LETTRES ANGEVINES par Yvon JOSEPH-HENRI

Rousseau

2. Etudes

LES CONFESSIONS LIVRE II

Etude d'un passage :

Les méditations de Rousseau §1

Texte des Confessions

Lecture méthodique

Travail préparatoire

Conclusion

Introduction

Bac

Sommaire

Oeuvres du programme

Travail préparatoire:

  1. Vocabulaire péjoratif
    • l'effroi , triste, horreurs, misère, tentations, vice, désespoir, maux, erreurs, pièges, l'esclavage, mort, joug, inflexible,
  2. vocabulaire mellioratif
    • charmant, faiblesse, l'innocence
    • L'indépendance, Libre et maître, pouvoir tout faire, atteindre à tout, je n'avais qu'à, m'élever et voler dans les airs, sécurité, le vaste espace du monde, mérite, festins, des trésors, des aventures, des amis, des maîtresses, plaire, charmante, délicieusement, content
  3. Une peinture de l'idéalisation enfantine
    • charmant, enfant, l'innocence, je me peignais, je croyais, tout,
    • voler dans les airs, festins, des trésors, des aventures, des amis, des maîtresses, assuré
  4. Un monde de conte médiéval, une littérature courtoise
    • festins, trésors, régner, château, seigneur et de la dame, protecteur des voisins
  5. Une modestie ....
    • il ne m'en fallait pas tant, me suffisait, Ma modération, dans une sphère étroite, Un seul [château], bornait
  6. ...ambiguë
    • mon mérite, assuré de régner, [Un seul] château, mon ambition
  7. Une conclusion explicative et ambivalente de la notion de bonheur lié à un état plus qu'à une possession
    • j'étais content; // il ne m'en fallait pas davantage

 

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Introduction (plan-modèle)

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Lecture méthodique (plan-modèle)

 

  1. Un Récit autobiographique où cohabitent 2 personnages
    • Manifestement, Rousseau narrateur est présent dans son histoire
      • Par la rupture qu'il introduit dans son récit
        • On attendait le récit de ses aventures, on se retrouve avec
          • des considérations
          • l'évocation des dangers qu'il court
          • ses châteaux en Espagne
        • On débute par un passé simple, temps du récit pour glisser sur:
          • l'utilisation d'infinitifs
          • l'apparition de futurs proches
          • l'utilisation de l'imparfait
      • Rousseau-narrateur est donc le maître organisateur de son récit. Il utilise pour cela la liberté que lui donne cette position d'être à la fois sujet et objet de son livre. Il s'autorise donc des regards qui jugent, en soulignant l'épaisseur du temps dans son récit, entre le temps du Livre I, celui du Livre II et celui qu'il vit au moment où il raconte (Encore enfant, c'est là ce que j'allais faire , un joug bien plus difficile que celui que je n'avais pu souffrir, je croyais pouvoir, ma modération, mon ambition).
      • Mais s'il met en scène son récit, c'est pour souligner ce qu'il était. Et manifestement les éléments qui peignent le jeune Jean-Jacques ne manquent pas:
        • Si nous le découvrons à travers le portrait d'un jeune inconscient
          • opposition entre ce qu'il allait courir manifestement et ce qui le préoccupait :
            • "c'était la perspective que j'aurais dû envisager.
            • Que celle que je me peignais était différente ! " )
          • opposition entre le rêve et la réalité :
            • " je croyais "
            • " je n'avais qu'à "
            • " m'élever et voler "
          • mise en évidence d'un monde magique qui souligne l'inadéquation de Jean-Jacques et du monde dans lequel il entre
        • On ne peut s'empêcher de noter que ce jeune inconscient apparaît sous un jour sympathique :
          • c'est un enfant et sa vision du monde est romanesque, chevalresque ( le monde l'attend, il va le conquérir, et ce monde regorge de beautés qui n'attendent que lui)
          • ce moi présomptueux, avide d'occuper l'espace, est vite atténué par sa naïveté et par une certaine absence de méchanceté et d'ambition. Jean-Jacques ne cherche qu'à être aimé, et qu'à se faire aimé; le monde qu'il imagine est un monde idéal qui efface les désordres, le mal et la convoitise.
          • Rousseau nous fait comprendre aussi surtout que nous sommes au début d'une aventure qui se présente de manière quasi-héroïque malgré les caractères d'anti-héros du personnage : en effet, c'est l'inconscience de Jean-Jacques qui rend l'action possible et de surcroît, le jeune Rousseau apparaît enfin heureux d'être libre. Et ce thème n'est-il pas au fond ce qui nous le rend sympathique ? Car, au fond, cette présentation en demi-teinte, se termine par l'image du bonheur.
    • Par sa présence constante de narrateur, Rousseau contribue à renforcer la tonalité d'une oeuvre autobiographique où le narrateur nous donne à voir, à vivre ses propres aventures. Nous entrevoyons dès lors un double portrait qui participe au plaisir du genre, d'autant plus que cette dualité est parfaitement assumé par l'auteur, qui témoigne manifestement de la sympathie pour celui qu'il fut à ses début.
    • D'autres qualités font cependant de ce texte, un passage représentatif des qualités littéraires de Rousseau écrivain.
  2. Un texte alerte qui relance l'histoire au début du Livre II
    • On s'en est déjà aperçu dans la première partie, le texte de Rousseau est particulièrement alerte.
    • Il joue en effet d'abord sur des oppositions qui ne se résument pas à la seule opposition des deux personnages. En effet, Rousseau multiplie les ruptures dans son texte, créant non pas une impression de désordre, mais réduisant le lecteur à le suivre là où il le conduit.
      • On passe par exemple d'une tonalité dramatique au début (horreur, misère, vice, désespoir,mort -pour aller vite!-) à une tonalité de légèreté (m'élever, voler), d'abondance (des festins, des trésors, des aventures : utilisation du pluriel et en même temps de l'accumulation de termes) qui nous conduit en fin de compte au bonheur ( "j'étais content").
      • De même, alors qu'il souligne raisonnablement les dangers qui le guettent par une longue accumulation, Rousseau souligne aussi par une pirouette ( Que celle que je me peignais était différente !) et une autre accumulation combien peu lui importait . Cette rupture étant elle-même mise en valeur à la fois par la répétition d'un même futur proche (j'allais) et par la distinction des temps majeurs de chaque partie : infinitif sévère et quasiment injonctif au début, imparfait de durée pour marquer l'état de bonheur dans la deuxième partie.
      • Enfin, même lorsqu'il se peint en soulignant sa vanité, il atténue sans cesse cette dernière, jusqu'à la réduire à rien :
        • " j'allais occuper de moi l'univers, non pas pourtant l'univers tout entier '
        • le vaste espace du monde, l'univers tout entier // pas tant, me suffisait, m'embarrasser, ma modération, sphère étroite
        • sphère étroite, mais délicieusement choisie
        • Favori (...), ami (...), protecteur (...) , j'étais content, il ne m'en fallait pas davantage : rien, parce que Rousseau signifie que sa possession n'est pas matérielle mais sentimentale.C'est d'ailleurs bien l'illustration de cette opposition obsédante, il me semble, chez Rousseau, entre l'être et l'avoir.
    • On remarquera aussi que ce texte joue sur les rebondissements pour créer des mouvements contraires:
      • 1ère partie (jusqu'à la perspective que j'aurais dû envisager) :
        • tout conduit à la mort = fin
      • 2ème partie
        • tout conduit à l'ouverture au monde = vie ?
          • puis dans un deuxième temps à un rétrécissement : sphère étroite
          • mieux, cette sphère le circonscrit, l'enferme
          • puis, à partir du château, et dans le château, du couple que forment le châtelain et sa dame, ouverture progressive aux voisins et donc au monde.
    • Ensuite, Rousseau joue sur l'ironie et son lecteur. Au fond il joue avec tout le monde, en nous prenant à contrepied. Ainsi, lorsqu'il souligne qu'il n'a pas pu souffrir un maître difficile, il se joue de Jean-Jacques : ce dernier peut-il prétendre conquérir le monde? De même se moque-t-il de sa prétention, de sa vanité; mais se moque-t-il de son bonheur d'indépendance ? Il se moque de sa naïveté, mais cette naïveté n'est-elle pas entraînante ? Justement par le mouvement du texte, par le rêve qu'elle suscite chez le lecteur, par la résurgence d'un moi enfantin ?
    • On peut donc dire que ce passage témoigne de qualités particulières et que par ses facettes, il nous prépare à entrer dans un monde romanesque où réel et virtuel sont particulièrement mélangés, et où Rousseau nous fait découvrir un héros à la fois faible et naïf, mais assoifé de vie et de monde, et doté dès lors, curieusement ,d'une grande force qui le propulse en avant.
  3. Un monde où la virtualité joue avec la réalité
    • Le réel, on peut le comprendre est le monde selon la raison: c'est donc la représentation que nous fait Rousseau du sort qui attend Jean-Jacques. On voit en effet apparaître des éléments comme le travail -rappel de son apprentissage "à moitié fait", du métier "pour en vivre". Vivre, c'est donc lutter contre la misère, c'est déjouer les pièges de la vie et des autres hommes.
    • Or, le monde de Jean-Jacques, c'est celui de l'imagination. Un monde proche de l'univers des contes de fées, où il suffit de vouloir pour pouvoir, un monde qui vous comble et fait de vous le héros.
    • Bien entendu, ce monde de l'imaginaire naïf et enfantin se comprend puisqu'il s'agit de dépeindre le personnage qui va l'affronter. Mais en même temps, ce monde, parce qu'il est "charmant" comme le dit Rousseau, témoigne donc d'une magie, d'un "charme magique" qui lui permet d'eclipser tout le reste. Rousseau raille peut-être la naïveté de Jean-Jacques, il raille sa vanité, il ne raille pas ce monde chevaleresque.
    • Car cet univers imaginaire est d'abord celui auquel il appartient par son enfance et l'éducation qu'il a reçu. Ensuite, il sait trop bien que cette dimension est celle de l'homme, le roman naissant de la relation entre la réalité et nos rêves. Enfin, parce que cet imaginaire est bien le fondement de son récit : il évoque une réalité telle qu'elle s'est figée dans sa mémoire ! Comme de surcroît Rousseau joue avec les points de vue en s'écartant ou en se rapprochant de celui qu'il était alors, nous voyons bien que l'oeuvre ne peut que prendre unedimension nouvelle par cette épaisseur de la mémoire.
    • Mais surtout, il donne à son personnage une dimension qui le rend intemporel.Jean-Jacques est le chevalier Perceval en quelque sorte, mû par une force intérieure. Il est aussi le héros innocent, inadapté au monde, mais qui réussit à le traverser. Sera-t-il indemne ? Oui et non. Il est physiquement indemne puisqu'il nous relate ses aventures, mais en même temps, par les propos que tient le narrateur, on nous laisse entrevoir qu'il n'est pas sorti indemne moralement.
    • Parce qu'au fond, c'est peut-être là le but de Rousseau : à travers des aventures rocambolesques, nous conduire à une quête sur l'homme, le moi, la vie et le bonheur. C'est aussi dire ce moi qu'il raille au début du livre II chez Jean-Jacques.
    • Parallèlement à cette quête, il est frappant de noter dans l'extrait commenté comment
    • Jean-Jacques Rousseau témoigne, par la virtualité de son désir, d'agir sur le réel.[Il lui suffirait de paraître pour faire ; les autres étaient prêts à le servir . Tout ce texte dit combien Jean-Jacques a besoin de faire mais qu'il veut que ce soit les autres qui interprètent ce désir et répondent à ce désir. ]. Voilà pourquoi le passage apparaît si proche de l'enfance. Lorsque Jean-Jacques entend choisir sa sphère, on sent un besoin de faire, d'obtenir. Mais en même temps, ce qu'il veut obtenir, c'est un statut plus affectif que social, c'est un état plus qu'une lutte. C'est en d'autres termes une sorte de recherche d'équilibre au moment même où il signifie qu'il part et qu'il est heureux de partir.
    • En somme, par ce texte, Rousseau nous livre son destin tragique au fond : il est hanté à la fois par le désir du bonheur - en quoi il est tout humain- et par aussi le désir de fuite, de mouvement. Il contient sans doute en lui toute la contradiction qui fait le prix de ces Confessions. On peut penser que de l'expulsion du ventre maternel dans ce monde dont il dit qu'il ne voulait pas de lui, JJ n'ait cherché qu'à retrouver un équilibre qu'inconsciemment il ne voulait pas ( censure du meurtre de sa mère ? sentiment du retour impossible ? ). Qu'importe la raison ou même le fait. Ce qui compte, c'est l'oeuvre qui, loin d'éclater sous l'effet de ces contradictions, se recrée sans cesse plus loin.

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Conclusion.

Le livre second par son début paraît à la fois répondre au besoin de la mise en route de l'histoire et à celui de la mise en évidence d'une oeuvre à la fois simple en apparence et complexe en réalité.

Nous retrouvons les deux regards de Rousseau, son jugement sur celui qu'il fut et que nous avons été, son ouverture sur le monde de l'esprit, et sur la réflexion sur ce qu'est la vie. Parallèlement il croque à grand trait un personnage, lui, que nous serons amené à suivre comme un personnage de roman picaresque au travers de situation qu'il ne pourra pas comprendre de toute évidence. Pourtant, de cet expérience naîtra forcément une découverte du monde, un apprentissage sans doute plus riche que celui qu'il recevait à Genève. Profitant du récit de sa vie, Rousseau tente aussi de nous faire percevoir le jeu entre virtualité et réalité, entre monde et oeuvre, entre la vie que nous avons vécu et l'image que nous gardons d'elle. C'est bien ce qui fait au fond l'intérêt de l'oeuvre

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