avenir, sans promesse de mûrissement et de progrès. Vivre contre un mur, c'est la vie des chiens. Eh bien ! les hommes de ma génération et de celle qui entre aujourd'hui dans les ateliers et les facultés ont vécu et vivent de plus en plus comme des chiens.

Naturellement, ce n'est pas la première fois que des hommes se trouvent devant un avenir matériellement bouché. Mais ils en triomphaient ordinairement par la parole et par le cri. Ils en appelaient à d'autres valeurs, qui faisaient leur espérance. Aujourd'hui, personne ne parle plus (sauf ceux qui se répètent), parce que le monde nous paraît mené par des forces aveugles et sourdes qui n'entendront pas les cris d'avertissements, ni les conseils, ni les supplications. Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l'homme, qui lui a toujours fait croire qu'on pouvait tirer d'un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l'humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux et parce qu'on ne persuade pas une abstraction, c'est-à-dire le représentant d'une idéologie.

Le long dialogue des hommes vient de s'arrêter. Et, bien entendu, un homme qu'on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C'est ainsi qu'à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu'ils le jugeaient inutile s'étalait et s'étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. «Vous ne devez pas parler de l'épuration des artistes en Russie, parce que cela profiterait à la réaction.»ª «Vous devez vous taire sur le maintien de Franco par les Anglo-Saxons, parce que cela profiterait au communisme.»ª Je disais bien que la peur est une technique.

Entre la peur très générale d'une guerre que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur. Nous vivons dans la terreur parce que la persuasion n'est plus possible, parce que l'homme a été livré tout entier à l'histoire et qu'il ne peut plus se tourner vers cette part de lui-même, aussi vraie que la part historique, et qu'il retrouve devant la beauté du monde et des visages; parce que nous vivons dans le monde de l'abstraction, celui des bureaux et des machines, des idées absolues et du messianisme* sans nuances. Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l'amitié des hommes, ce silence est la fin du monde.

Pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant la réflexion. Mais la terreur, justement, n'est pas un climat favorable à la réflexion. Je suis d'avis, cependant, au lieu de blâmer cette peur, de la considérer comme un des premiers éléments de la situation et d'essayer d'y remédier. Il n'est rien de plus important. Car cela concerne le sort d'un grand nombre d'Européens qui, rassasiés de violences et de mensonges, déçus dans leurs plus grands espoirs, répugnant à l'idée de tuer leurs semblables, fût-ce pour les convaincre, répugnent également à l'idée d'être convaincus de la même manière.

 

Albert Camus, «Le siècle de la peur»ª, Combat, 1948.

 

Messianisme : idéologie qui annonce le salut de l'humanité dans ce monde ou dans l'au-delà.

 

 

Questions (10 points)

Quelle est la thèse exprimée dans le premier paragraphe ? Comment est-elle précisée dans ce premier paragraphe ? Par quelle formule est-elle réaffirmée dans le quatrième paragraphe ? (1,5 point)

Par quels procédés le passé et le présent sont-ils opposés dans le troisième et quatrième paragraphes ? Quelle opposition majeure soulignent-ils ? (4 points)

Dégagez la structure argumentative du cinquième paragraphe. (3 points)

Quelle solution réalisable Camus propose-t-il dans le dernier paragraphe ? Reformulez-la. (1,5 point)

Travail d'écriture (10 points)

«Notre XX ème siècle est le siècle de la peur»ª, écrit Camus. Et pour vous, le XXIème siècle sera le siècle de quoi?

Vous répondrez dans un développement argumenté et entièrement rédigé.

[corrigé questions I] [corrigé questions II]

Sujet 2 : COMMENTAIRE

 
 
Yvonne sérieuse au visage p‚lot
A pris du papier blanc et des couleurs à l'eau
Puis rempli ses godets d'eau claire à la cuisine.
Yvonnette aujourd'hui veut peindre. Elle imagine
De quoi serait capable un peintre de sept ans.
Fera-t-elle un portrait ? Il faudrait trop de temps
Et puis la ressemblance est un point difficile
A saisir, il vaut mieux peindre de l'immobile
Et parmi l'immobile inclus dans sa raison
Yvonnette a fait choix d'une belle maison
Et la peint toute une heure en enfant douce et sage.
Derrière la maison s'étend un paysage
Paisible comme un front pensif d'enfant heureux,
Un paysage vert avec des monts ocreux.
Or plus haut que le toit d'un rouge de blessure
Monte un ciel de cinabre* où nul jour ne s'azure.
Quand j'étais tout petit aux cheveux longs* rêvant,
Quand je stellais* le ciel de mes ballons d'enfant,
Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette,
Des paysages verts avec la maisonnette,
Mais au lieu d'un ciel triste et jamais azuré
J'ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.
 
Apollinaire, «Aquarelliste»ª (1901), Il y a, édition posthume Meissein, 1925.
 
Cinabre : couleur rouge
Aux cheveux longs»: autrefois les petits garçons portaient les cheveux longs.
Stellais : verbe crée par Apollinaire à partir du mot latin «stella»ª qui signifie étoile.
 
Questions (4 points)
 
Relevez les termes et expressions qui s'appliquent à Yvonne. Quelle image d'elle nous donnent-ils ?
Quelles sont les deux voix qui se font entendre dans le poème ?
 
Commentaire composé (16 points)
 
Vous ferez de ce poème un commentaire composé.
 
 
 
 
[Analyse du sujet] [corrigé questions I] [corrigé questions II]
 
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Sujet 3

A . Série littéraire

 

«Je veux semer dans les cœurs, au milieu de mes paroles indignées, l'idée d'un châtiment autre que le carnage»ª, écrit V. Hugo à son éditeur à propos des Châtiments. Les livres des Châtiments que vous avez étudiés illustrent-ils cette affirmation»?

[Analyse du sujet] [corrigé ]

B. Séries ES et S

 

Un écrivain contemporain déclare: « Je me propose non de vous faire frémir ou pleurer mais de vous faire réfléchir»ª.

Cette affirmation peut-elle être appliquée, selon vous, à l'œuvre théâtrale du XX ème siècle, inspirée d'un mythe antique, que vous avez étudiée cette année ? Vous répondrez dans un développement composé, illustré de références à cette œuvre.

 

[Analyse du sujet] [corrigé ]
 
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 Epreuve Lettres Terminale
 

Le candidat traitera l'un des trois sujets qui lui sont proposés et pour le sujet choisi, il traitera dans l'ordre qu'il lui plaira, les deux questions.

 

Sujet 1 Léopold Sédar Senghor, Ethiopiques
 
Question 1 (10 points)

Pourquoi a-t-on pu affirmer que la poésie d'Ethiopiques est une célébration de l'Afrique ?

 
Question 2 (10 points)

Que représente la figure de Chaka dans Ethiopiques ?

 
Sujet 2 Jean Renoir, La Règle du jeu
 
Question 1 (10 points)
 
«Coeurs sensibles, coeurs fidèles,
Qui blâmez l'amour léger,
Cessez vos plaintes cruelles :
Est-ce un crime de changer ?
SI l'Amour porte des ailes,
N'est-ce pas pour voltiger ?
N'est-ce pas pour voltiger ?
N'est-ce pas pour voltiger ?»
(Beaumarchais, Le Mariage de Figaro )
 
Pour quelles raisons, selon vous, Jean Renoir a-t-il choisi cette citation et l'a-t-il placée à la fin du générique de son film ?
 
 
Question 2 (10 points)
 
Quelle place et quelle importance a, dans La Règle du jeu , l'épisode de la partie de chasse ?
 
 
Sujet 2
 
Question 1 (10 points)
 
Clamence, imaginant la carte de visite qui rendrait le mieux compte de ce qu'il est, opte pour « Jean-Baptiste Clamence, comédien » . Comment ce choix trouve-t-il son illustration dans La chute ?
 
Question 2 (10 points)
 
Quels sens prennent, dans La Chute, les deux épisodes qui se déroulent sur les deux ponts de Paris, le Pont des Arts et le Pont Royal ?