LETTRES ANGEVINES par Yvon JOSEPH-HENRI

LES OEUVRES DU PROGRAMME OBLIGATOIRE


GIRAUDOUX

ELECTRE

2. Etudes

[Page sommaire Electre] [Sommaire général]

[Acte I scène 1] [Acte I scène 2] [Acte I scène 3] [Acte I scène 11]


Acte I sc. 1

1.résumé de la scène
2.La construction de la scène
3.Les axes d'étude
[A. Une scène d'exposition]
[B. Une atmosphère particulière]
[C. Une scène aux registres brouillés]
[D.Une galerie de portraits et d'évocations de personnages]
[E. Une dynamique qui lance l'histoire et prépare les événements]
[F. Quelques études en vrac]
4.Conseils pour une interrogation orale
5. Etudes d'élèves

Pour éviter d'enfreindre les droits de propriétés des textes littéraires, je me dispenserai de recopier des scènes entières de la pièce. Chacun a une édition.

Je propose une étude complète de la scène 1 de l'acte I. Evidemment, il ne peut s'agir d'un travail exhaustif. Il ne peut être question que de donner de grands axes qui peuvent aider à mieux comprendre la scène et, à terme, la pièce.

1. Le résumé de la scène :

Un étranger, qui n'est autre qu'Oreste, arrive dans le jardin du palais d'Agamemnon escorté de trois petites filles , les Euménides (cela on l'apprendra plus tard).Une fête se prépare dans Argos : le mariage d'Electre et du jardinier.

Très vite on découvre des éléments curieux, comme la façade du palais qui pleure et rit à la fois, comme les souvenirs de l'etranger qui a habité le palais et se souvient des pieds d'Electre,ou comme ces petites filles qui tournent autour d'une évocation sanglante de la reine Clytemnestre. Le jardinier évoque la tragédie fratricide d'Atrée et Thyeste, la mort d'Agamemnon, la fixation d'Electre qui veille sur le tombeau de son père. Parallèlement, devant l'attitude des petites filles qui croissent à vue d'oeil, on évoque leur présence récente dans Argos et leur véritable identité : les Euménides.

Tout ceci témoigne de l'imminence d'un fait exceptionnel. Serait-ce le mariage du jardinier avec Electre qui est annoncé pour le lendemain ? Les petites Euménides sont chassées par le jardinier tandis que l'étranger ne peut cacher sa surprise d'apprendre le mariage d'Electre avec le jardinier.

2. La construction de la scène:

- le début et la fin se cadrent sur l'entrée et la sortie des Petites Filles. Au fond elles ont permis d'amener l'etranger qu'elles ont guidé au début jusqu'au palais d'Agamemnon. Ensuite, insupportables, elles seront chassées pour permettre à l'Etranger d'entrer dans la conversation qui s'établira à la scène 2 à propos de ce mariage, entre le Président et le jardinier.

- mais, l'étranger étant conduit au palais comme un touriste va permettre de découvrir des particularités physiques du palais qui vont permettre d'introduire une histoire morale :

  • l'affolement du palais actuellement
  • le lien entre l'étranger enfant et le palais (Oreste a été soustrait au palais pour être tué)
  • l'importance d'Electre et sa solitude affective
  • les meurtres d'Atrée et de Thyeste
  • la mort suspecte d'Agamemnon
  • l'évocation de l'absence d'Oreste
  • l'évocation de la peur de la reine Clytemnestre
  • la chute d'Oreste des bras de sa mère et le rapport qu'Electre pourrait avoir dans cette chute
  • le mariage d'Electre.

- dans le même temps, insensiblement, on découvre une bonne partie des personnages. Il ne manque plus qu'Egisthe , le Président et sa femme Agathe, le Mendiant.

3. Les axes d'étude de la scène:

A. Une scène d'exposition

Une scène d'exposition a pour fonction de démarrer une pièce.

Souvent dans les scènes d'exposition "classiques" (tragédies du XVIIème siècle), on ne présentait pas le personnage principal, on l'introduisait par l'intermédiaires des autres.

De même, on introduisait les éléments de l'histoire qui avaient déjà commencé antérieurement au début même de la pièce et qui étaient nécessaires pour la compréhension de ce qui allait se passer.

Ici, on peut dire qu'Electre n'apparaît pas, mais son frère, les Euménides, le jardinier évoquent la fille d'Agamemnon et son mariage .

Apparition dans la scène 1 de l'acte I du jardinier, personnage clé au départ puisqu'il représente le futur mari d'Electre, selon le mariage annoncé. A noter que l'on retrouve le jardinier dans les scènes 1,2,3,4,5. Suit une longue disparition et une réapparition soudaine avant sa disparition définitive entre les deux actes, pour le Lamento .

Autres éléments liés à la notion d'exposition de cette scène :

évocation du passé (voir plus haut dans : 2.construction de la scène) : "un palais de veuve" , "de souvenirs d'enfance".

évocation du lieu (Argos, le palais d'Agamemnon)

Enfin, l'histoire est lancée par un futur immédiat : le mariage d'Electre.

B. Une atmosphère particulière

  • importance de la fête (voir les didascalies : "arrivent le jardinier, en costume de fête, et les invités villageois")
  • gaieté : évocation du rire du palais, l'espèce de jeu dans le souvenir d'Oreste (le losange de tigres, l'hexagone de fleurs, le chemin qui menait de l'un à l'autre...), les jeux des petites filles.
  • innocence : Oreste évoque un monde poétique et innocent à travers ses souvenirs, aspect pur aussi des pieds d'Electre.
  • Merveilleux : le palais, les petites filles physiquement et aussi à travers leurs paroles.
  • horreur : "sortent les petites Euménides, devant qui s'écartent avec terreur les invités"

    C. Une scène aux registres brouillés

  • Cela découle de la grande variété de registres évoqués juste avant.
  • En même temps, on peut considérer que tout est mélangé : jour de fête, mais la scène se termine sous de sombres auspices à travers les propos même du jardinier (" C'est effroyable le destin enfant"). Parallèlement, ces petites filles qui semblent jouer innocemment, apparaissent évoquent des choses peu ordinaires :
    • les meurtres commis par Atrée sur les enfants de son frère
    • les signes que symbolisent les fleurs
    • les signes de l'araignée qui "est en train de passer de la partie du jour où elle porte bonheur à celle où elle porte malheur".
    • le signe que symbolise l'étranger : "Nous sommes avec l'étranger", la comparaison que les Euménides établissent entre le jardinier et l'étranger au profit de ce dernier;
    • Le sang annonciateur du meurtre de Clytemnestre (elle a tué son mari et elle sera tuée à la fin de la pièce)
    • la menace à l'égard d'Oreste : "Tu ne nous as pas défendues, étranger, tu t'en repentiras!"
  • Un monde à l'envers :
    • un palais qui rit et pleure à la fois
    • un jardinier qui épouse une princesse.

    D. Une galerie de portraits et d'évocations de personnages

  • Electre
  • Atrée, "le premier roi d'Argos"
  • Cassandre
  • Thyeste
  • Agamemnon
  • Oreste
  • le roi de Mycènes
  • Clytemnestre
  • Egisthe, le régent

    Mais aussi la présentation de personnages typés :

  • L'étranger, âgé de 21 ans (Electre en a 22),il ne répond pas aux questions qu'on lui pose témoignant ainsi d'un souci de discrétion (mais aussi d'une force de caractère) ou peut-être d'une réflexion profonde, plongé dans ses souvenirs ("Je ne me rappelais pas une façade aussi sensible"; "Tout ce que je me rappelle, du palais d'Agamemnon", "Et je me rappelle aussi beaucoup, beaucoup de pieds nus"); mais il se renseigne aussi sur l'endroit où loge Electre ("Elle habite toujours le palais, Electre ?"; "C'est sa fenêtre, la fenêtre aux jasmins" ; "Celle avec les roses ?"; "Pourquoi si haut, presque aux combles ?", "Pourquoi dans ce retrait ?"). C'est par Oreste qu'on commence en fait la pièce, de même qu'avec le jardinier qui le renseigne. Pourtant, à partir de la réponse du jardinier à la dernière question d'Oreste "Pourquoi dans ce retrait ?", on s'intéresse de plus près aux petites filles.
  • Les Euménides : elles sont trois, mais celle qui parle le plus est la première, suivie de la seconde, la troisième étant celle qui s'exprime le moins (1ère petite fille : 30 répliques; 2ème : 27 répliques; 3ème : 14). Elles se distribuent la parole selon une hiérarchie sensible même si elle ne semble pas immuable : c'est la première qui débute, suivie par la seconde, la troisième n'intervenant globalement qu'une fois sur deux (14/30). C'est d'ailleurs la 1ère Petite Fille qui se moque du jardinier ("Ce qu'il est beau, le jardinier !"; "C'est comme le jardinier qui vient là, qui veut vous parler.Il ne vient pas.Il ne va pas pouvoir dire un mot"), c'est elle qui commente les propos du jardinier ("comme cela il est sûr de ne pas se tromper") ou répond à sa question à l'étranger ("Tout enfant"). C'est encore la même qui attire l'attention sur un détail d'ordre chronologique sur la mort d'Agamemnon ou qui refuse de partir ou encore qui s'impatiente ("Récitons-nous, oui ou non ?").
  • Le jardinier : un homme droit (comme la façade du palais) et qui semble combattre les illusions fallacieuses ("La façade est bien d'aplomb,étranger. N'écoutez pas ces menteuse"; "Etranger, ne cherchez aucune relation entre les fenêtres et les fleurs"; "Ne les écoutez pas, étranger"). Il témoigne d'une curiosité certaine à l'égard de l'étranger qu'il interroge au début de la scène, mais sans obtenir de réponses de l'intéressé. Autre aspect du jardinier : sa connaissance du palais et de ses principaux habitants, et de son histoire. Une énonciation utilisée pour le jardinier qui tranche avec le ton des autres : il vouvoie l'étranger qui le tutoie en retour, il est tutoyé par les petites Euménides ("Tu es jaloux, hein, jardinier ?")

    E. Une dynamique qui lance l'histoire et prépare les enchaînements

Le contexte de meurtres ou de morts violentes étant posé, des énigmes sont soulevées : la mort d'Agamemnon, le comportement de Clytemnestre, la place d'Electre dans le palais, le peu d'affection dont elle semble entourées, la disparition d'Oreste, la vigilance d'Electre qui surveille le tombeau de son père et guette peut-être le retour de son frère. Pourquoi ensuite, l'étranger que nous devinons être Oreste ne se fait-il pas reconnaître ? Que font ces Euménides depuis 2 jours ? Comment Electre peut-elle épouser un jardinier ?

Toutes ces questions stimulent la curiosité du spectateur et, au-delà d'une action imminente, laissent entendre que quelque chose d'autre se joue.

Nous sommes donc bien dans la première scène d'un premier acte avec une situation décrivant tous les ingrédients d'un équilibre instable, suspendus à la rupture de cet équilibre impossible.

Enfin, sans que cette scène soit la plus longue de la pièce, elle paraît relativement longue, égayée toutefois pas les personnages de petites filles et sans doute, visuellement, l'apparence du jardinier.

F.Quelques études en vrac...

1. Réminiscence ?

"Le corps de droite est construit en pierre gauloises qui suintent à certaines époques de l'année. [...] Et que le corps de gauche est en marbre d'Argos, lequel, sans qu'on ait jamais su pourquoi, s'ensoleille soudain, même la nuit."

A rapporcher du poème de Du Bellay : "Heureux qui comme Ulysse..." poème 31 des Regrets dont les vers 9 à 12 sont les suivants :

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin [...]

La thématique de ce poème est intéressante par rapport au personnage d'Oreste et à son retour. Non seulement Ulysse nous renvoie à la guerre de Troie et à Agamemnon, mais il symbolise aussi l'exil, comme Oreste et le retour à son chez soi. Ainsi les vers 1 à 4 du poème précisent, non sans ironie si on situe cette évocation par rapport à l'histoire d'Electre et d'Oreste :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

...surtout quand on pense à ce qu'Oreste fera à sa mère et à son oncle Egisthe !

2. Les champs lexicaux:

  • enfant,petite, nourrisson,petit Oreste,petites Parques, filles de votre âge,
  • palais, chambre, salle, échaugette,aile, combles, ancienne chambre, façade sensible, façade gâteuse
  • animaux : tigres, oiseaux, capricorne, chenilles, hannetons,araignée,limaces,vipères,
  • plantes : fleurs, jasmins,roses,phlox,réséda,fleurs,jardinier,champignons, oronge,

4. Conseils pour une interrogation orale

1. Penser en situant la scène qu'il s'agit d'une 1ère scène,c'est-à-dire :

- une exposition
- des personnages que l'on découvre et que l'on doit identifier rapidement
- une mise en route de l'histoire

2. Ne jamais oublier que dans toute scène,il y a au théâtre dialogue : comment ce dernier permet-il de percevoir le caractère, l'identité des personnages. Cadre-t-il avec ce que nous savons de leur nom , de leur identité ?

3. Les noms

4. Le jeu de la parole dans une scène

5. Les forces en présence

6. Le lieu et le temps

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Acte I sc. 2

[1. Résumé succinct]
[2. Caractéristiques principales de la scène]
[A. Remarque préliminaire]
[B. Mouvement de la scène]
[C. Un réinvestissement du tragique]
[D. Un paradoxe]
[E.Dimension de la scène dans l'oeuvre]
[3. Quels axes d'étude ?]
voir aussi : Etudes d'élèves

1. Résumé succinct

  • La question de l'étranger posée à la scène précédente et reposée au début de la scène 2 permet d'assurer la liaison entre les deux scènes.
  • Irruption du Président Théocathoclès et de sa femme, pour dissuader le jardinier d'épouser Electre et éviter ainsi d'attirer les malheurs des Atrides sur la famille du Président.
  • La scène se termine sur l'arrivée d'Egisthe

2. Caractéristiques principales de la scène

A. Une remarque préliminaire :

La notion de scène semble obéir au système classique : une scène est déterminée par l'entrée ou la sortie d'un ou de plusieurs personnages.

B. Mouvement de la scène : une structure argumentative .

Toute la scène est conduite par le personnage du Président qui occupe une position centrale.

  • Dès le début, le Président annonce la teneur de son message par la conclusion d'un raisonnement non développé : "n'épouse pas Electre"
  • Très vite, l'ensemble du dialogue glisse vers une série de concession de la part du Président :
Electre dispose de nombreuses qualités ("Et pour droite elle est droite; "L'intelligence même"),
Electre ne fait rien
"Mais elle est là", et "c'est le type de la femme à histoire"
  • Parce qu' Electre appartient à une catégorie d'individus qui s'acharne contre l'oubli des fautes et menace le bonheur de l'humanité, l'entrée d'Electre dans la famille des Théocathoclès, menace le bonheur et l'équilibre de cette famille.
  • C'est d'ailleurs pour détourner cette menace potentielle que représente Electre pour les Atrides que le régent Egisthe la donne au jardinier.
Autour du Président on constate deux groupes :
  • Agathe qui le soutient
  • L'étranger et le jardinier qui , selon des registres et des interventions différentes s'opposent au Président et lui apporte la contradiction. Ce sont eux d'ailleurs qui permettent au Président de développer son argumentation, et sa thèse sur la menace potentielle d'Electre.

Ainsi, on se rend compte que cette scène fonctionne comme en réalité une thèse qui permet de présenter le personnage d'Electre avant même qu'il ne soit apparu sur la scène.

C. Un réinvestissement du tragique

De plus, l'argumentation et la thèse du Président permettent de définir en réalité la tragédie sans le dire directement, en passant par d'autres voies que celles des dieux, bien que cela revienne au même. En effet, le Président développe une théorie qui se fonde sur l'observation et une forme d'étude quasi scientifique (humanité composée de deux types d'humains: ceux qui oublient et ceux qui n'oublient pas). Ce faisant, il développe une théorie conforme aux visions traditionnelles de l'humanité : le bien et le mal, fondés sur deux extrêmes. Pourquoi cela existe-t-il ? Pourquoi est-ce Electre ? Parce que c'est dans l'ordre des choses, dans l'ordre de la nature humaine, voire de la nature tout simplement. On en revient donc à des forces qui dépassent l'entendement humain et donc, on rejoint le destin et le tragique.

On revient d'autant plus au tragique que l'homme sent que son bonheur est en danger et il lutte pour contrecarrer cette menace.

Enfin, en décryptant ainsi les intentions d'Egisthe -qu'on n'a toujours pas vu non plus-, le Président réintroduit la destinée des Atrides et la malédiction divine qui pèse sur cette famille.

D. Un paradoxe

Ce paradoxe, c'est la cohabitation du tragique et du drame, voire du drame bourgeois.

Ainsi, les valeurs que le Président défend sont celles de la bourgeoisie, celles d'un petit confort étriqué mais compatible avec la vie à condition de ne pas trop demander. Parallèlement, on perçoit clairement que le couple qu'il forme avec son épouse vit dans le mensonge (ou le demi-mensonge) : Agathe apparaît trop soumise à son mari pour que ce ne soit pas suspect. Elle est tellement soumise qu'elle n'a d'autre issue que d'abandonner toute indépendance de vue, toute indépendance de pensée et d'opinion. Voilà pourquoi elle semble bête (lorsqu'elle dit par exemple "Pourquoi, chéri ? Tu me l'as dit, j'ai oublié"). Réduité à l'état servile, elle agit comme un être servile [rappelons-nous que franc est le contraire d'esclave], elle ment pour se préserver un espace de vie.C'est pourquoi aussi on sent qu'elle tourne autour du mot adultère. L'adultère est le mensonge, c'est faire croire à l'autre qu'on l'aime, qu'on est fidèle, alors qu'on le trompe.

Autre paradoxe : c'est l'étranger, dont on pouvait percevoir l'étonnement quant au sort réservé à Electre pour son mariage, qui semble prendre la défense de se mariage en se plaçant du côté d'Electre.

Enfin, le dernier paradoxe de cette scène, c'est qu'elle est comique grâce au personnage d'Agathe et au couple Agathe/le Président.

E. Dimension de la scène dans l'oeuvre

  • On continue la scène 1 d'exposition
    • en présentant deux nouveaux personnages (Agathe et son mari)
    • en présentant le personnage d'Electre dans une dimension tragique
    • en pesant sur l'action imminente parce qu'on introduit un nouvel élément destabilisant.
  • Parallèlement
    • On affine le personnage de l'étranger qui se situe du côté d'Electre, avec le jardinier
    • On prépare la suite de l'action avec
      • la personnalité d'Agathe
      • la révélation par le Président de la faiblesse d'Egisthe pour les jolies femmes
      • l'aveu prémonitoire du Président sur le rôle révélateur d'Electre et sur l'absolu de sa recherche.
    • On développe le personnage du jardinier en lui donnant de l'épaisseur. Certes, il est humble par son rang social, mais peu à peu il s'enhardit face au Président en ajoutant argument sur argument:
      • Il se retranche au début derrière Egisthe :
        • "C'est l'ordre d'Egisthe"
        • "Jamais je n'aurais eu l'audace de songer à épouse Electre, mais puisque Egisthe l'ordonne, je ne vois pas ce que j'ai à craindre."
      • Puis il donne son avis sur Electre:
        • "Electre adore mon jardin. Les fleurs, si elle est un peu nerveuse, lui feront du bien."
        • "Elle est pieuse. Tous les morts sont pour elle"

3. Quels axes d'étude ?

  • Le Duo Agathe/Le Président pour en souligner à la fois le chant qu'ils créent mais les dissonances qui apparaissent
  • La dimension argumentative du texte
  • Le comique dans la scène
  • Le rôle des personnages comme le jardinier et l'étranger dans le développement de l'argumentation du Président.

Autre étude sur Electre I,2: http://www.bplorraine.fr/jeg/giraudoux.htm

Voir : Etudes d'élèves

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Acte I sc. 3

1. Résumé rapide de la scène

  • Après le départ d'Agathe et de l'Etranger,Egisthe se mêle au Président, au jardinier, aux serviteurs présents. Avant même qu'il se mette à parler, se pose le problème de l'entrée en scène du mendiant, dont on se demande s'il s'agit d'un vrai mendiant ou d'un dieu déguisé. Par précaution, au cas où il s'agirait d'un dieu, il est décidé qu'il sera admis dans l'assemblée.
  • Dès lors, Egisthe peut entrer dans le vif du débat : il a tout entendu des objections du Président, car le Palais dispose d'une acoustique exceptionnelle. Pour Egisthe, les dieux sont présents parmi les hommes mais sous une forme distraite : "ils ne répondent qu'aux lumières, qu'aux signes, et sans les comprendre". Il est donc nécessaire pour vivre heureux, pour qu'une ville soit propère, d'éviter d'attirer leur attention, de leur faire signe. Pour Egisthe, en mariant Electre au jardinier, il lui interdit de faire signe aux dieux. Les Théocathoclès n'ont pas plus à craindre d'Electre ainsi neutralisée que les Atrides.
  • Pourtant le mendiant considère qu'Egisthe et Electre se déclareront comme tout dans la nature. Ce qui importe est de savoir si c'est Electre ou Egisthe qui se déclarera le premier et tuera l'autre, comme la louve Narsès est devenu soudain une louve un beau jour. Et puis, n'est-il pas plus facile de tuer Electre dans un jardin éloigné de la ville, que dans un palais ?
  • La scène se termine sur l'arrivée annoncée d'Electre et de Clytemnestre qu'Egisthe envoie chercher pour réaliser le mariage.

2. Les temps principaux de la scène

  • On peut considérer que le début, en attirant l'attention sur le mendiant semble en dehors du propos. Pourtant, on entre de plus en plus -malgré le comique sans cesser sous-jacent avec le mendiant et son côté grotesque- dans une dimension tragique, ne serait-ce que parce que la présence des dieux devient de plus en plus perceptible, ne serait-ce que parce qu'on les imagine parmi les hommes et qu'on va parler de leur rôle dans la vie humaine.
  • Pourtant le reste de la scène comporte deux grands mouvements :
    • le premier concerne le discours d'Egisthe, avec des interventions du Président ou du mendiant, mais dominé par le fait que c'est Egisthe qui dirige le dialogue.
    • le second par contre, voit l'intervention du mendiant qui réussit à "placer" son histoire de hérissons mais qui finit peu à peu à laisser entendre au moins au spectateur qu'il a compris de quoi il retourne et qui fait prendre conscience -peut-être même à Egisthe qui ne l'admet pas- qu'il y a forcément une lutte qui commence entre Electre et lui.
  • Dès lors, cette scène et les deux précédentes ont fonctionné de manière à préparer l'arrivée d'Electre, qui -comme toute future mariée - est accompagnée par sa mère , même si en réalité leur comportement à toutes les deux n'est pas si habituel que cela.

3. Les personnages :

A. Egisthe :

Si le Président frappait par son autorité ( il est second Président du tribunal), Egisthe est investi d'une autorité encore supérieure. Cela se découvre déjà avant son arrivée, à la fin de la scène 2, par l'attitude de tous. Cela se retrouve dans cette scène par le fait qu'il est celui qui a la parole parce qu'il l'a par autorité naturelle, celui qui distribue la parole ou interrompt péremptoirement :

  • Pourquoi cet escabeau ? / Nous laissons l'escabeau, mes amis ? / Laisse l'escabeau
  • Ne proteste pas / Tais-toi
  • Voici le mendiant, seigneur / Et vous-même, seigneur ? / Bien dit. Bravo

Il tutoie, mais on lui dit "vous"

Parallèlement, malgré un langage souvent familier [ l'interrogation "Nous laissons l'escabeau " est proche du langage parlé (ou du registre familier) dans la mesure où nous n'avons pas d'inversion du sujet par rapport au verbe], Egisthe a la parole large et facile :

  • Nous / mes amis / Nous aurions à être / notre président / Cher Président / Mon cher hôte
  • Interrogation rhétorique : "Mais de quoi crois-tu que nous parlions, de notre charmante petite Agathe ?"
  • Construction oratoire avec le martèlement de questions renforcées par l'anaphore du "pourquoi" : "Pourquoi, depuis que je suis régent (...) ? Pourquoi chez nous (...) ? Pourquoi dans Argos seulement (...) ? Pourquoi exportons-nous plus (...) ? Pourquoi les orages survolent-ils (...) ?"
  • Réduction des formules : "Il n'est pas deux façons de faire signe "
  • Rupture de suivi dans le discours : " (...) moi je crucifie au fond des vallées. Et maintenant j'ai tout dit sur Electre."

B. Le mendiant

C'est un personnage essentiel dans cette scène. Il est tout en ambiguïté .

D'une part, si au début, il participe peu à la discussion, peu à peu il devient celui qui pousse la réflexion et prend la place du Président au point que celui-ci en vient à prendre le parti d'Egisthe.

Le début de son intervention est de l'ordre de l'intrusion intempestive :

  • "Bien dit. Bravo ."
  • "Bravo, c'est très clair ! J'ai très bien compris !"
  • Puis exemple des hérissons qui traversent les routes et perte du fil du discours :" J'ai perdu mon fil... Continuez...Cela me reviendra..."
  • Puis à nouveau intrusion intempestive : "Voilà ! J'ai retrouvé !

Econduit pour une question de préséance (les dieux d'abord, les hérissons ensuite), le mendiant reprend la parole pour reprendre son histoire de hérissons. Par la suite, il semble peu cohérent affirmant que "ce qui est vrai pour les hérissons, c'est vrai pour les autres espèces", et , une fois que le président a acquiescé, prenant le contrepied de cette thèse, conduisant Egisthe a tenter de le faire taire.

Soudain, il aborde le fond du sujet : Electre et son meurtre. Il accuse Egisthe de vouloir la tuer (3 fois ) :

  • Vous
  • Vous voulez tuer Electre
  • Alors,il veut la tuer ! Il n'y a aucun doute. Il veut tuer sa nièce chérie.

Nouvelle rupture dans l'argumentation du mendiant : l'histoire de la louve. Cette rupture de sens est signalée par l'incompréhension d'Egishte : "Et alors ?" // " Où est le rapport" et l'incompréhension du Président : "On vous demande où est le rapport ?" // " Nous vous demandons où est le rapport ?"

Dès lors, c'est le mendiant qui argumente. C'est lui qui explique comment Egisthe est contraint de tuer Electre avant qu'elle ne se déclare. C'est lui qui explique plus loin, qu'Electre ne manquera pas de se déclarer, comme toute chose de la nature. C'est lui qui argumente pour soutenir sa thése contre Egisthe qui finit par donner l'assurance qu' Electre mariée au jardinier tout rentrera dans l'orde.

Le mendiant, égaient par sous son discours incohérent, et par ses outrances ( "Et l'on pourra bien peut-être la tuer un petit peu aussi, si l'occasion se présente" / " Cela n'était pas un complot d'assassins royaux comme ici") , son sens de la formule ("Tu ne me diras pas qu'on n'enterre pas beaucoup plus vite dans du terreau que dans du marbre ?" //" Comme la faim l'est [transmissible] chez les pauvres" // "Le cancer royal accepte les bourgeois" ), son sens du concret, de la métaphore ("Courbe-toi pour piquer un poireau. Repique-le parce que tu es tombé sur une motte. La mort est passée !")

Mais en même temps, il fait des allusions qui deviennent thèmes récurrents ou prophétiques dans la pièce : "afin de ouvoir la tuer la veille (...) dans sa baignoire" / "Méfiez-vous. La petite Agathe n'est pas très mal. La beauté aussi fait signe".

Enfin, de manière insidieuse, il établit un parallèle entre le conflit d'Egisthe et Electre, situé par Egisthe dans une vision d'un monde peuplé de dieux, et le modèle cosmique de la vie fondée sur des lois immuables bien que variant d'une espèce à l'autre.

Le rôle du mendiant est bien de retourner peu à peu le mouvement de la scène, même si , à la fin, le dernier mot semble rester à Electre et que le mendiant semble adopté : n'oublions pas qu'il termine d'une phrase assassine en parlant de "complot d'assassins royaux".

Ce mouvement permet de mettre en évidence une thèse qui part d'ailleurs de l'argumentation même d'Egisthe, en en révélant la logique souterraine : au fond, le mendiant est en train de conduire Egisthe à une sorte de psychanalyse en lui faisant prendre conscience des implications inévitables de ses actes et de ses intentions subconscientes dictées par ses choix politiques et religieux.

C. Le Président

Un personnage secondaire mais doté d'une fonction logique. Le président, opposé au mariage d'Electre et de son cousin le jardinier va continuer à s'y opposer pied à pied mais pour finir par être mis devant le pied du mur : lorsqu' Egishte demande qu'on aille chercher Electre et Clytemnestre, c'est qu'il considère que ses interlocuteurs ont été -d'une manière ou d'une autre- réduits au silence.

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Acte I sc. 4, voir Etudes d'élèves


Acte I sc. 11

Je suis actuellement en 1ère S au lycée *** de ***, et ce depuis le 4 janvier 99. Auparavant, j'étais scolarisée au lycée de BASTIA. Je suis perdue en Français. Mes camarades ont étudié 13 textes pour le bac français (quant à moi 6). Par votre intermédiaire, est- il possible d'obtenir des fiches d'étude sur Electre (acte 1 - scène 11 // acte 2 - scène 8 // acte 1 - scène 4 // acte 1 - scène 8)

1. Résumé rapide de la scène

La scène 11 survient après les scènes 8-9 et 10 pendant lesquelles Oreste et Electre se découvrent : Electre cherche à donner vie à son frère, indépendamment de leur mère Clytemnestre; Oreste,lui, cherche à comprendre la haine de sa soeur et peut-être à éviter le drame(scène 8). Clytemnestre réapparaît et finit par comprendre par les informations d'Egisthe que l'homme inconnu que sa fille prétend épouser est Oreste. Elle tait sa présence à Egisthe et remonte dans sa chambre (scène 9) pour redescendre juste après le bref échange entre Oreste et Electre qui prend la piste (scène 10).

Clytemnestre vient à la rencontre de son fils et entame le dialogue avec lui jusqu'à ce qu'Electre s'interpose et la renvoie. La scène se termine par un adieu, singé par deux Petites Euménides.

2. Les temps principaux de la scène

  • Jusqu'à l'intervention d'Electre, une distribution du régulière du dialogue entre Clytemnestre et Oreste (12 interventions pour Clytemnestre /14 sur toute la scène et 12 interventions pour Oreste/ 13 sur toute la scène)
  • Une fin de scène édifiante : Electre s'intercale entre Clytemnestre et Oreste sur 3 répliques.
 
  • Une tonalité liée au dialogue mère-fils qu'il conviendra d'établir
  • Une dynamique qu'il conviendra de définir
  • de même qu'il conviendra de comprendre le pourquoi de l'intervention d'Electre.
 
  • Importance de cette scène dans le mouvement de l'acte I (noter la mise en perspective de cette scène 11 par les Petites Euménides à la scène 12; et le fait que la scène 11 est la dernière pendant laquelle Electre et Oreste sont éveillés dans l'acte I)
  • Construction du dialogue
  • Mise en évidence du thème
  • Mise en évidence du caractère des personnages

3. Les personnages

Oreste

Il est avant tout le fils qui répond à sa mère :

Oui , il est Oreste et reconnait Clytemnestre comme sa mère, puisqu'il lui donne le titre de "mère" dès la première réplique. En tant que fils il est attaché à sa mère (la revoir est "doux") mais il ne peut oublier qu'il a été chassé par elle , de là la tristesse.

On peut en déduire toute l'ambiguïté des sentiments d'Oreste : attiré par ses sentiments de fils mais éloigné par la cruauté de sa mère envers lui : elle est belle....de loin, sa maternité risque de disparaître...de près. De là l'amour, le respect, qu'il ne peut dire à sa vraie mère et qu'il dit à son mirage.

Pourtant , Oreste admire sa mère. On se demande d'ailleurs si cette admiration n'est pas son talon d'Achille.

Clytemnestre

Un personnage ambigu dans la mesure où elle comprend qui est Oreste à la scène 9 et vient s'en assurer sans en rien dire à Egisthe. De plus elle apparaît à certains égards comme une mère attachée à son enfant : "Tu la regardes de bien loin", "Je m'approche", "que mon fils soit lui-même devant moi, qu'il parle, qu'il respire, je perds mes forces", "Qui te dit qu'une minute d'amour maternel suffise à Oreste?"

Par contre, les répliques d'Electre mettent en évidence le "jeu" de Clytemnestre : "Tout me dit que toi tu n'as pas droit, dans ta vie à plus d'une minute d'amour filial" ou lorsqu'elle parle de "cette ignoble coquetterie maternelle".

De même qu' Oreste évoque cette mère admirable à laquelle Clytemnestre pourrait ressembler au point que "Si je n'étais pas ton fils, je m'y tromperais".

Electre

 

Deux Petites Euménides

 

 

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Lamento du Jardinier

Passage proposé

(sujet proposé par Vincent E. Marcq-en-Baroeul -Nord-)

A partir de : «Mais assis comme moi dans ce jardin où tout divague un peu la nuit, où la lune s'occupe au cadran solaire, où la chouette aveuglée, au lieu de boire au ruisseau, boît l'allée de ciment, vous auriez compris ce que j'ai compris, à savoir : la vérité.»

Jusqu'à :«C'est une entreprise d'amour, la cruauté, pardon, je veux dire la Tragédie»

1. Situation du passage :

  • Rappel de l'oeuvre, Electre de Giraudoux, des origines du mythes et donc de la ré-écriture de Giraudoux. Evocation de l'histoire jusqu'au Lamento. Ce dernier s'explique parce que le Jardinier, depuis la fin de la scène 5 de l'acte I, n'apparaît plus : il n'a plus d'intérêt dans la pièce puisqu'Electre et Oreste sont réunis. Dès lors, Giraudoux l'utilise à la fois pour lui donner une cohérence dans l'histoire en renforçant sa situation extérieure : le lamento, entre deux actes, c'est un peu comme des limbes [passage entre la vie et les enfers dans l'Antiquité gréco-romaine].
  • Introduction du passage lui-même: dans sa nuit solitaire, le jardinier après l'évocation de sa déception, fait une dernière révélation au public, il lui dit sa vérité, celle de la pièce, celle de la Tragédie.
  • Intérêt du passage : au-delà du renouvellement du choeur dont une des fonctions consistait à éclairer le spectateur, le passage nous intéresse par sa dimension même.En effet, il nous apparait d'abord comme le discours poétique d'un jardinier qui clame son amour indéfectible envers Electre. Pourtant, il recèle une dimension argumentative réelle même si elle peut paraître inhabituelle. Il s'agit pour le Jardinier de démontrer qu'Electre est amour contrairement aux apparences. Dès lors, il pourra, dans un ultime argument relier la pièce au genre tragique révélant ainsi toute la conscience de Giraudoux de rester fidèle à ses sources, en semblant néanmoins les trahir.

2. Plan du texte :

On peut distinguer 3 parties majeures :

  • du début jusqu'à "Ils se ruaient vers moi, tous ces arbres pétrifiés, ces collines immobiles."

Le jardinier s'adresse directement au spectateur et traduit la vision de son abandon par une dimension poétique du sens des aléas de la vie.

  • depuis "Et tout cela s'applique à la pièce" jusqu'à "C'est toujours de la pureté"

Ayant établi un parallèle entre notre vie de tous les jours et Electre, il s'efforce de montrer que les mobiles apparents des actes d'Electre sont le contraire de ce qu'ils sont en réalité.

  • depuis "C'est cela que c'est, la tragédie, avec ses incestes, ses parricides..." jusqu'à la fin

Voilà pourquoi d'ailleurs la pièce est une tragédie.

3. Etude du passage.

A. Une tonalité poétique

  • Une évocation champêtre :
    • le jardin
    • la lune
    • le cadran solaire
    • la chouette
    • l'allée
    • les arbres
    • les collines
  • Un monde où les réalités tangibles sont bouleversées: intrusion du merveilleux
    • la lune prend la place du soleil sur le cadran
    • la chouette,dès lors, est aveuglée bien qu'il fasse nuit
    • l'allée de ciment, semble un ruisseau
    • les arbres pétrifiés, les collines immobiles se ruent
  • Un discours fait d'oxymores
  • Un discours fait d'anaphores
  • Une multiplication des démonstratifs
  • Un jeu entre le jour et la nuit
  • Un discours symbolique
  • Parce qu'il s'adresse aux spectateur et complète l'image du Jardinier.

B. Une discours argumentatif qui n'est qu'une présentation didactique de la tragédie

C. Une mise en perspective du Jardinier, de son rôle et de la construction même de la pièce.

 


Acte II sc. 3 : voir Etudes d'élèves