LETTRES ANGEVINES

Yvon JOSEPH-HENRI


NICOLAS GOGOL

NOUVELLES DE PETERSBOURG

 

EXERCICES CORRIGES

 

 

1 Une définition du fantastique chez Gogol.
 
Pour Jean-Louis BACKES, le fantastique dériverait de la notion de fantaisie, au sens musical du terme, où elle désigne des compositions libres, issues parfois d'improvisations et caractérisées par une grande instabilité du tempo.
 
Pensez-vous que cette manière de voir soit illustrée par les nouvelles de Pétersbourg ?

 

2. Pétersbourg dans les Nouvelles de Pétersbourg.

A. Repérage .

a. Le Manteau

L'environnement du Manteau, c'est d'abord le monde des fonctionnaires. Puis celui de la rue, donc de Pétersbourg.

De plus, lorsqu'il suivait une rue, il posséait un art particulier pour passer sous des fenêtres au moment précis où l'on jetait toutes sortes de détritus, et son chapeau était ainsi constamment garni d'écorces de pastèques, de melon et d'autres épluchures.

les jeunes fonctionnaires aux yeux vifs, dont l'observation s'étend si loin qu'ils remarquent même sur le trottoire opposé un sous-pied décousu, ce qui amène toujours à leurs lèvres un sourire malicieux

 Aux heures mêmes où s'éteint le ciel gris de Pétersbourg et où la foule des fonctionnaires, chacun ayant dîné selon ses moyens et ses goûts, se repose..

Les plus ardents courent les théâtres ou les rues, s'adonnant à la poursuite de jolies frimousses; d'autres encore vont à des soirées, où ils dépensent leur temps à faire la cour à quelque piquante demoiselle, étoile d'un petit cercle bureaucratique; les plus nombreux, enfin , se réunissent tout simplement chez un des leurs, qui demeure au troisième ou au quatrième étage, dans deux petites pièces avec antichambre et cuisine, meublées non sans quelque prétention à l'élégance, pourvues d'une lampe ou d'un autre objet ayant coûté de nombreux sacrifices (...).

Tous ceux qui touchent quatre cents roubles d'appointement, ou à peu près, ont un ennemi cruel à Pétersbourg. Cet ennemi n'est aure que notre froid arctique, bien qu'on affirme qu'il soit excellent pour la santé.

Vers neuf heures du matin, à l'heure même où les rues se peuplent de fonctionnaires se rendant à leurs bureaux, le froid se met à donner de telles chiquenaudes sur tous les nez sans distinction, que les pauvres fonctionnaires ne savent vraiment pas comment les préserver. A cette heure où la gelée pince douloureusement le visage des personnages les plus haut placés et remplit leurs yeux de larmes, les pauvres conseillers titulaires se sentent parfois incapables de se défendre.

Chez Pétrovitch, le tailleur :

Tout en montant l'escalier qui le menait vers Pétrovitch, escalier qui , il faut bien le dire, était couvert de flaques d'eau et de détritus, et dont l'air était saturé de cette âcre odeur qui pique aux yeux et se retrouve, on le sait, dans tous les escaliers de service des maisons péterbourgeoises, (...)

La porte était ouverte, car la femme de Pétrovitch, rôtissant je ne sais quel poisson , avait laissé s'échapper tant de fumée qu'on n'y voyait même plus assez pour distinguer les cafards.

En chemin, il fut heurté par un fumiste dont le vêtement malpropre lui noircit toute l'épaule; puis il reçut sur la tête une avalanche de plâtras du haut d'une maison en construction. Il ne remarqua rien de tout cela, et ce n'est que lorsqu'il vint donner droit contre un factionnaire qui , ayant déposé sa hallebarde à côté de lui, vidait un cornet de tabac à priser sur son poing calleux, c'est alors seulement qu'il revint à lui, et encore parce que le factionnaire lui dit :

&emdash;Qu'as-tu à tomber ainsi sur la gueule des gens ! N'y a-t-il pas assez de place sur le trottoir ?

Pétrovitch ne perdit pas l'occasion de déclarer à ce propos que s'il avait demandé un prix si bas, c'était qu'il demeurait dans une petite rue, sans enseigne et , de plus, connaissait Akaky Akakiétitch depuis déjà depuis longtemps mais qu'à la perspective Nevsky on aurait certainement exigé soixante-quinze roubles, rien que pour la façon.

Pétrovitch le suivit, puis, s'arrêtant, il examina son ouvrage de loin et prit ensuite en courant une ruelle de traverse qui lui permit de dépasser Akaky Akakiévitch et, en revenant sur ses pas, d'admirer encore une fois le manteau de face.

A notre grand regret , nous ne pouvons préciser où demeurait le fonctionnaire qui l'avait invité : la mémoire commence à nous faire fortement défaut, et les rues et les maisons de Pétersbourg se confondent tellement dans notre tête qu'il est impossible d'en tirer quelque renseignement exact. Il est certain en tout cas que le fonctionnaire en question habitait un des beaux quartiers et, par conséquent, fort loin d'Akakay Akakiévitch. Celui-ci dut au préalable traverser quelques rues très maigrement éclairées. Les passants se faisaient plus nombreux; on rencontrait des dames élégamment habillées, les messieurs portaient des cols de castor; plus rares devenaient les petits traîneaux de bois treillagés , garnis de clous dorés; ils faisaient place à de beaux attelages : traîneaux vernis, recouverts d'une fourure d'ours, cochers au bonnet de velours framboise. Des calèches richement garnies passaient , rapides, faisant grincer le neige sous leurs roues.

Akaky Akakiévitch regardait toutes ces choses comme s'il les voyait pour la première fois: il y avait déjà plusieurs années qu'il n'était plus sorti le soir. Devant la vitrine éclairée d'un magasin, il s'arrêta, intéressé à la vue d'un tableau représentant une jolie femme qui enlevait son soulier, découvrant ainsi une jambe assez bien faite, tandis qu'à travers une porte entrouverte, on voyait passer la tête d'un monsieur portant des favoris et une jolie royale.

Il arriva enfin à la maison qu'habitait le sous-chef de bureau. Ce sous-chef vivait sur un grand pied: il occupait un appartement au deuxième étage, l'escalier était éclairé par une lanterne. Dans l'antichambre, Akaky Akakiévitch vit sur le plancher des rangées de galoches en caoutchouc au milieu desquelles se dressait un samovar qui grondait et lançait des jets de vapeur. Le long des murs pendaient des pelisses et des manteaux dont certains étaient garnis de col de castor et de revers de velours. A travers la cloison , on percevait le bruit sourd des conversations, qui soudain éclata lorsque la porte s'ouvrit et qu'apparut un domestique portant un plateau chargé de verres vides, d'un pot de crème et d'une corbeille de biscuits.

Les rues étaient encore éclairées. Quelques petites épiceries , ces clubs de la domesticité et qui ne désemplissent pas, étaient encore ouvertes. D'autres déjà fermées, laissaient pourtant filtrer à travers la porte un long rai de lumière qui prouvait que les femmes de chambre et les laquais n'avaient pas encore terminé leurs commérages, laissant leurs maîtres se demander, très perplexes, où ils avaient bien pu disparaître.

Bientôt il s'engagea dans ces rues désertes qui sont beaucoup moins gaies, même en plein jour ; elles étaient maintenant beaucoup plus mornes, encore plus tristes. Les réverbères se firent plus rares : on faisait évidemment des économies d'huile. Apparurent des maisons de bois , de longues clôtures; plus une âme sur la route où scintillait la neige et que bordaient les taches sombres des maisonnettes endormies , aux volets clos.

Akaky Akakiévitch parvint à l'endroit où la rue débouchait sur une place immense, à l'autre bout de laquelle on distinguait à peine quelques bâtiments et qui présentait l'aspect d'un désert sinistre. Là-bas, très loin, brillait une lumière qui paraissait située aux confins de l'univers.

Le vent, selon l'habitude de Pétersbourg, soufflait sur lui de tous les côtés à la fois, de toutes les ruelles.

Grâce à l'action généreuse du climat pétersbourgeois, la maladie se développa plus rapidement qu'on ne pouvait s'y attendre, et quand vint le docteur et qu'il pris le pouls d' Akaky Akakiévitch , il ne trouva autre chose à faire que de lui ordonner des compresses, uniquement pour que le malade ne demeurât point privé de l'aide efficace de la médecine.

Le bruit, soudain, se répandit à Pétersbourg qu'un fantôme apparaissait la nuit aux alentours du pont Kalinkine, sous les traits d'un fonctionnaire.

Un fonctionnaire parvint, en effet, près de la rue Kiriouchkine, à mettre la main au collet du mort (...)

Un factionnaire du quartier de Kolomna vit de ses propres yeux le fantôme.

 

b. Le Journal d'un fou

Nous traversâmes la rue Gorokhovaïa, tournâmes dans la Mestchanskaïa, puis dans la Stoliarnaïa, et enfin, près du pont Koukouchkine,nous nous arrêtâmes devant une grande maison.

J'ai été au théâtre

J'ai en horreur les choux, dont l'odeur s'échappe de toutes les boutiques de la rue Mestchanskaïa. Et avec ça, de dessous les portes cochères des maisons se répand une puanteur tellement infernale que je fus obligé de m'enfuir à toutes jambes en me bouchant le nez. Et les vils artisans dans leurs ateliers émettent tant de fumée et de suie, qu'il est absolument impossible pour un homme de noble naissance de se promener dans ce quartier.

Je me suis promené incognito dans la perspective Nevsky. Passa l'Empereur. Tout le monde se découvrit, moi aussi.

c. Le nez

Le 25 mars, un événement tout à fait étrange s'est produit à Pétersbourg.

Le coiffeur Ivan Iakovlévitch, demeurant perspective Voznéssenky (le souvenri de son nom de famille est perdu, et son enseigne même ne porte rien de plus que la tête d'un monsieur au visage barbouillé de savon et l'inscription : On saigne aussi )

Comme tout honnête artisan russe, Ivan Iakovlévitch était un ivrogne invétéré, et qu'il qu'il rasât quotidiennement le menton des autres, le sien était toujours hirsute.

Ce respectable citoyen se trouvait déjà sur le pont Issakiévsky.

Le major Kovaliov avait l'habitude de se promener chaque jour dans la perspective Nevsky. Le col de sa chemise était toujours très propore et fortement empesé.

Le major Kovaliov était venu à Pétersbourg dans un but pratique, pour y obtenir un poste en rapport avec son grade, une place de vice-gouverneur, s'il était possible, ou bien de chef de bureau dans une administration bien en vue.

Tout en parlant ainsi, il entra dans une confiserie tout exprès pour se voir dans une glace. Par bonheur la confiserie était vide.

Très vexé, se mordant les lèvres, il sortit de la confiserie et résolut, contre son habitude , de ne pas dévisager les passants et de ne sourire à personne.

D'après son bicorne à plumes, on pouvait croire qu'il avait le grade de conseiller d'Etat, et tout paraissait indiquer qu'il faisait une tournée de visites.

En cet instant, il entendit le bruissement délicieux d'une robe : une dame âgée, toute couverte de dentelles, approchait, accompagnée d'une jeune personne mince, en robe blanche qui moulait très joliment sa taille, coiffée d'un chapeau jaune paille, pareil à une crème fouettées. Les deux dames étaient escortées d'un grand laquais à favoris épais, dont le manteau s'ornait d'une demi-douzaine de collets (...)

La journée était belle, ensoleillée. La perspective Nevsky était noire de monde.A partir du point Politseisky et jusqu'au pont Anitchkov, le flot des dames s'écoulait, pareil à une cascade de fleurs. Voici le conseiller de cour que connaissait bien Kovaliov et qu'il appelait lieutenant-colonel, surtout en présence d'étrangers. Voilà Iarichkine, chef de bureau au Sénat, son grand ami, qui perdait abondamment au whist lorsqu'il annonçait sans atout. Et voilà encore un autre major qui avait obtenu son grade d'assesseur de collège au Caucase. Il fait signe de la main à Kovaliov pour que celui-ci vienne le rejoindre.

le bureau de la presse :

- la petite chambre où un employé grisonnant, vêtu d'un vieil uniforme et portant des lunettes, était assis à une petite table et , tenant son porte-plume entre les dents, comptait de la monnaie de cuivre.

- Auprès de la table se presssaient des vieilles femmes, des garçons de magasin, des concierges, tenant à la main des feuillets de papier. Sur l'un on lisait que des maîtres vendaient un cocher sobre et honnête, d'autres offraient une calèche en excellent état, ramenée de Paris en 1814. Ici l'on cédait une fille de dix-neuf ans sachant très bien faire la lessive et apte également à tous les travaux domestiques.

 

 

> Pertersbourg :

une vie marquée par l'ennui .

Le soir : le théatre.

B. Petersbourg : généralités

 

C. Pétersbourg dans Les Nouvelles de Pétersbourg de Gogol

Au bout du compte, une ville artificielle, maléfique

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3 Pétersbourg : un labyrinthe ?

 

4. Péterbourg, un théâtre.

 

5. L'Univers et les procédés de Gogol.

Boris Eikenbaum définit ainsi l'univers et les procédés de l'auteur des Nouvelles de Pétersbourg :

«Il s'agit de la possibilité qu'obtient ainsi Gogol d'unir l'inunifiable, d'exagérer l'insignifiant et de réduire l'important, ayant préalablement isolé le monde de la nouvelle de la vaste réalité»

Que pensez-vous de cette vision ?