LETTRES ANGEVINES

Par Yvon JOSEPH-HENRI
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FICHES METHODOLOGIQUES

LE COMMENTAIRE COMPOSÉ

[1.Qu'est-il au juste ?] [2.Quelle étude du texte ?] [3.Comment construire son devoir ?] [4.Un exemple]
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1. QU'EST-IL AU JUSTE ?

Le commentaire composé est une forme d'exercice qui suppose un double travail :
  • D'une part, l'étude détaillée d'un texte littéraire sous le double aspect du sens et des formes d'écriture
  • D'autre part, la construction d'un exposé écrit qui vise à restituer l'image essentielle que l'on peut retenir de ce texte en l'ayant au préalable décomposée en éléments plus simples par lesquels on commence l'exposé.

Le commentaire composé suppose donc une capacité à comprendre le sens et les beautés d'un texte, mais aussi une capacité à construire un schéma de réflexion pour rendre compte de la lecture faite de ce texte.

2. QUELLE ETUDE DU TEXTE ?

Un texte littéraire suppose :
  • Une typologie de texte qui exprime donc une forme d'écriture spécifique
  • Une écriture à l'intérieur de cette typologie qui a pour fonction de suggérer un certain nombre de choses
  • Un ensemble de sens

Etudier un texte revient à comprendre qu'un auteur n'écrit pas par hasard ou que même si c'est le cas, notre décryptage d'un texte vient d'une manière d'appréhender la forme d'un texte. Il s'agit donc d'essayer de percevoir le réseau de construction d'un texte en utilisant ce que l'on a appris tout au long de sa scolarité en étudiant des textes de poésie, de romans, de théâtre...

3. COMMENT CONSTRUIRE SON DEVOIR ?

Le problème de la construction du devoir se pose car ce dernier n'est pas que la simple transcription des remarques que l'on peut faire sur un texte.

En fait le devoir vise , à partir de l'analyse préalable du texte, à en proposer une vision structurée et cohérente. C'est la raison pour laquelle on propose d'étudier le texte selon des angles qui semblent a priori différents, mais qui s'appuient les uns sur les autres pour révéler finalement une vision d'ensemble suffisamment profonde.

Dès lors, le schéma de progression que l'on peut proposer peut consister à partir de l'observation d'un phénomène fort apparent, ou encore appartenant au domaine du concret, pour glisser peu à peu vers le moins évident, le plus caché, et donc vers ce qui est généralement du domaine du sens, de l'abstrait.

Sans que ce soit aucunement une loi, on peut considérer en effet qu'un texte littéraire s'appuie souvent sur des éléments compréhensibles pour tous pour peu à peu amener le lecteur à percevoir des données plus difficiles, soit parce qu'elles sont plus personnelles à l'auteur, soit parce qu'elles sont plus abstraites ou plus complexes. L'avantage aussi de cette forme de progression dans le devoir, est qu'elle propose une révélation du texte progressive qui entretient peut-être l'intérêt du lecteur.

4. UN EXEMPLE

Un marais au crépuscule EAF 1994

A l'heure où le soleil se couche, le marais m'enivre et m'affole. Après avoir été tout le jour le grand étang silencieux, assoupi sous la chaleur, il devient, au moment du crépuscule, un pays féerique et surnaturel. Dans son miroir calme et démesuré tombent les nuées, les nuées d'or, les nuées de sang, les nuées de feu; elles y tombent, s'y mouillent, s'y noient, s'y traînent. Elles sont là-haut dans l'air immense, et elle sont en bas, sous nous, si près et insaisissables dans cette mince flaque d'eau que percent, comme des poils, les herbes pointues.

Toute la couleur donnée au monde, charmante, diverse et grisante, nous apparaît délicieusement finie, admirablement éclatante, infiniment nuancée, autour d'une feuille de nénuphar. Tous les rouges, tous les roses, tous les jaunes, tous les bleux, tous les verts, tous les violets sont là, dans un peu d'eau qui nous montre tout le ciel, tout l'espace, tout le rêve, et où passent des vols d'oiseaux. Et puis il y a autre chose encore, je ne sais quoi, dans les marais, au soleil couchant. J'y sens comme la révélation confuse d'un mystère inconnaissable, le souffle originel de la vie primitive qui était peut-être une bulle de gaz sortie d'un marécage à la tombée du jour.

Guy de Maupassant, Sur l'eau , «Journal», 1888

Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

5. UN DEUXIEME EXEMPLE : Spleen ("Quand le ciel bas et lourd...) de Baudelaire

Spleen
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;
 
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
 
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
 
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
 
&endash;Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
 
Baudelaire Les Fleurs du Mal (Spleen et Idéal, LXII)