LETTRES ANGEVINES par Yvon JOSEPH-HENRI

 

 

ROUSSEAU

2. Etudes

LES CONFESSIONS LIVRE II

Etude d'un passage

§3 : Le Curé de Confignon, M. de Pontverre


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TEXTE

A force de voyager et de parcourir le monde, j'allai jusqu'à Confignon, terres de Savoie à deux lieues de Genève. Le curé s'appelait M. de Pontverre. Ce nom fameux dans l'histoire de la République me frappa beaucoup. J'étais curieux de voir comment étaient faits les descendants des gentilshommes de la cuiller.

J'allai voir M. de Pontverre : il me reçut bien, me parla de l'hérésie de Genève, de l'autorité de la sainte mère Eglise, et me donna à dîner. Je trouvai peu de chose à répondre à des arguments qui finissaient ainsi, et je jugeai que des curés chez qui l'on dînait si bien valaient tout au moins nos ministres. J'étais certainement bien plus savant que M. de Pontverre, tout gentilhomme qu'il était; mais j'étais trop bon convice pour être si bon théologien, et son vin de Frangy, qui me parut excellent, argumentait si victorieusement pour lui, que j'aurais rougi de fermer la bouche à un si bon hôte. Je cédais donc, ou du moins, je ne résistais pas en face.

A voir les ménagements dont j'usais, on m'aurait cru faux. On se fût trompé; je n'étais qu'honnête, cela est certain. La flatterie, ou plutôt la condescendance, n'est pas toujours un vice, elle est souvent une vertu, surtout dans les jeunes gens. La bonté avec laquelle un homme nous traite nous attache à lui : ce n'est pas pour l'abuser qu'on lui cède, c'est pour ne pas l'attrister, pour ne pas lui rendre le mal pour le bien. Quel intérêt avait M. de Pontverre à m'accueillir, à me bien traiter, à vouloir me convaincre ? Nul autre que le mien propre. Mon jeune coeur se disait cela. J'étais touché de reconnaissance et de respect pour le bon prêtre. Je sentais ma supériorité; je ne voulais pas l'en accabler pour prix de son hospitalité. Il n'y avait point de motif hypocrite à cette conduite : je ne songeais point à changer de religion; et, bien loin de me familiariser si vite avec cette idée, je ne l'envisageais qu'avec une horreur qui devait l'écarter de moi pour longtemps : je voulais seulement ne point fâcher ceux qui me caressaient dans cette vue; je voulais cultiver leur bienveillance, et leur laisser l'espoir du succès en paraissant moins armé que je ne l'étais en effet.

Ma faute en cela ressemblait à la coquetterie des honnêtes femmes qui, quelquefois, pour parvenir à leurs fins, savent, sans rien permettre ni rien promettre, faire espérer pllus qu'elles ne veulent tenir.

 

 

ETUDE GUIDEE

Situation du passage :

  • A quel livre appartient-il ?
  • A quelle grande partie appartient-il ? Qu'est-ce qui la délimite et qu'évoque-t-elle?

Le Texte présenté :

Sa construction

1.Quel rapport entre la première et la dernière phrase du texte ?

"A force de voyager et de parcourir le monde, j'allai jusqu'à Confignon, terres de Savoie à deux lieues de Genève."

"Ma faute en cela ressemblait à la coquetterie des honnêtes femmes qui, quelquefois, pour parvenir à leurs fins, savent, sans rien permettre ni rien promettre, faire espérer pllus qu'elles ne veulent tenir."

2.A quelle critique cette dernière phrase du texte répond-elle ? Quelle phrase du texte souligne la critique ? Quelles sont les indices d'énonciation, de mode verbal, qui la mettent en évidence ? Montrez qu'il s'agit d'un jugement qui est porté sur Rousseau et qu'il s'agit d'un défaut.

3.Que pensez-vous de l' expression suivante

"je ne résistais pas en face" ?

4.De quelle figure de style s'agit-il ? Comment pourrait-on qualifier le caractère de Rousseau ainsi mis en évidence ? Faiblesse ? Hypocrisie ?

5.Que met en évidence le "donc" dans l'expression "je cédais donc" ?

 

6.A quel épisode la phrase "Je cédais donc, ou du moins, je ne résistais pas en face" fait-elle référence ? De quoi est-il question ? Où commence cet épisode ?

7.Que soulignent ces deux expressions ? Comprenons-nous où est Confignon et qui est M. de Pontverre? Où ces explications nous sont-elles données ? En quoi la deuxième expression ci-dessous introduit-elle un passage différent du précédent ?

"j'allai jusqu'à Confignon"

"J'allai voir M. de Pontverre"

8.Faites le plan du texte.

2ème Passage

  • J'allai voir M. de Pontverre : il me reçut bien, me parla de l'hérésie de Genève, de l'autorité de la sainte mère Eglise, et me donna à dîner. Je trouvai peu de chose à répondre à des arguments qui finissaient ainsi, et je jugeai que des curés chez qui l'on dînait si bien valaient tout au moins nos ministres. J'étais certainement bien plus savant que M. de Pontverre, tout gentilhomme qu'il était; mais j'étais trop bon convice pour être si bon théologien, et son vin de Frangy, qui me parut excellent, argumentait si victorieusement pour lui, que j'aurais rougi de fermer la bouche à un si bon hôte. Je cédais donc, ou du moins, je ne résistais pas en face.
 
  • Repérez les connecteurs logiques qui articulent les phrases entre elles ? Idem pour les autres . Quelle déduction en tirez-vous ?
 
  • Quels sont les individus en présence ?
 
  • Qu'est-ce qui les sépare ? Quel est le vocabulaire qui nous conduit à Rousseau, celui qui nous conduit à M. de Pontverre ? Comment l'opposition entre Rousseau et M. de Pontverre est-elle construite ? Soulignez les expressions qui traduisent la supériorité et l'infériorité.
 
  • Repérez dans le texte une métaphore filée : quelle est-elle ? Montrez qu'elle se répète tout au long du passage.
 
  • Mettez en évidence un champ lexical de la religion et un champ lexical du repas, de la nourriture.
 
  • Soulignez comment, partant d'une situation d'égalité, Rousseau en vient à révéler une situation d'inégalité :
 
"je jugeai que des curés chez qui l'on dînait si bien valaient tout au moins nos ministres"
"j'étais trop bon convice pour être si bon théologien"
"et son vin de Frangy, qui me parut excellent, argumentait si victorieusement pour lui"
 

3ème Passage

A voir les ménagements dont j'usais, on m'aurait cru faux. On se fût trompé; je n'étais qu'honnête, cela est certain. La flatterie, ou plutôt la condescendance, n'est pas toujours un vice, elle est souvent une vertu, surtout dans les jeunes gens. La bonté avec laquelle un homme nous traite nous attache à lui : ce n'est pas pour l'abuser qu'on lui cède, c'est pour ne pas l'attrister, pour ne pas lui rendre le mal pour le bien. Quel intérêt avait M. de Pontverre à m'accueillir, à me bien traiter, à vouloir me convaincre ? Nul autre que le mien propre. Mon jeune coeur se disait cela. J'étais touché de reconnaissance et de respect pour le bon prêtre. Je sentais ma supériorité; je ne voulais pas l'en accabler pour prix de son hospitalité. Il n'y avait point de motif hypocrite à cette conduite : je ne songeais point à changer de religion; et, bien loin de me familiariser si vite avec cette idée, je ne l'envisageais qu'avec une horreur qui devait l'écarter de moi pour longtemps : je voulais seulement ne point fâcher ceux qui me caressaient dans cette vue; je voulais cultiver leur bienveillance, et leur laisser l'espoir du succès en paraissant moins armé que je ne l'étais en effet.

1.Quelle est la longueur de ce passage par rapport aux autres? Dans quel ordre les classez-vous ? Quelle première conclusion en tirez-vous ? Quel effet Rousseau tire-t-il de cette construction ?
 
2.Relevez les pronom personnels du texte.
 
3.Dans les expressions "on m'aurait cru faux. On se fût trompé", que désigne le "on" ?
 
4.Quels éléments d'ordre stylistique et linguistique permettent de dire que Rousseau entame un dialogue ? Avec qui ? Dans quel bue
 
5.Quel synonyme de "faux" Rousseau donne-t-il dans ce passage ?
 
6. Relevez les termes qui se rapportent à la vue. Relevez les occurences du verbe vouloir. Quel rapprochement faites vous.
 
7. En quoi l'expression "je voulais seulement ne point fâcher ceux qui me caressaient dans cette vue; je voulais cultiver leur bienveillance" vous semble-t-elle vous renvoyer une image de Jean-Jacques que vous connaissez ? Laquelle ? Situez-la dans le texte des Confessions.
 
8. Que pensez-vous du jeu affirmation-négation dans les expressions de la dernière phrase : Il n'y avait point de motif hypocrite / je ne songeais point à changer de religion / je voulais seulement / je voulais cultiver ?
 
9." je ne songeais point à changer de religion" A-t-il été question jusqu'alors de changement de religion ? Qu'est-ce qui fait surgir cette idée, quelle expression l'introduit dans le discours de Rousseau ?
 
10. Dans le Livre II des Confessions, situez le passage où il sera réellement question du changement de religion de Jean Jacques. Que pouvez-vous en déduire quant à l'introduction de cette idée dans ce début du Livre II des Confessions ? N'oubliez pas que nous ne sommes qu'au paragraphe 3.
 
11. Etudiez l'argumentation de Rousseau pour justifier Jean-Jacques.Vous tâcherez de l'exposer et d'en faire la critique.
 

4ème Passage

Ma faute en cela ressemblait à la coquetterie des honnêtes femmes qui, quelquefois, pour parvenir à leurs fins, savent, sans rien permettre ni rien promettre, faire espérer pllus qu'elles ne veulent tenir.

1. En quoi cette phrase contient-elle un aveu ?
 
2. La justification de Rousseau est-elle acceptable ? Pourquoi ?
 

Bilan :

Comment peut-on dire que ce passage tout entier justifie le titre de l'ouvrage ? Montrez comment, partant d'un récit d'aventure, de voyage, Rousseau en vient à faire comprendre qu'il se sent coupable et qu'il prépare ainsi un aveu qui n'aura lieu que plus tard dans le livre II. Enfin, soulignez comment cet aveu se cache sous des aspects plus futiles et des excuses qui n'en sont pas.
 
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