SEMAINE 3.

 

XVIII° siècle

 

Debbie

Le XVIII ème siècle &endash; Le siècle des Lumières

Durant le XVIIIème siècle, la technique et les sciences continuent à faire d'énormes progrès. Le courant électrique fait son apparition avec l'italien Volta. C'est également le début de la chime. Les expéditions maritimes deviennent des expéditons scientifiques. Vers 1785 James Watt met au point la machine à vapeur. Toutes ces avancées scientifiques sont accompagnées d'importants progres dans l'agriculture. Les rendements augmentent.

La nouvelle industrie du coton se développe rapidement offrant ainsi du travail. La métallurgie commence à bien fonctionner, donnant naissance à la grande entreprise moderne. Les autres secteurs rstent très liés aux méthodes de travail traditionnelles.

L'essor colonial continue. Le sucre, le café, le cacao et le coton connaissent un succès grandissant. Le cacao, le coton . Les propriétaires des plantations sont des français qui s'enrichissent aux dépens des populations locales.

La traite des esclaves noirs d'Afrique enrichit les armateurs (voir le film Amistad de Spielberg). L'interlope connaît un succès grandissant au XVIII ème siècle.

Ce nouvel essor de la France est probablement à la base de la contestation. La fièvre de savoir se centre surtout sur la liberaton de l'homme, enfin sur sa capacité de raisonner. La raison est ainsi appliquée à tout : aux sciences mais aussi à la religion, à la monarchie, à la justice. C'est le début de la critique des institutons. Les fondements de l'inégalité sont considérés comme déraisonnables. En développant la raison, on recherche le bonheur des hommes. En effet cette contestation naît des critiques qu'avaient éveillées les abus de Louis XIV. L'Angleterre devient un modèle avec l'idée que le peuple est le véritable souverain. Les droits des hommes doivent être respectés par les gouvernants. Ces idées font aussi leur chemin en France.

Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot, sont entre autres les plus virulents des philosophes français. Ils multiplient les attaques contre les institutions avec des propos plus ou moins irrévérencieux. Ils sont les adversaires, à des degrés plus ou moins importants, de la monarchie absolue, de l'institution religieuse avec son obligation de culte et son intolérance et de l'inégalité de l'application de la justice. Pourtant, loin de former un bloc homogène, leurs opinions divergent quant aux remèdes à apporter même s'ils s'accordent tous sur la suppession des privilèges, la volonté d'égalité entre les hommes. La liberté devient le liet-motiv du siècle. Ces idées des philosophes sont largement diffusées et aboutirent à la Révolution de 1789.

 

  • Jessica

 

  • Vanessa

Historiquement, ce siècle est bref : il démarre à la mort de Louis XIV (1715) et finit à la Révolution (1789) : c'est principalement cette révolution qui marque cette fin de siècle.

En 1715, la France est appauvrie : La révocation de l'Edit de Nantes a fait fuir les protestants à l'étranger, les guerres incessantes ont marqué le peuple et l'influence française.

Louis le Bien-aimé, majeur en 1723, permettra à la France de retrouver un équilibre économique.

Puis se succèdent Louis XV, sans politique définie, et Louis XVI, qui verra, impuissant, la révolution et sa condamnation à mort.

L'Ancien régime est donc mort en 1789, avec les Etats Généraux.

Le Nouveau prend la relève avec la fameuse prise de la bastille le 14 juillet 1789, et la fête de la fédération, un an plus tard.

L'instauration de la république engendre les excès de la Terreur, menée par Robespierre.

Du point de vue des découvertes et de la littérature, ce siècle voit un renouvellement des formes de pensées.

Les découvertes scientifiques affluent : électricité, machine à vapeur, découvertes mathématiques..

On comprend la nécessité d'échanger et de partager les idées : ainsi l'Encyclopédie, les cafés, les salons participent à l'émancipation de l'esprit des lumières . La doctrine sensualiste se développe, et intervient dans l'art.

En littérature, la Restauration voit émerger un premier romantisme avec Chateaubriand. Les romans épistolaires et libertins se développent, ainsi que le théâtre qui connaît un grand succès (voir Mariveaux, Beaumarchais)

Les faits quotidiens tels l'esclavages inspireront Voltaire, Rousseau (Discours sur l'origine de l'innégalité)....

Mais c'est la pensée philosophique des lumières qui donnera à la littérature sa fonction intrinsèque : éclairer les hommes et faire leur bonheur.

 

CAMUS

 

  • Debbie

L'étranger d'Albert Camus

Le procès de Meursault remet en cause la justice.

En effet, le procès de Meursault pour le meurtre de l'arabe semble joué d'avance. Lorsque Meusault entre dans le tribunal, "la salle était pleine à craquer", "comme dans un club", donnant l'impression d'un spectacle où les gens apparaissent déguisés. Meursault est réduit au silence par son avocat, "celà vaut mieux pour votre affaire". Il finit par avoir "l'impression d'être regardé par moi-même", que "tout se déroulait sans mon intervention", "sans qu'on prenne mon avis". Les seules personnes qui tentent de défendre Meursault ne savent pas exprimer correctement leurs pensées, et leurs propos sont interprétés et utilisés contre lui.

Le procès est aussi bâclé que l'a été l'instruction. A l'instruction Meursault a été jugé par rapport à ses croyances religieuses et condamné pour être athée. Au procés, Meursault est jugé pour avoir été insensible à la mort de sa mère. L'avocat de la défense ne fait pas le poids contre le procureur, Meursault s'en rend compte: "Il m'a paru qu'il avait beaucoup moins de talent que le procureur". L'avocat lui aussi condamne Meursault pour son attitude à la mort de sa mère puisqu'il refuse de soulever le problème mis en évidence par le procureur.

Pourtant durant son procès Meursault prend conscience de sa culpabilité: "pour la première fois, j'ai compris que j'étais coupable". Non pas coupable d'avoir tué l'arabe, puisque c'est ce qui est le moins évoqué dans ce procès, mais coupable de ne pas être comme les autres.

Oui c'est un ensemble juste. Cependant, il faut aussi s'interroger sur le rôle des personnages, sur leur description. La justice n'est-elle pas une justice de classe ? Quel est le rôle de la presse ? A quoi tient au fond la mort d'un homme ? N'est-ce pas tout cela qui décide de la vie de Meursault ? Ne peut-on parler de tragédie quand tout les événements anodins lorsqu'ils sont pris séparément, concourent bizarement tous à la mort de Meursault ?

 

  • Debbie

 

Biographie de Camus

 

Albert Camus est né le 7 novembre 1913 en Algérie et meurt en France le 4 janvier 1960.

Lors de la guerre de 14, le père de Camus meurt et sa mère l'élève seul à Alger. Camus étudie, mais à cause d'une tuberculose, il ne peut passer son agrégaton de philosopie en 1937. Il devient journaliste et crée une troupe théâtrale l'Equipée qui interprète les adaptations que fait Camus d'Eschyle, Dostoïevski, etc...Durant la Seconde Guerre mondiale, Camus s'engage dans la Résistance et dès Aout 1944, il s'occupe du journal «Combat». Auparavant, en 1942 il publie «Le Mythe de Sisyphe» et «L'étranger». En 1944 sont publiés «Caligula» et «Le Malentendu». En 1957 Camus reçoit le Prix Nobel.

Camus continue à adapter des auteurs pour le théâtre tels Faulkner ou Calderon. Le «pessimisme» de Camus commence à se dessiner avec «La Peste» et aboutit avec «La Chute». «La Chute» sera le dernier roman important de cet auteur qui meurt dans un accident de voiture.

On peut noter que l'alliance intellectuelle entre Camus et Sartre se rompt en 1952. Leur vision de la vie diverge. Camus n'est pas un existentialiste, il aime la vie autant que Sartre la hait. Certaines similitudes permettent cependant d'associer quelque part ces deux auteurs, probablement au niveau de l'évolution de leurs oeuvres, des thèmes. Personnellement je crois que Camus a su créer une vision de l'homme et de la complexité de son existence supérieure à celle d'autres auteurs tel Sartre. [Moi, je veux bien, mais je n'en suis pas sûr même si je préfère Camus à Sartre. Quels sont vos arguments ?]

 

«L'Etranger»

 

Un auteur et son roman

 

"J'ai résumé l'Etranger, il y a très longtemps, par une phrase dont je reconnais qu'elle est très paradoxale: Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort. Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c'est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l'on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple, il refuse de mentir. Mentir, ce n'est pas seulement dire ce qui n'est pas. C'est aussi, c'est surtout dire plus que ce qui est, et, en ce qui concerne le coeur humain, dire plus qu'on ne sent. C'est ce que nous faisons tous, tous les jours, pour simplifier la vie. Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu'il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacée. On lui demande par exemple de dire qu'il regrette son crime, selon la formule consacrée. Il répond qu'il éprouve à cet égard plus d'ennui que de regret véritable. Et cette nuance le condamne.

Meursault pour moi n'est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d'ombre. Loin d'être privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace, l'anime, la passion de l'absolu et de la vérité. Il s'agit d'une vérité encore négative, la vérité d'être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi ne sera jamais possible.

On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans l'Etranger l'histoire d'un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité."

Préface de la premère version américaine de l'Etranger.(Web Camus)

 

La structure de l'oeuvre par Yvon Joseph-Henri [J'aurais préféré que vous digériez ce que je vous avais dit pour le ressortir dans votre propre vision de l'oeuvre, quitte à renier ce qui ne vous satisfaisait pas dans mon analyse !]

Meursault est le personnage principal de ce roman qui comporte deux parties; la première est centrée sur la mort de la mère de Meursault et la deuxième sur la mort de celui-ci.

 

La mort de la mère

 

Ch.1: la nouvelle de la mort de la mère de Meursault / l'hospice / la

veillée / l'enterrement

Ch.2: le réveil le samedi / Marie / le cinéma /le dimanche

"J'ai pensé que c'était toujours un dimanche de tiré, que maman était maintenant enterrée, que j'allais reprendre mon travail et que, somme toute, il n'y avait rien de changé".

Ch.3: au bureau / avec Emmanuel : course pour monter sur le camion / Céleste / les voisins : Salamano et son chien ; Raymond Sintès

Allusion par Raymond à la mort de la mère de Meursault.

Ch.4 : dimanche (résumé rapide des événements de la semaine). Récit du samedi avec Marie : la plage à quelques kilomètres d'Alger ; retour chez Meursault. Marie, Salamano, Sintès et la femme, l'agent chez Sintès. Départ de Marie, arrivée de Raymond. Salamano a perdu son chien. Le vieux frappe à la porte de Meursault

"Son lit a craqué. Et au bizarre petit bruit qui a traversé la cloison, j'ai compris qu'il pleurait. Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à maman. Mais il fallait que je me lève tÙt le lendemain. Je n'avais pas faim et je me suis couché sans dÓner"

Ch.5 : Au bureau, coup de fil de Raymond à Meursault. La proposition du patron de Meursault de l'envoyer à Paris./ Marie et sa demande en mariage / Céleste, la bizarre petite femme / Salamano qui n'a pas retrouvé son chien et se confie à Meursault

"Il [Salamano] m'a dit que maman aimait beaucoup son chien. En parlant d'elle, il l'appelait «votre pauvre mère». Il a émis la supposition que je devais être bien malheureux depuis que maman était morte et je n'ai rien répondu. Il m'a dit alors, très vite et avec un air gÍné, qu'il savait que dans le quartier on m'avait mal jugé parce que j'avais mis ma mère à l'asile, mais il me connaissait et il savait que j'aimais beaucoup maman. J'ai répondu, je ne sais pas encore pourquoi, que j'ignorais jusqu'ici qu'on me juge‚t mal à cet égard, mais que l'asile m'avait paru une chose naturelle puisque je n'avais pas assez d'argent pour faire garder maman."

Ch.6: Le dimanche / Marie et Meursault vont rejoindre Raymond/ La plage, le meurtre.

 

La mort de Meursault

 

Ch.1 : le juge d'instruction et l'interrogatoire / l'avocat / 2ème interrogatoire

"Tout était si naturel, si bien réglé et si sobrement joué que j'avais l'impression ridicule de «faire partie de la famille». Et au bout des onze mois qu'a duré cette instruction, je peux dire que je m'étonnais presque de m'être jamais réjoui d'autre chose que de ces rares instants oś le juge me reconduisait à la porte de son cabinet en me frappant sur l'épaule et en me disant d'un air cordial : « C'est fini pour aujourd'hui, monsieur l'Antéchrist» On me remettait alors entre les mains des gendarmes."

Ch.2 : la prison / visite de Marie / les difficultés de la vie en prison : femmes, cigarettes, ennui, sommeil

" Mais en même temps et pour la première fois depuis des mois, j'ai entendu distinctement le son de ma voix. Je l'ai reconnue pour celle qui résonnait déjà depuis de longs jours à mes oreilles et j'ai compris que pendant tout ce temps j'avais parlé seul. Je me suis souvenu alors de ce que disait l'infirmière à l'enterrement de maman. Non, il n'y avait pas d'issue et personne ne peut imaginer ce que sont les soirs dans les prisons."

Ch.3 : le procès, le premier jour

" L'audience a été levée. En sortant du palais de justice pour monter dans la voiture, j'ai reconnu un court instant l'odeur et la couleur du soir d'été. Dans l'obscurité de ma prison roulante, j'ai retrouvé un à un, comme du fond de ma fatigue, tous les bruits familiers d'une ville que j'aimais et d'une certaine heure oś il m'arrivait de me sentir content. Le cri des vendeurs de journaux dans l'air déjà détendu, les derniers oiseaux dans le square, l'appel des marchands de sandwiches, la plainte des tramways dans les hauts tournants de la ville et cette rumeur du ciel avant que la nuit bascule sur le port, tout cela recomposait pour moi un itinéraire d'aveugle, que je connaissais bien avant d'entrer en prison. Oui, c'était l'heure où, il y avait bien longtemps, je me sentais content. Ce qui m'attendait alors, c'était toujours un sommeil léger et sans rêves. Et pourtant quelque chose était changé puisque, avec l'attente du lendemain, c'est ma cellule que j'ai retrouvée. Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d'été pouvaient mener aussi bien aux prisons qu'aux sommeils d'innocents ".

Ch.4 : le procès, le réquisitoire de procureur, la plaidoirie de la défense, le verdict

Ch.5 : le temps en cellule à attendre : méditation sur la peine de mort./ la visite de l'aumonier /

"Lui parti, j'ai retrouvé le calme. J'étais épuisé et je me suis levé sur ma couchette. Je crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. A ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un «fiancé», pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine."

 

L'étude de l'oeuvre (interprétation toute personnelle)

 

«AUJOURD'HUI, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.»

 

La mise en évidence du premier mot «AUJOURD'HUI», écrit en majuscule, est me semble-t-il une première indication. On trouve dans ces toutes premières lignes, aujourd'hui, hier et demain. La confusion accentuée par «je ne sais pas», les «peut-être» et «Cela ne veut rien dire», confère au roman dès ses premières lignes un caractère intemporel qui lui donnerait une dimension plus universelle. On peut d'ailleurs noter que l'ensemble du roman présente cette même caractéristique, à savoir de nombreuses indications temporelles mais imprécises, confuses. B.

Dès le début, le lecteur a l'impression d'être une personne proche du narrateur, en assistant à une confidence et, automatiquement il commence par compatir Meursault [faute de construction], puis est frappé par l'absence de réaction de ce dernier.

Après la réception du télégramme, le problème de Meursault est de demander deux jours de congé à son patron. On le sent coupable de demander ce congé comme s'il faisait l'école buissonnière. Pour lui le deuil doit être reconnu de tous pour qu'il soit officiel. Meursault refuse de changer ses habitudes et d'ailleurs il ne se pose pas du tout le problème, et va manger chez Céleste. On le sent tracassé, par le fait de devoir prendre le bus par cette chaleur, et fatigué.

Tout le début du roman (l'incipit) jusqu'à «pour n'avoir plus à parler.» est atypique. «pour n'avoir plus à parler» marque le besoin de silence que ressent Meurault qui, depuis qu'il a reçu le télégramme, n'a pas encore pu être seul et en silence. Parler est un effort qu'il n'a pas envie de faire.Et pourtant, tout le roman est une première personne : c'est donc une voix, une parole. Encore un paradoxe !

Tous les éléments que nous donne Meursault ne sont que des informatons extérieures. Il ne livre rien de ses sentiments. Meursault agit par habitude (manger chez Céleste) ou par obligation et semble dépourvu d'intérêt pour ce qui se passe autour de lui, l'habitude conditionne sa vie et tout ce qui est inhabituel le dérange.

 

Rendu à l'asile, Meursault, rencontre le directeur, qui est le représentant de l'autorité dans ce lieu.

«Je (le directeur) suppose que vous voulez voir votre mère». Cette phrase indique l'attitude normale d'un fils dont la mère vient de mourir et donne pour acquis le désir de Meursault. Sa conduite devrait être dictée par les convenances, les coutumes en vigueur, par l'autorité.

 

«Maman sans être athée, n'avait jamais pensé de son vivant à la religion»

 

Meursault est surpris par la décision de sa mère, d'être enterrée religieusement, car elle n'avait jamais signifié sa croyance en Dieu. La religion ne semble pas avoir été un problème dans sa vie. Cependant on peut nuancer par le fait que nous savons peu de choses d'elle, au même titre que son fils d'ailleurs, car on voit après qu'il ne connait pas l'âge de sa mère. Elle semble, par cette volonté d'être enterrée relgieusement, être plus concernée par la religion avec l'approche de sa mort, ou bien rentrer dans une sorte de conformité bien-pensante.

La veillée est pénible pour Meursault. Il surprend le gardien en refusant de voir la dépouille mortelle de sa mère. Il attend que les heures passent. Il se sent étranger à ce lieu et à ses habitants. La lumière le gêne.

L'enterrement a lieu le lendemain matin, par une journée très chaude. La marche est difficile. Ils sont tous pressés, même la voiture «prenait de la vitesse». Meursault est supris par «la rapidité avec laquelle le soleil montait dans le ciel.», «le convoi marchait un peu plus vite». Tout contribue donc à l'accélération de la scène. «Tout s'est passé ensuite avec tant de précipitation» marque la fin de l'enterrement de la mère de Meurault. Celui-ci peut finalement renter chez lui à Alger. Dans tout ce passage Meursault ne communique encore que des sensations dues aux éléments extérieurs, la chaleur, la lumière, le soleil, la fatigue. Nous ne savons encore rien de ce qu'il ressent comme si Meursault ne réagissait pas autement que par son corps qui sent la chaleur, le poids du soleil ou de la fatigue.

 

A partir du deuxième chapitre on commence à avoir des éléments de la vie quotidienne et des amis et connaissances de Meursault, du milieu dans lequel il évolue, mais aussi du décalage permanent dans lequel vit Meursault.

«En me réveillant, j'ai compris pourquoi mon patron avait l'air mécontent quand je lui ai demandé mes deux jours de congé: c'est aujourd'hui samedi.»

Cette demande a été faite deux jours plus tot, quand Meursault a reçu le télégramme. Il a donc mis deux jours à comprendre la réaction de son patron. Ce décalage existe d'ailleurs déjà au moment où Meursault annonce la mort de sa mère.

Ce chapitre II semble faire une transition par les deux jours de congé de la fin de la semaine, mais en plus il nous apprend que Meursault ne fait rien de spécial, il vit, simplement. Au début du chapitre Meursault rencontre Marie Cardona, ex employée de l'entreprise pour laquelle il travaille. Après la plage ils vont au cinéma puis rentrent tous les deux chez Meursault. Le dimanche matin, après le départ de Marie, Meursault ne fait rien. Il évoque l'appartement dans lequel il vivait avec sa mère: «Il était commode quand Maman était là. Maintenant il est trop grand pour moi ...........Je ne vis plus que dans cette pièce......»

 

(II)

Le troisième chapitre commence lui aussi par "Aujourd'hui", comme si c'était finalement la seule chose importante. Meursault continue dans ce chapitre la construction de son univers. C'est celui du monde ouvrier ; on découvre les uns après les autres les personnages qui appartiennent à des niveaux dfférents à l'univers de Meursault: Céleste et Marie (chapitres 1 et 2), Emmanuel un collègue, le vieux Salamano et son chien, Raymond, voisin de palier, proxénète (chapitre 3). Ces gens sont tous d'un milieu modeste. A part Celeste et Emmanuel, tous ces gens sont des nouveaux venus dans la vie de Meursault. Il les connaissait plus ou moins de vue, mais maintenant des liens se créent entre eux. La profession de Raymond l'indiffère. Le personnage n'est "guère aimé" mais Meursault "trouve que ce qu'il dit est intéressant. D'ailleurs, je n'ai aucune raison de ne pas lui parler." On peut en déduire que Meursault ne se plie pas aux conventions mais que c'est pour lui quelque chose de naturel et non pas une décision réfléchie. Avec Raymond se crée un lien rapide et durable en partie grâce à la lettre que Meursault écrit pour Raymond. "Maintenant , tu es un vrai copain.". La fin du chapitre confirme la fin du chapitre 2 avec: "Il m'a expliqué alors qu'il avait appris la mort de maman mais que c'était une chose qui devait arriver un jour ou l'autre. C'était aussi mon avis". Pour ces deux personnages la mort est un fait inéluctable et normal.

 

Le chapitre 4 marque la fin de l'isolement physique de Meursault, fin déjà amorcée au chapitre précédent. Raymond est venu le voir, il est allé deux fois au cinéma avec Emmanuel et le week-end il est avec Marie.

" Un moment après, elle m'a demandé si je l'aimais. Je lui ai répondu que cela ne voulait rien dire, mais qu'il me semblait que non. Elle a eu l'air triste."

On peut voir qu'il n'y a pas de complasance chez Meursault . Il aime sa relation avec Marie, il a envie d'elle, il est heureux et cela lui suffit.

Meursault assiste ensuite, encore en spectateur, à la scène entre Raymond, la maitresse de celui-ci et un agent de police.

Au chapitre 5, Meursault est retourné à son travail. Raymond l'invite pour le prochain dimanche, chez un ami à lui qui possède un cabanon sur la plage. Raymond commence à annoncer les conséquences de son acte. Il est poursuivi par des arabes dont l'un est le frère de son ancienne maitresse.

Meursault pourrait partir pour Paris, c'est l'avis de son employeur. Meursault n'est pas intéressé: " J'ai répondu qu'on ne changeait jamais de vie, qu'en tout cas toutes se valaient et que la mienne ici ne me déplaisait pas du tout." On peut constater deux choses de cette phrase: Meursault n'est pas ambitieux et il aime sa vie.

Son attitude face à l'idée de Marie de se marier montre clairement que pour Meursault les conventions sociales n'ont pas de signification, elles ne sont pas fondées. Marie le trouve bizarre, elle ne le comprend pas mais l'accepte comme il est. Meursault,lui, sait simplement qu'il veut que Marie reste avec lui mais il ne veut pas modifier sa vie. En fait il montre une certaine indifférence aux choix qui se posent dans son existence.

A la fin du chapitre la visite du vieux Salamano fait part à Meursaut du mauvais jugement que portent les gens à son égard pour avoir placé sa mère dans un asile. Meursault est surpris de ce jugement.

 

Cette description nous donne plusieurs indicatons: d'abord une référence au passé, assez rare chez Meursault, et ensuite le fait qu'il ait accumulé les meubles dans une seule pièce par commodité. La commodté est assez symptomatique du comportement de Meursault. L'ensemble parait assez modeste.

Le chapitre se termine par toute une description des gens dans la rue, une sorte de descripton de la vie en ville à laquelle Meursault ne participe pas, il est simplement spectateur.

«J'ai pensé que c'était toujours un dimanche de tiré, que maman était maintenant enterrée, que j'allais reprendre mon tavail et que, somme toute, il n'y avait rien de changé.»

Le dimanche n'a pas une valeur particulière pour Meursault, ça lui évite simplement de travailler. C'est aussi une référence à l'enterrement de sa mère. Meursault est parfaitement conscient de la mort et de l'enterrement de sa mère. Il annonce son retour au travail et marque le fait que rien n'a changé. Sa vie continue, normale et routinière. La lucidité de Meursault peut surprendre. Pourtant le décès de sa mère devait bien arriver à un moment ou à un autre. Pour Meursault, il est arrivé, c'est tout. La mort de sa mère le ramène à sa vie, il va reprend son travail le lendemain.

 

L'Etranger d'Albert Camus 3

 

Avant de passer au chapitre 6, il me semble important de faire le point sur les sentiments de Meursault envers sa mère. On peut en effet noter que les cinq premiers chapitres sont marqués par sa mère. Le premier chapitre est l'annonce de sa mort, le deuxième par sa vie avec sa mère; à la fin du troisième chapitre nous trouvons: " Il (Raymond) m'a expliqué alors qu'il avait appris la mort de maman mais que cétait une chose qui devait arriver un jour ou l'autre. C'était aussi mon avis" Ces phrases marquent l'inéluctable de la vie, la mort. C'est une simple constatation que fait Raymond en disant que cela devait arriver un jour ou l'autre, soit un peu plus tot ou un peu plus tard mais inévitable. A la fin du quatrième chapitre, Meursault entendant le vieux Salamano pleurer, associe les pleurs à sa mère: "(...) j'ai compris qu'il pleurait. Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à Maman." . Au chapitre cinq, comme nous l'avons déjà dit, nous avons l'opinion publique qui se manifeste dans les propos du vieux Salamano: "(...) dans le quartier on m'avait mal jugé parce que j'avais mis ma mère à l'asile, (...) il savait que j'aimais beaucoup maman." C'est la première fois que l'amour de Meursault pour sa mère est clairement mentionné. (1)

De ces pensées de Meursault, de ce refrain qui revient ainsi dans chaque chapitre, on peut déduire que la mère de Meursault est au centre de ce journal, au centre de la vie de Meursault.(2)

 

Le début du chapitre 6, montre un Meursault fatigué, qui a du mal à se réveiller. C'est dimanche et Raymond, Marie et Meursault partent chez l'ami de Raymond, au bord de la plage. Se dirigeant vers l'arrêt d'autobus, Raymond voit un groupe d'arabes et l'un d'eux est le frere de la femme que Raymond a battue. "(...) et il a eu l'air préoccupé." Marie semble effrayée. Meursault se retourne.

Jusque maintenant, Meursault est un personnage qui est en train de découvrir le bonheur (3). Il est sensuel, aime sa vie et se contente de plaisirs simples. Il a Marie et son copain Raymond. Tout au long des chapitres précédents ces petits bonheurs s'accumulent .

Dans ce chapitre 6 Meursault envisage même sa vie avec Marie: "Pour la première fois peut-être, j'ai pensé vraiment que j'allais me marier."

Durant un certain laps de temps on sent que Meursault est heureux, il jouit de la vie, de sa vie.

Se promenant sur la plage en ce dimanche ensoleillé, Raymond, Masson et Meursault se heurtent au groupe des arabes. La chaleur extérieure monte: "Le soleil tombait presque d'aplomb sur le sable et son éclat sur la mer était insoutenable." "On respirait à peine dans la chaleur de pierre qui montat du sol." "Le sable surchauffé me semblait rouge maintenant". Meursault narre l'altercation avec les arabes comme un spectateur, il n'a pas de sentiments spéciaux, il semble neutre jusqu'au moment où il avertit Raymond: "Attention, il a un couteau!". Raymond est blessé. Quand Raymond revient de chez le médecin, on se sent que la journée de bonheur que vivait Meursault est finie, qu'elle a basculé dans une lente tragédie qui peu à peu se met en place (4). Mais ne fallait-il pas que Meursault connaisse un début de bonheur avant de voir sa vie basculer ? Meursault marche sur la plage avec Raymond. "Le soleil était maintenant écrasant. Il se brisait en morceaux sur le sable et sur la mer." Manifestement Raymond veut se venger et crée un dilemme (5) chez Meursault à savoir s'il doit lui dire de tirer ou pas. "Non, ai-je dit à Raymond. Prends-le d'homme à homme et donne-moi ton revolver. Si l'autre intervient, ou s'il sort son couteau, je le descendrai."

Meursault demande un face à face loyal et il parait vouloir protéger Raymond, il veut l'empêcher de commettre un meurtre. En fait cela correspond à ce qu'il est, quelqu'un de loyal, loyal avec Marie avec Raymond, etc...

Mais, dès que Meursault est en possession de l'arme le rôle du soleil s'accentue. Ils rentrent au cabanon, mais Meursault repart, il repart vers la source (6), seul au devant de son destin. Il se sent mal à cause de la chaleur: "Mais la chaleur était telle qu'il m'était pénible aussi de rester immobile sous la pluie aveuglante qui tombait du ciel." Il rencontre l'arabe. Le couteau de ce dernier devient un glaive sous la brulure du soleil. Meursault ent une douleur intense: "A cause de cette brulure que je ne pouvais plus supporter, (...)". La seule façon dont Meursault peut se libérer de cette douleur est en faisant feu (7) sur l'arabe. Pourtant, ce meurtre, que Meursault voulait éviter à Raymond(8) fait basculer sa vie: "Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur."

 

(1) N'est-ce pas une supposition gratuite et conventionnelle ? Comment Salamano sait-il ? Mais en même temps, rien ne dit que Meursault n'aime pas sa mère et qu'il n'a pas de peine. Dès lors, le fait de faire dire cela par Salamano permet aussi de laisser entendre que Meursault a aimé sa mère, même s'il l'a fait d'une manière différente des autres.

(2) OUI !

(3) Oui encore ! Et c'est fondamental car c'est parce que ce bonheur lui sera refusé qu'on pourra dire qu'il s'agit d'une tragédie. Par contre qu'est-ce qui lui interdit le bonheur ? La vie ? Les hommes qui le condamnent parce qu'il n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère ? Le soleil ?

Sans répondre à cette question, il me semble qu'on peut effectuer un (ou plutôt deux ..)autre rapprochement qui est éclairant par rapport au christianisme :

- d'une part, la mort de Meursault est liée à la mort de sa mère. Vu d'une certaine manière, n'est-ce pas parce que Meursault naît que sa mère meurt ? Je veux dire par là que le caractère mortel de l'homme s'explique par la descendance. Il faut que la mère meure pour que l'enfant grandisse puisse que ce vieillissement de l'enfant s'accompagne parallèlement du vieillissement des parents.[c'est éclairant par rapport au christianisme dans la mesure où la descendance à succéder au bannissement d'Adam et d'Eve du Paradis Terrestre].

- d'autre part, la finalité de l'homme est, dans le même ordre d'esprit d'aimer une femme pour avoir une autre descendance. C'est donc légitimement que Meursault aime Marie.

- Or qu'est-ce qui lui est reproché, avec sa tragédie ? D'aimer plus la vie que la mort ! Voilà pourquoi on peut dire que l'Etranger est un appel à la vie. Ce qui par contre m'étonne le plus c'est la similitude de cet aspect avec Les Mouches de Sartre puisqu'Oreste -et surtout Electre- reprochent à Argos et ses dirigeants de vivre dans la mort (le repentir..)

(4) Tout à fait !

(5) Ne confondez-vous pas dilemme et alternative ?

(6) Qu'avez-vous dit là ? Quelle valeur symbolique ? Que fait-on à la source, surtout quand il fait chaud ? Quelle soif peut-être celle de Meursault ?

(7) N'est-ce pas aussi symbolique ? Feu contre feu ? Mais le destinataire était-il le responsable véritable ?

(8) Idem, tout comme le tué n'est pas celui qui était réellement visé (c'était le soleil), ce n'est pas Meursault qui aurait dû tirer. Voilà pourquoi on parle de tragédie : tous ces éléments nous montre qu'il y a comme un agencement trop fort pour qu'il ne soit qu'un hasard. Mais, comme une tragédie classique, c'est un innocent qui va payer. La force de Camus, est de faire de cet innocent à la fois une victime des hommes et un dénonciateur de la mort. Voilà pourquoi le cri de Camus est bien plus accusateur que celui des tragédies classiques : on passe par exemple d'une tragédie comme Electre où pour l'Antiquité, le meurtre est bien parce qu'il satisfait les Dieux, à un meurtre ambigu chez Giraudoux ou dans Phèdre de Racine à un meurtre scandaleux dans l'Etranger. Entre temps, Dieu est mort ...

  • Vanessa

 

¤ Deuxième partie - Ch. 1

  • On retrouve une forme d'humour particulier de la part de Meursault.

Il affirme que son affaire au commissariat « n' intéressait personne » Il ressent son incarcération comme quelque chose de très simple, il ne prend rien au sérieux et s'en amuse presque. (1)

En fait, le comique c'est qu'il reporte les choses comme le ferait un enfant :

« En sortant, j'allais même lui tendre la main, mais je me suis souvenu à temps que j'avais tué un homme » De plus, après avoir expliqué sa théorie sur la mort de sa mère et ses sentiments qui ne s'accordaient pas avec son physique, il conclut :

« Ce que je pouvais dire à coup sur, c'est que j'aurais préféré que maman ne mourut pas »

(1) Je ne vois pas ce qu'il y a d'humoristique. Lorsque vous dites qu'il s'en amuse presque ou qu'il ne prend rien au sérieux, il faut le montrer. De même, il faut expliquer en quoi dire que son affaire "n'intéressait personne" est pour le moins curieux.

Bilan de la question : vous biaisez avec votre réponse. Vous ne répondez pas vraiment à la question posée. J'espère que je réussirai mieux dans ma correction !

  • Etude du paragraphe 1

1) Le récit évolue peu à peu :

au départ, simple interrogatoires d'identité (Meursault considère que son affaire n'intéresse personne)

Puis, huit jours après, le juge d'instruction, au contraire, le regarde avec curiosité

Tout s'accélère, étant donné qu'il lui demande s'il a choisi un avocat.

Meursault se demande alors pourquoi car il trouve son affaire simple.

Finalement, il lui en sera assigné un d'office[peut-on comprendre de qui vous parlez ?] et Meursault trouve cela très commode la part de la justice de s'occuper de ces détails. Au moment ou il parle il doit probablement penser que la justice ne lui veut que du bien .[exact : et alors ?]

2) Ces termes sont : au contraire, pour commencer ....

3)

¤ Tout de suite : là, le laps de temps est court. On sait approximativement le temps écoulé entre l'arrestation et l'interrogatoire mais pas entre le meurtre et l'arrestation.

¤ N'ont pas duré longtemps : ce sont des interrogatoires simples, presque rassurants : on parle de son identité et pas du meurtre.

¤ Huit jours après : Meursault indique une durée précise car il doit sûrement compter les jours en prison, de plus, ce terme est le lien entre « mon affaire n'intéresse personne » et le changement d'attitude autour de lui .

Au contraire : l'impression du procureur change au bout de ses huit jours. Meursault s'en rend bien compte.

Seulement : cela témoigne d'un soulagement de Meursault, qui s'attendait à « pire »

D'accord. Et que faites-vous de cela ?

4) C'est un dialogue très cordial, sans aucunes accroches [mdit]. Meursault se sent comme innocent et le juge tente de mieux le connaître. Lorsque Meursault lui dit que son affaire est simple il sourit : pour lui, Meursault est bien ignorant quand à ses droits et ses devoirs.

Ce que vous dites est juste mais vous n'allez pas au fond. Il faut remettre l'ensemble en cause.

5) Pour Meursault, le juge est quelqu'un qui le regarde avec curiosité, mais c'est le seul qui commence vraiment à s'occuper de lui et de son affaire. Le juge sourit.

Le paragraphe se termine sur une concordance des deux hommes : la justice est bien faite.

Cela mettra Meursault encore plus en confiance.

Pourtant, Meursault aura-t-il raison d'avoir confiance ?

 

  • Etude du paragraphe 2

1) Le § 1 se termine, comme je viens de le dire, sur l'accord des deux hommes quant à la commodité de la justice. Parlant du juge, Meursault dit ; « il m'a approuvé » et la première phrase du chapitre 2 est : « au début, je ne l'ai pas pris au sérieux » Il n'y a donc pas de coupure vu que l'on parle de la même personne, si ce n'est une coupure de temps, mais nous en ignorons la durée.

Pour moi, il y a donc une continuité, le « début » étant le chapitre 1.[Pourtant, où s'est passée l'entrevue avec le juge ? Dans la cellule de Meursault ou dans le cabinet du juge ? Si c'est dans son cabinet, le 2ème § concerne le décor du lieu dans lequel la discussion entre le juge et Meursautl a eu lieu. Quoi qu'il en soit, il me semble qu'il y a une rupture entre le 1er § et le 2ème dans la mesure où le 1er § évoque un dialogue alors que le 2ème § évoque plus les conditions de l'interrogatoire, le portrait du juge et les réactions de Meursault à son égard.On a plus l'impression d'un discours intérieur que dans le 1er §.

2) La pièce où le juge reçoit Meursault est très « intime » : des rideaux sont tendus et une lampe éclaire le bureau, on en déduit donc que l'endroit doit être sombre.

C'est très sobre, mais la simplicité est voulue : une seule lampe permet d'éclairer les visages mais de laisser à la pièce une part de mystère. C'est une pièce propice aux confessions, du moins, c'est le but recherché par le juge. Cela ressemble à un décor de théatre.[qu'est-ce qui vous permet de dire cela ?]

La fonction d'un décor de théatre est de mettre en situation, de s'adapter à la pièce jouée.[Trop vague : je dirais plutôt de suggérer des interprétations de la pièce, de mettre en valeur ce qui est dit pour le faire comprendre d'une manière et non d'une autre]

Si l'on parle d'un jour de printemps on tachera d'inonder la pièce de lumière et d'y placer les signes caractéristiques du printemps : fleurs, oiseaux, renouveau....... C'est la même chose ici.[Le problème, c'est que si cela paraît un décor de théâtre, c'est parce qu'on le fait sentir comme tel : pourquoi sinon pour rendre le caractère artificiel de la chose. Et pour qui est-ce artificiel sinon pour Meursault ?]

3) Meursault a failli lui tendre la main car il l'aime bien ; il lui ressemble un peu : raisonnable et sympathique. Physiquement, ce juge rappelle le concierge de la maison de retraite.[Ce n'est pas faux. Mais cela révèle surtout les a priori de Meursault. La question n'est pas que le juge soit sympathique ou non, la question est de savoir si Meursault sauvera sa tête ou non : et cette question ne l'effleure pas !]

Il s'est véritablement passé un changement puisqu'au début, Meursault prenait tout çà pour un [???]

Mais après la conversation : « au contraire, je l'ai regardé et j'ai vu un homme [...]

4) « Je me suis souvenu à temsp que j'avais tué un homme »

Nulle part avant on ne l'avait entendu prononcer ses mots, cette vérité.

Autrement dit, après sa conversation, Meursault réalise et prend peu à peu conscience de son

acte. Le juge a du lui faire comprendre .[Je pense surtout que Meursault qui s'impatientait dans sa prison, en oublie le pourquoi de son entrevue : voilà l'important ! Meursault se croit encore en société avec le concierge de l'asile de vieillards, ou Salamano.]

  • La fin du chapitre

1) Non, je ne pense pas que le juge soit toujours raisonnable. Au début de l'entretien il paraît calme et commence ses questions. Mais après, Meursault juge que ses questions sont « sans logique apparente » Il insistera particulièrement sur le fait que Meursault ait tiré un coup, puis quelques secondes plus tard les 4 autres. Sa réponse ne le satisfait pas et il commence à parler de religion , ce qui ne me semble pas très normal dans une république laïque. En fait, ce qui importe pour le juge c'est que Meursault se repentisse, et alors il aura le pardon de dieu, ce qui est le plus important .

Ce juge prêche plus la volonté du seigneur plutôt que celle de la justice.[Et encore !]

2) A partir du moment ou le juge verra qu'il ne peut rien tirer de pieux de Meursault, il a presque de la pitié pour lui, en tout cas de la tristesse, et à partir de ce moment il le considère comme coupable.

Il est clair que si Meursault avait expié ses torts il aurait eu la vie sauve devant le tribunal.[C'est peut-être un peu plus compliqué que cela, mais il aurait été dans de meilleures conditions sans doute pour avoir la vie sauve]

Il l'appellera à partir de ce moment là Monsieur l'Antéchrist, autrement dit quelqu'un qui renie Dieu. Lorsqu'on emploie ce terme dans la vie courante, le sens est Chef du mal.[ ??? Cela signifie-t-il quelque chose ?]

C'est probablement pour Camus une façon de faire valoir ses convictions religieuses ou ses idéaux , de montrer l'absurde.[ Tel que c'est exprimé, c'est obscur : vous n'expliquez pas grand chose des convictions religieuses de Camus et de ses idéaux]

 

 


François MAURIAC " LE NOEUD DE VIPÈRES "

 

  • Debbie

 

"Vous avez eu de la chance que je survive à ma haine. J'ai cru longtemps que ma haine était ce qu'il y avait en moi de plus vivant. Et voici qu'aujourd'hui du moins, je ne la sens plus."

 

Louis souhaite s'expliquer avec sa femme Isa laquelle s'y est toujours refusée. Louis écrit donc cette confession avec l'espoir d'être entendu mais avec le sentiment que son effort restera vain.

Mais c'est à elle, à Isa, qu'il écrit. Lorsqu'elle meurt , sa démarche semble avoir perdu son sens: "elle(Isa) ne lirait pas ces pages. Les choses en resteraient éternellement au point où je les avais laissées en quittant Calèse.......elle est morte sans me connaitre, sans savoir que je n'étais pas seulement ce monstre, ce bourreau, et qu'il existait un autre homme en moi." Ecrire n'a donc plus le même sens pour Louis(1).

Même l'argent perd de son intérêt. L'argent était la manifestation du pouvoir que Louis exerçait sur les siens, une menace qu'il laissait planer, une arme, la seule dont il dispose, un moyen de les retenir. Dans ce roman, presque tous les personnages sont obsédés par l'argent; tous sauf Marinette et Luc. Ces deux personnages avec Marie sont les seuls capables d'attirer l'attention de Louis. Les seuls qui ne le repoussent pas et qui, même s'ils ne le comprennent pas n'éprouvent pas de haine pour lui (2) . Mais, la vie de Louis est conditionnée par l'argent au point qu'il en oublie comment parler aux êtres qui attirent son attention.

Une seule fois Louis a cru se détacher de l'argent, lorsqu'il pensait que lui aussi était capable de plaire et d'émouvoir quand Isa et surout sa famille s'intéressèrent à lui. Son illusion s'écroule quand une nuit, Isa lui parle de Rodolfe. Le désir de Louis d'être aimé est obsédant. C'est dans un autre amour que cet anticlérical s'apaisera. Dès la fin de la première partie l'idée de la conversion de Louis se fait jour: "Quelle force m'entraîne? Une force aveugle? Un amour? Peut-être un amour...."

Ses enfants Hubert et Geneviève sont des caricatures des dévots qui eux ne se convertissent pas. Janine est moins maltraitée et son attitude dans la lettre qui clôt le roman apporte une sorte d'apaisement.

 

Le fait que Louis soit un avocat reconnu n'est pas dû au hasard. Ce roman est bien sur une confession mais c'est un plaidoyer d'un coupable qui se sent innocent ou inversement (3) . Louis a besoin d'être compris et accepté pour interrompre sa solitude (4) . C'est ce qu'il dit au chapitre XIX de la 2 ème partie: "Non, je n'étais pas triste. Quelqu'un m'avait entendu, compris.....Mais j'avais échoué devant Geneviève ." (5), "Bienheureux si je réussissais à pénétrer jusqu'à un seul être, avant de mourir."

 

1. Ne peut-on justement se demander si ce n'est pas là le doigt de Dieu ?
2. on est en effet au coeur du problème : le monstre n'est pas Louis. Mais c'est ainsi qu'il se voit et que les autres le voient mais justement, les autres qui le voient ainsi n'ont pas la charité chrétienne qui aurait dû leur permettre d'aller vers lui et de le sauver. Au contraire, ils l'enfoncent ! Voilà pourquoi on peut dire que ce sont eux les monstres.
3 . Tout à fait !
4. N'est-ce pas tout simplement qu'il a besoin d'amour, qu'il a soif d'amour ? Qu'est-ce que l'amour ?
5. Il est aussi frappant que Louis au fond accepte la mort. Bien sûr il a été frappé par la foudre en apprenant la mort d'Isa, mais peut-être plus parce qu'il n'avait jamais imaginé qu'elle mourrait avant lui : si Louis est accablé par la mort de ceux qu'il aime (Marie, Luc, Isa) , il semble tout de même admettre la mort. Et en ce qui le concerne, la sienne est toute acceptée.

 

"Où est ton trésor, là est ton coeur" Saint Luc

Chapitre XIX

"Jamais mon coeur ne m'avait laissé un si long répit" à cause de sa maladie mais aussi à cause de la paix qui s'installe en lui.

"J'éprouvais une profonde paix."

Chapitre XX

Cette question à Janine "Tu as la foi?" à laquelle elle répond par rapport aux pratiques religieuses.

La déclaration de Louis par rapport à la religion, aux dévots, "caricature grossière, cette charge médiocre de la vie chrétienne, j'avais feint d'y voir une représentation authentique pour avoir le droitde la hair."

Le souvenir de l'abbé Ardouin "Vous êtes bon...", les paroles de Marie, Louis a cherché toute sa vie l'amour, un amour supérieur à tous les autres, si fort qu'il meurt avec ces paroles.


Montesquieu, Les Lettres persanes

 

  • Debbie

 

La lettre 161 est la dernière des "Lettres Persanes" de Montesquieu. Cette lettre ressemble plus à une tirade(1) qu'à un courrier. Le "Oui", premier mot, montre que c'est une réponse. La vengeance tient ici une grande place.(2)

Cette lettre est écrite par Roxane en réponse à une lettre d'Usbek(3). La première lettre du roman épistolaire de Montesquieu est une lettre d'Usbeck. Cette omniprésence de ce personnage a surement une signification(?).(4)

 

Roxane est soumise à Usbeck, elle lui doit obéissance. Mais la servitude que vit Roxane n'est que physique . Pour lui, une femme est un objet qui doit obéir à tout, "tes caprices", "soumission à tes fantaisies". C 'est une servitude physique, non morale, "j'ai pu vivre dans la servitude, mais j'ai toujours été libre". On peut noter le chiasme entre servitude qui est opposée à libre. L'esprit de Roxane reste indépendant.

La violence et la haine sont omniprésentes: " me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la Terre; enfin, de ce que j'aie profané la vertu, en souffrant", " Si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine ".

Roxane accueille la mort qu'elle provoque, comme une libération. Sa libératon commence quand elle dit qu'elle meurt, " Je vais mourir", "Je meurs", puisque "je meurs" est suivi du connecteur logique "mais", qui introduit l'idée de libération confirmée par l'envol qui donne une connotation positive à cette mort. Par la mort, Roxane rejoint l'homme qu'elle aime "le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus". Son amour dicte sa conduite.

 

Roxane a accepté(5) une servitude physique contraire aux lois de la nature. Son amour pour (son ?)" plus beau sang du Monde" l'a soutenue contre sa haine, mais c'est finalement la mort qui apaisera cette haine et lui donnera la liberté à laquelle Roxane a aspiré.

(1) Vous voulez parler de théâtre, ou dire que c'est un paidoyer ou un réquisitoire dans sa forme ?

(2) Cela mériterait d'être justifié

(3) Attention, cette mise en route (§§1 et 2) est un peu confuse : on a l'impression que vous errez et du coup vous semblez faire comme moi dans mes mauvais jours ! ;o)

(4) Sans doute . Mais est-ce vous ou moi qui pose les questions ? Si vous attendez une réponse vous en serez pour vos frais car je ne peux vous en fournir. Il me faudrait relire les Lettres persanes : je veux bien le faire pendant le mois de vacances qui arrive...si je n'oublie pas !

(5) Peut-être ne pouvait-elle faire autrement !

Tout ceci est fort juste.

 

  • Debbie

Montesquieu Lettre 24

 

Cette lettre nº 24 appartient au roman épistolaire de Montesquieu "Lettres Persanes". Le roman épistolaire permet à Montesquieu de faire intervenir des persans, en voyage en France, qui racontent ce qu'ils voient.: La France et ses instittions sont placées sous le regard d'étrangers.

Dans cette lettre , datée de 1712 donc 3 ans avant la mort de Louis XIV, la monarchie absolue et l'arbitraire du pouvoir sont fortement critiqués sur un ton humoristique.

 

1) le peuple responsable

  • La vanité

"Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe" : mise en évidence de la vanité qui peut se dégager par "le plus puissant" avec "Europe", attaque directe au [du] roi, "Le roi de France" donc Louis XIV.

" Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne, son voisin": Si le roi de France est plus puissant que le roi qui possède des mines d'or, sur quoi repose sa puissance?

"mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines." : réponse par un connecteur logique d'opposition, il tire sa richesse de la vanité de son peuple. La vanité de ses sujets est inepuisable, et c'est ce qui lui permet d'avoir une puissance supérieure à celle des autres souverains. Opposition entre des mines exploitées qui s'épuisent et une vanite qui est sans limites et inépuisable(Bien).

  • A quoi sert la vanité du peuple?

" On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autre fonds que des titres d'honneur à vendre, et, par un prodigue de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places, munies, et ses flottes équipées. "

Le roi entreprend des guerres qu'il finance en vendant des charges le plus souvent inutiles à prix fort. A noter "titres d'honneur à vendre" le roi vend l'honneur ce qui semble incompatible lorsqu'on parle d'une valeur abstraite. C'est l'orgueil humain qui permet au roi de partir en guerre.

2) la monarchie absolue (despotisme)

  • La magie du roi

"D'ailleurs ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets ; il les fait penser comme il veut."

Ton humoristique(1) qui présente le roi comme un magicien, qui manipule les esprits. Mais [on ?] s'attend à trouver un magicien plus dans un spectacle qu'à la tête d'un royaume [oui]. "il les penser comme il veut" introduit une note plus grinçante[très juste]. Faisant penser son peuple comme il veut dénote un manque de scrupules.

"S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor, et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient. S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent, et ils en sont aussitôt convaincus." : raisonnement logique basé sur des anaphores pour marquer les manipulations du roi qui crée des illusions (magicien).

" Il va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits. " Þ de magicien le roi passe à être un sorcier. " même....jusqu'à " met en évidence l'incroyable pouvoir de ce roi sur les esprits.[juste mais limité]

 

Conclusion

Ce texte est une critique de la monarchie absolue et de l'utilisation qui en est faite. Elle ne sert qu'à dominer un peuple crédule et vaniteux et se sert pour cela de la manipulation, l'illusion (magicien), mais aussi de la superstition (sorcier, guérisseur).(2)

(1) A quoi se remarque un ton humoristique ?

(2) Cette conclusion est juste, mais elle n'aborde pas les aspects inhérents à la structure du texte, à sa construction, à sa tonalité, aux choix faits par l'auteur pour mettre en évidence cette critique. Vous avez parlé au début d'humour, plus loin vous parliez de grincements qu'est-ce que tout cela signifie sinon des choix de l'écriture pour mettre en évidence cette critique dont vous parlez.A mon avis il ne faut pas l'oublier dans l'introduction.

Voici en guise de correction quelques éléments d'analyse puis des axes de lecture méthodique :

  • Noter l'énonciation :
    • Le caractère épistolaire :
      • "Rica à Ibben, à Smyrne"
      • "Smyrne"
      • le 4 de la lune de Reblab
      • Lettres persanes
    • Répartition de l'énonciation
      • dans le passage : absence de "je" et de "tu" (alors que nous sommes dans une correspondance...)
      • récit à la troisième personne (récit ? généralisation ?)
  • Thème + déclinaison du thème
    • Le roi de France : § 1
    • ce roi (§2)
    • reprise du roi (3 fois il §1 + lui+ ses; §2 il+ son empire, son trésor)
    • Un texte argumentatif dans la mesure où il énonce une thèse :
      1. Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe
      2. D'ailleurs ce roi est un grand magicien
      • D'une certaine manière, Montesquieu semble annoncer une démonstration, ou une illustration de deux thèse différentes mais plus ou moins liées. Noter cependant que parler de la puissance n'est pas perçu a priori de la même manière que du caractère magique du personnage. Autrement dit, il y a glissement de sens, d'effet et donc d'intention.
  • Temporalité :

    On remarquera évidemment l'utilisation du présent de vérité générale. Utilisation de surcroît du verbe être (le roi de France est; ce roi est) et celle du verbe avoir (il n'a point d'or; il a plus de richesses; s'il n'a qu'un million d'écus; a besoin; il n'a qu'à; s'il a une guerre; il n'ait point d'argent; il a sur les esprits (dernière expression du texte).

     

  • De qui parle-t-on ?

    A priori, là encore (comme dans le thème) on parle du roi de France. Apparemment, on le compare aux autres princes d'Europe, puis on évoque ses relations avec ses sujets. Pourtant le fond du texte est autre. Le définir. Utiliser pour cela justement le glissement qui s'opère dès le 1er § à partir de la puissance comparée du roi de France.

 

  • Construction du texte : deux §. Construction différente et pourtant une forme de parallèle. Noter l'importance de la dernière phrase du texte.
  • La tonalité : Montesquieu agit comme un véritable bateleur. On aperçoit un artiste dans le texte.Quant à la caricature qu'il fait elle permet d'accéder à une forme de comique. En même temps, sous le comique, le sérieux avec une critique sociale et politique.

 

LA LECTURE METHODIQUE:

a. le plan

b. L'étude par parties à travers des axes :

  • une présentation faite pour captiver et amuser
  • une satire du pouvoir
  • l'attitude d'un philosophe

 

  • Point de départ , une lettre => une intimité surprise + un côté savoureux (regard de Persans)
  • Une idée clairement énoncée dès le début, pratiquement mise en exergue et renforcée par le superlatif=> Non seulement on s'adresse à des Français en flattant une vanité qui sera dénoncée plus bas, mais de plus on prépare une attent, celle de l'explication du constat énoncé. Situation en même temps du champ du regar (France/Europe/Amérique) =>actualité=> intérêt supplémentaire. L'explication suit, mais de manière incomplète dans la 2ème phrase puisqu'elle sera illustrée par un exemple (la guerre).
  • Comment Montesquieu introduit-il justement cette 2ème phrase ?
    • parallèle de construction :
      • phrase 1 : le roi de France/ les autres princes de l'Europe
      • phrase 2 : Il / le roi d'Espagne + il / lui (le roi d'Espagne)

      on notera aussi l'utilisation de la comparaison mais des effets d'opposition :

      • phrase 1 : il est le plus puissant prince (superlatif absolu)
      • phrase 2 :
        • a) il n'a point comme (infériorité provisoire)
        • b) mais il a plus... plus inépuisable (supériorité grandie par la différence vis à vis du début de la phrase), renforcée par la conjonction "mais". On notera aussi le chos entre plus et inépuisable ce qui est inépuisable atteint une forme d'infini : il ne peut y avoir plus ou moins d'infini !
    • jeu aussi dans la présentation qui met d'abord en évidence le paradoxe pour ne l'expliquer qu'après d'une manière évidemment piquante : la phrase 2 joue sur la poursuite de l'idée de puissance, mais en fournissant une explication. De là le jeu de la ponctuation :
      • 2 temps de part de d'autre du point virgule et du mais qui le suit
      • 3 temps dans la 2ème partie de la phrase :
        • affirmation de sa supériorité
        • justification en deux temps de l'origine de cette supériorité (parce que : articulation logique de type argumentatif; et plus inépuisable que les mines : on retrouve la comparaison entre le roi d'Espagne et le roi de France puisque ce qui est inépuisable c'est la vanité des sujet du roi de France)
    • Effet amusant de cette phrase puisqu'on oppose le matériel (l'or, les mines) à l'imatériel (la vanité). Effet amusant de renversement puisque la présentation accrédite la thèse d'un effet positif, de la démonstration d'une qualité. Or cette qualité repose sur à la fois un jeu de passe-passe, mais aussi sur la mise en évidence d'un défaut ironisant sur les sujets français.
    • Mais tous ces effets en germe éclatent dans la dernière phrase du § 1 :
      • elle trouve sa place tout naturellement dans un ensemble argumentatif (thèse, explication de la thèse, illustration de cette thèse)
      • elle prolonge les effets de construction en opposition : il fait des guerre qui nécessitent de l'argent / alors qu'il n'en a pas; "grandes guerres"/ "n'ayant d'autres fonds que ..."
      • elle prolonge et amplifie l'effet de merveilleux et d'étonnement par le vocabulaire et la construction :
        • attestation d'un phénomène passé (donc réalisé) et attesté parce que vu ("on lui a vu")
        • "prodigue"
        • "orgueil humain" l'adjectif donnant une dimension universelle à l'observation
        • utilisation d'une forme verbale jouant sur les oppositions : "n'ayant" / et ses.. se trouvaient payées : passage d'un participe présent dont le sujet est le roi (personne) à une forme à valeur de passif (sans acteur) : "ses troupes se trouvaient payées", renforcée par l'utilisation d'une conjonction de coordination "et" (effet d'instantanéité, souligne l'absence d'intermédiaire, de médiation).
        • Enfin la succession des termes dans une construction elliptique, qui accumule en allégeant, renforce ce côté merveilleux.
  • On comprend bien la satire sous-jacent qui vise les sujets du roi mais sans doute aussi son comportement dans une monarchie absolue et tyrannique. Mais Montesquieu sait qu'il ne peut se permettre d'attaquer de front le pouvoir royal (Les Lettres persanes sont publiées en 1721 soit au milieu de la Régence ) même si Louis XIV est mort. Il lui faut donc utiliser le regard d'un étranger, seul habilité à s'émerveiller des pratiques des autres. L'intérêt aussi du procédé est qu'il fait écho aussi aux intérêts du siècle (on commence à mieux percevoir la présence des autres peuples, en particulier les Indiens d'Amérique) et à son goût pour une forme d'exotisme. De plus l'ensemble est enlevé grâce à un stylé alerte, des effets de contraste, et une bonne dose d'ironie tant à l'égard de la feinte naïveté de Rica qu'à l'égard de la feinte naïveté de Rica à l'égard des Français.

    Cependant, au-delà de la satire de l'époque de Louis XIV, quel intérêt pour Montesquieu de s'intéresser au passé, sinon pour préparer le futur ?

    Enfin, les Lettres persanes préfigurent à la fois le Montesquieu de l'Esprit des lois, le monde des philosophes et leurs combats, et enfin l'aboutissement de la révolution à la fin du XVIII° siècle avec la déclaration des droits de l'homme et donc la République.