LETTRES ANGEVINES
par Yvon JOSEPH-HENRI
copyrights©Yvon Joseph-Henri sauf autorisation

SUJETS DE DEVOIRS CORRIGES

ROUSSEAU


[Les Confessions un roman ?]
[Une censure sociale dans les Confessions]
[Un homme dans toute la vérité de sa nature]
[Regard et reconstruction du moi]
[un merveilleux poème du bonheur]
[Une recherche d'absolution par l'auto-accusation ?]
[]
[Rousseau et la nature]
[]
[Mécanisme de la mémoire et autobiographie]

AXES D'ETUDE ET CONSEILS

 

SUJET PROPOSE N° 1:

Jean Louis Lecercle parle du "roman des confessions". Sur quels éléments selon vous, peut-on se fonder pour qualifier Les Confessions de " Roman " ? Vous étudierez les problèmes relatifs au genre littéraire dans les livres I à IV.

I. La préparation:

Tout sujet nécessite de faire le point sur ce que l'on sait et ce que l'on ignore. Ainsi, avant de pouvoir prétendre traiter le sujet ci-dessus, il convient de faire le point de ses connaissances

 

  1. sur l'autobiographie . Quelle définition donnez-vous de l'autobiographie ? Sur quoi vous fondez-vous pour la donner ? (consultez les ouvrages à votre disposition sur les Confessions, consultez aussi le site de mon estimé collègue sans lequel tout mon travail n'aurait jamais été sur site : http://www.bplorraine.fr/jeg/ lexique.htm)
  2. sur le roman. Quelle définition avez-vous ? Où l'avez-vous prise ? [ Allez vous documenter sur la définition qu'en donne un dictionnaire, notez-la ainsi que la référence du dictionnaire. Par contre c'est un travail de cuisine. Je ne crois pas qu'il faille, comme beaucoup d'élèves le font, commencer le devoir par la définition du roman. A moins que vous n'abordiez cela dans l'introduction.]
  3. sur les autres genres romanesques dont on a pu vous parler à propos des Confessions, notamment le roman picaresque ( http://www.bplorraine.fr/Jeg/ lexique.htm).

 

II. L'analyse du sujet et de ses difficultés

Le sujet est apparemment compliqué pour les raisons suivantes :

  1. On part sur un premier problème lié à une citation.
  2. Le sujet ensuite continue vers une autre problèmatique sous forme d'injonction : "Vous étudierez les problèmes…"

Toute la difficulté du devoir consiste à articuler ces deux points.…et à les traiter bien sûr

En réalité, il faut arriver à comprendre avant tout

  1. Qu'un sujet de dissertation ne consiste guère en un simple développement. L'intérêt de la composition française réside dans la problèmatique qu'elle soulève. Et celui qui traite le sujet a la liberté (le devoir ?) de poser son sujet en fonction des éléments mis à sa disposition.
  2. Qu'ici, poser le problème des Confessions en tant que roman et vous demander d'étudier les problèmes relatifs au genre littéraire dans les livres I à IV, revient à traiter d'une seule et même chose à l'aide de notions complémentaires.

Pour simplifier, d'où provient le premier problème du sujet ?

Que l'on parle de roman à propos de ce qui est le récit d'une vie.

Pourquoi ? Parce qu' a priori , on pense que le récit d'une vie est un écrit vrai -dans le sens où celui qui parle de lui est mieux placé que personne pour parler de sa vie-. Or cette notion de récit vrai -et donc autobiographique - est en contradiction avec celle de roman qui évoque plutôt un récit inventé, et où la mise en scène semble être l'essentiel. On pourrait aussi se souvenir que, pour Sartre, ce qui caractérise un roman est le fait qu'il ait un début et une fin . Cela renvoie au fait qu'un roman est organisé - tout comme un film - : on sait bien, dès le début, lorsqu'on nous présente un personnage, qu'il a une importance et qu' il n'est donc pas gratuit !

Par contre, pourquoi étudierer les problèmes relatifs au genre littéraire dans les livres I à IV ?

Parce que poser les problèmes relatifs au genre littéraire dans le livre I à IV des Confessions , c'est poser le problème de l'autobiographie en tant que genre littéraire et plus particulièrement en tant que genre romanesque. C'est aussi vous inciter à interroger l'œuvre non pas du point de vue du simple récit de la vie de Rousseau, mais à travers une lunette différente, celle de la notion d'oeuvre appartenant à un ou plusieurs genres littéraires.

S'agit-il cependant de « lister » tous les problèmes ? Certainement pas !

Il faut les articuler sur la réflexion engendrée par le point 1.

*****

III. Eléments d'étude des Confessions par rapport au sujet

A. Les Confessions,une autobiographie, une œuvre "réaliste" :

  • Histoire de la vie de Rousseau
  • Ordre chronologique, et dans l'ensemble véracité des dates.
  • Fondement du récit sur le « je »
  • Personnages réels, recensés par la critique

     

B. Les Confessions, une œuvre "organisée", mise en scène comme un roman :

  • Rousseau fait des chapitres, des « parties » ou des « livres », preuve que ces différents éléments ont un sens et un sens par eux-mêmes comme par rapport à l'ensemble ( Il faut le montrer !). La chronologie ou l'histoire pure n'est donc pas le seul but visé par Rousseau. Il cherche à signifier une organisation de son récit.

    ex.: Il est édifiant que le livre I s'ouvre sur les parents de J.J. (avant même leur mariage) et qu'il s'achève sur le départ de Genève. Cette apparente linéarité du récit cache en réalité une construction sous forme d'inclusions. Jusqu'à quel point, Rousseau n'était-il pas plus heureux et plus pur avant sa naissance ? Je veux dire par là que J.J. fonde sa naissance sur l'amour inséparable de ses parents. Mais, le fait de naître a déjà été destructeur de ce bonheur supposé. Pourtant, l'enfance avec le père a été un moment de bonheur. De même Bossey, du moins jusqu'à l'épisode du peigne cassé. Cette façon de présenter les choses souligne combien, pour Rousseau, l'enfance a été une période heureuse au regard de la vie d'adulte. Sans doute d'ailleurs parce que cette période était celle du répit, celle peut-être où il n'y avait pas de divergence entre les apparences et l'être.

    [On pourrait schématiser cela sous la forme d'une sorte d'ordre du bonheur : ne pas naître > naître et rester dans cet état d'enfant avec son père > vivre à Bossey > devenir adulte…]

    Le livre II, évoque le périple de J.J., sa rencontre avec M. De Pontverre et le conseil que ce dernier lui donne d'aller trouver Mme de Warens. Après le trajet avec Mme Sabran et son manant de mari, Rousseau évoque son séjour au Séminaire de Turin, sa rencontre avec Mme Basile, son entrée chez la comtesse de Vercellis, le vol du ruban, l'accusation de Marion par J.J. Or, ce livre II s'étend sur l'année 1728 (de mars à l'hiver 1728) tandis que le livre I couvre les années 1712 à 1728. Le livre n'avance donc pas à la même allure selon ses différentes parties . On peut déjà remarquer que même si l'ordre chronologique est celui de l'apparence, il n'est pas le seul ordre: celui du sens de la vie de Rousseau apparaît avec force, celui de temps et de la valeur de ce temps n'est pas non plus à négliger.

    Autre sens, celui moral de sa vie, et la condamnation du monde. On pourra noter que Rousseau, abandonné, dans une ville étrangère, entouré de gens méfiants ou hostile en vient à commettre une faute impardonnable en accusant quelqu'un d'innocent. N'est-ce pas la preuve que l'éducation reçue à la fois chez ses maîtres dans le livre I, puis à travers les diverses expériences du livre II -ne serait-ce qu'au séminaire - n'a manqué de corrompre son âme ?…

  • Rousseau écrit une histoire (il a conscience à plusieurs reprises que ce qu'il raconte n'est rien par rapport à ce qui va suivre - repérer les passages ! -)
  • Rousseau n'écrit pas que son histoire, il écrit parce qu'il sait que son cas peut prendre une dimension universelle, donc qui intéressera le lecteur. Et au fond, n'est-ce pas ce que fait n'importe quel romancier dans son roman ? Il faut toucher au particulier pour donner au lecteur l'impression qu'il lit quelque chose de singulier, mais en même temps le romancier n'élève-t-il pas son personnage, son histoire à une dimension collective qui nous fait penser que ce que nous avons lu est vrai ? (Bien entendu, il ne faut pas se contenter de ce que je dis. Il faut le comprendre et l'expliquer en se référant à des exemples du texte).
  • Cette vie que Rousseau raconte, il est manifeste qu'il ne la raconte pas uniquement pour lui-même. On pourrait déjà remarquer qu'il connaît sa vie pour faire comprendre qu'il n'aurait guère besoin de se raconter sa vie. Mais, Rousseau, dès le préambule (les 3 premiers paragraphes du début du livre I), s'inscrit dans un acte d'écriture qui témoigne d'une singularité dont il a conscience. Autrement dit, Rousseau sait qu'il écrit et il sait qu'il recherche une forme spécifique d'écriture - au moins dans le sujet, l'entreprise -.

C. Les Confessions, un roman d'aventure, voire un roman picaresque :

Ne pourrait-on pas enfin considérer que le « roman » de Rousseau, Les Confessions , est aussi un roman d'aventure, voire un roman picaresque (voir par exemple La vie de Guzman d'Alfarache , Lazarillo de Tormès ou La vie de l'Aventurier Don Pablos de Ségovie dans les éditions de la Pléiade sous le titre « Romans picaresques espagnols » …si vous avez le temps ! - ou Gil Blas de Santillane de Le Sage éd. Folio).

  • Les Confessions semble aussi faire le portrait d'un personnage qui appartient au genre picaresque.
  • J.J. connaît des sorts divers, il rencontre des gens de conditions différentes et , tout en parcourant les routes, il découvre aussi des conditions sociales différentes. De la sorte il découvre, comme le picaro, un monde des apparences où les plus gueux ne sont pas ceux que l'on croit et où la laideur, le mal sont souvent utilisés pour opprimer les faibles. La peinture que J.J. fait par exemple de Turin ou du Séminaire est une peinture sans complaisance. Par contre, manifestement, contrairement au picaro qui s'endurcit, J.J. semble traîner avec lui le remords de ses actions (jusqu'à un certain point cependant). En tout cas, on a parfois l'impression que l'organisation du récit ne dépend plus seulement d'une structure méditée, mais que J.J. -notamment dans le livre II- est le jouet du destin, et que son parcours erratique n'est que le reflet d'une situation où il est le jouet des événements.
  • On pourrait aussi se demander si, tant l'utilisation d'une première personne pour raconter son histoire, que les commentaires moralisants de Rousseau écrivant son histoire ne font pas des Confessions une sorte de « vrai-faux » roman picaresque. En effet, que l'on prenne La vie de Guzman d'Alfarache ou Gil Blas de Santillane , on se rend compte bien vite que le roman picaresque est généralement un roman à la première personne. C'est en effet à la fin de sa vie que le narrateur raconte sa vie, et pour cause: il en tire une vision de la société. De plus, cette vision de la société est fondée sur l'image d'un mouvement : la roue tourne. La condition de l'homme dans la société, et du picaro en particuliers est celle d'un homme dans une situation instable. Ensuite, cette instabilité lui permet de se faire une idée précise de la société. Il acquiert aussi la connaissance de l'âme humaine, et n'est guère tendre vis à vis de ses semblables. Enfin, celui qui a souvent été contraint aux actes les plus vils reste curieusement d'une certaine pureté: en tout cas, c'est bien ce qui semble ressortir de cette capacité à moraliser et à décrypter le discours et le comportement des gens.
  • Tout ce qui précède est bien ce que nous retrouvons du discours de Rousseau racontant la vie de J.J. . On comprend que le narrateur a appris du fait même de son expérience de la vie.

D. Les Confessions, une oeuvre de tension entre des extrêmes contradictoires.

Enfin, on peut considérer que les livres I à IV posent des problèmes relatifs au genre littéraire tant autobiographique que romanesque ou de roman d'aventure.

En effet, poser l'autobiographie, c'est poser -nous l'avons déjà dit- la véracité du récit . C'est en particulier ce que l'on retrouve dans le "pacte autobiographique" lorsque le narrateur souligne pour le lecteur que son récit sera "vrai". Or, la seule vérité objective, c'est celle des faits -donc la chronologie, mais seule !-.

Or, cette chronologie est triturée d'un livre à l'autre puisque Rousseau tronçonne sa vie en passages qui durent plus ou moins d'années.

D'autre part, ce portrait est aussi subjectif dans la mesure où il est interprêté par l'auteur. Les commentaires moraux de Rousseau visent sans doute à montrer qu'il est une conscience de ses actes, que s'il n'est pas mauvais, il a pu être conduit à commettre des actes par faiblesse ou du fait d'une société ou d'une éducation mauvaise ou défaillante.

Que dire aussi de cette impression de destin qui entraîne le héros vers des aventures ? Que penser de ce monde de femmes ?

Que dire enfin du titre ?

Tout démontre dans l'œuvre une diversité de typologie textuelle qui semble conduire l'œuvre à l' éclatement; et pourtant, c'est peut-être tout le contraire qui s'opère.

La raison se trouve peut-être dans la triple stratification de l'œuvre que l'on peut déjà percevoir dans le titre. Se confesser, pour Rousseau est sans doute faire l'aveu de ses péchés et en obtenir l'absolution. C'est aussi sans doute faire comprendre qu'il est meilleur que ce que l'on a dit de lui. On comprend que Rousseau cherche à l'origine à définir son moi profond, persuadé qu'il est d'avoir été calomnié. En écrivant sa vie, il en reprend possession, la réexamine et la donne à juger. L'opération ne peut avoir de sens que si elle se fonde sur la sincérité. Pourtant, pour Rousseau, être sincère n'est pas renoncer à l'acte d'écrire. Mieux, l'écriture est aussi un miroir autre. Rousseau sait mieux que personne que l'écriture est révélatrice des âmes à travers le miroir des personnages. Les attachements de Rousseau à des femmes pures -ou présentées comme telles- ne peut manquer de signifier quelque chose. De même que le caractère aventurier de sa vie ou le portrait qu'il fait de lui . Rousseau sait se qu'écrire veut dire et il sait aussi que les silences ont des sens. L'imagination, l'échauffement du sang que l'on nous avoue n'ont-ils pas pour but de nous dévoiler un autre personnage que Rousseau chercherait à taire ? Cette quête que Rousseau mène dans son roman n'est-elle pas en fait l'instabilité due à l'absence d'une mère ? N'est-ce pas à propos de Rousseau qu'il faudrait parler à propos des Confessions d'un roman des origines ? Car, au fond, la vie n'est-elle pas une fable dans laquelle inlassablement l'homme cherche un sens ? C'est sans doute ce qui explique que J.J. ait écrit son histoire à force de raconter des histoires. Mais cela n'exclut pas la sincérité.

******************

17/01/99

Je ne suis pas sûr de très bien comprendre le schéma que vous présentez des Confessions et les commentaires qui l'accompagnent, mais je ne crois pas que j'oserais dire qu'elles sont un roman. Une autobiographie n'est pas un roman, sinon les mots n'ont plus de sens, et la seule chose que j'oserais dire est que l'autobiographie, en particulier chez Rousseau, utilise des procédés du roman dans l'écriture et le traitement des personnages. Mais au moins le pacte de lecture de l'autobiographie empêche qu'on parle de roman, récit d'aventures données pour inventées, à son propos... Le juge Simon est un être réel (du moins c'est ce que l'autobiographie m'invite à penser) même si le traitement que lui fait subir Rousseau fait songer au roman bourgeois ou burlesque...

S'il vous plaît, expliquez-moi...

Courrier d'élève.

[HAUT DE PAGE]


SUJET PROPOSE N° 2:

Un critique a dit à propos des Confessions :
"la société exerce sur Rousseau une véritable dictature : chaque phrase, chaque mot, semble nous suspecter d'une critique latente".
Commentez cette citation

I. La préparation et l'analyse du sujet

Tout sujet nécessite de faire le point sur ce que l'on sait et ce que l'on ignore. Ainsi, avant de pouvoir prétendre traiter le sujet ci-dessus, il convient de faire le point de ses connaissances et de réfléchir sur les différents termes du sujet.

  • La société exerce sur Rousseau une véritable dictature : c'est l'entrée en matière et il convient de ne jamais l'oublier. Le devoir en effet pose le thème principal du sujet, le rapport entre Rousseau et la société, la force de cette dernière vis-à-vis de Rousseau.
  • nous : importance du terme qui établit un rapport entre société et lecteur. Le sujet soit se déplace soit, plutôt, s'élargit par cet aspect. Autrement dit le problème que l'on pose du rapport de Rousseau et de la société se déplace aussi dans le rapport du Rousseau des Confessions au lecteur que nous sommes.
  • une critique latente : cela suggère le fait que la lecture des Confessions semble recéler à tout endroit l'impression que Rousseau semble ou se défendre d'une critique toujours susceptible de se manifester, ou considérer que ce qu'il dit sera l'objet d'une critique.
  • Poser ces derniers propos consiste :
    1. A repérer les endroits où Rousseau laisse entrevoir ce sentiment qui est le sien d'une critique de la société ou du lecteur.
    2. A réfléchir à ce qui permettra de relier la critique d'une société -qui renvoie a priori à celle que Rousseau a connue- et la critique du lecteur qui lui est plus proche du Rousseau qui écrit ses Confessions.
    3. A comprendre et à expliquer pourquoi les Confessions ont été publiées.
    4. A évoquer, à partir du constat précédent (§§1-2-3), le sentiment de faute que Rousseau ressent et à expliquer d'où il pourrait provenir, à expliquer les conséquences de ce sentiment de culpabilité.
    5. Enfin à faire comprendre que le titre même des Confessions suggère la notion de faute.
    6. Et peut-être à souligner la complexité des sentiments de Rousseau qui, en même temps qu'il se sent coupable, semble aussi s'innocenter -parfois assez cavalièrement-.

 

 

 

*****

N.B.: le plan ci-dessous ne répond pas au sujet, mais expose une réflexion sur le sujet

II. Eléments d'étude des Confessions par rapport au sujet

A. : Rousseau a conscience d'être un être singulier qui a bénéficie d'un fort sentiment de liberté

1. Un être singulier

  • Cela se découvre déjà dans le début du livre I, qu'il évoque soit son entreprise d'écriture, soit son être et sa vie:
    • " Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur" I §1
    • " Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent " I §2
    • " si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre " I §2
    • " et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : «je fus meilleur que cet homme-là» " I §3
  • Plus loin, lorsqu'il évoque son expérience de la lecture, il en fait encore une découverte hors du commun pour un enfant de cet âge :
    • " J'y pris un goût rare et peut-être unique à cet âge " I § 12

2. Un être qui a ressenti un fort besoin de liberté

  • " De ces intéressantes lectures, des entretiens qu'elles occasionnaient entre mon père et moi, se forma cet esprit libre et républicain, ce caractère indomptable et fier, impatient de joug et de servitude (...) " I §12
  • "ainsi commençait à se former ou à se montrer en moi ce coeur à la fois si fier et si tendre, ce caractère efféminé, mais pourtant indomptable (...) " I §18

3. Un être qui a souffert de cette singularité

D'une part par son esprit d'indépendance, peu compatible avec le monde social tel qu'il existe:

  • " De ces intéressantes lectures, des entretiens qu'elles occasionnaient entre mon père et moi, se forma cet esprit libre et républicain, ce caractère indomptable et fier, impatient de joug et de servitude, qui m'a tourmenté tout le temps de ma vie (...) " I §12
  • " ce coeur (...) qui (...) m'a jusqu'au bout mis en contradiction avec moi-même, et a fait que l'abstinence et la jouissance, le plaisir et la sagesse, m'ont également échappé " I §18

Rousseau s'aperçoit vite qu'il ne peut supporter ce qu'on lui impose. Et bien souvent il se trouve en décalage avec ses propres exigences. Ainsi, l'épisode du peigne cassé (livre I) traduit bien l'écartement de Rousseau entre l'apparence et la réalité. Mais la réalité qu'il connait, lui, de son innocence, n'est pas forcément l'apparence que les autres ont de lui. C'est déjà sans doute la première découverte de cette déchirure dans la plénitude de son existence enfantine.

De plus, Jean-Jacques, par son éducation axée très tôt sur la lecture, a conçu un monde déformé. Il en a conscience lorsqu'il écrit les Confessions, mais sans aucun doute, le mal a déjà été fait ( "Je n'avais aucune idée des choses que tous les sentiments m'étaient déjà connus. Je n'avais rien conçu, j'avais tout senti. Ces émotions confuses, que j'éprouvais coup sur coup, n'altéraient point la raison que je n'avais pas encore; mais elles m'en formèrent une d'une autre trempe, et me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques, dont l'expérience et la réflexions n'ont jamais bien pu me guérir." ) . C'est par exemple cette dimension romanesque que l'on retrouve au livre II lorsqu'il s'imagine, au départ de Genève, découvrir des festins, des chateaux, des seigneurs et des dames qui n'attendent du reste que lui : cette vision chevaleresque du monde est évidemment démentie par la réalité. C'est encore son imagination facile à s'embraser qui lui fait croire que la fontaine de Héron que lui avait donnée l'abbé de Gouvon, lui permettra de faire fortune au milieu de paysans prêts à le combler d'argent.

Ensuite, Rousseau vit dès son enfance dans un monde à part : non seulement il est éduqué par son père, mais il a conscience d'avoir connu un lieu hors du commun dans lequel sa volonté était quasiment inutile car ce monde correspondait en tout point à ce qu'il pouvait souhaiter et qu'il n'avait d'ailleurs pas de souhaits particuliers. Il le relèvera d'ailleurs au livre I : " tout ce qui m'environnait ne m'obéissait pas à la vérité, mais m'aimait, et moi je les aimais de même. Mes volontés étaient si peu excitées et si peu contrariées, qu'il ne me venait pas dans l'esprit d'en avoir." (I § 15). Lorsqu'il changera de monde, il découvrira peu à peu, chez les Lambercier une forme d'éducation, c'est-à-dire d'une certaine manière, de contraintes et parfois d'erreur, d'injustices. Plus Rousseau entrera dans la vie, au moins dans le livre I, plus il découvrira l'injustice. Quant à l'affection qu'il trouve -ou croit trouver- chez Mme de Warens, il est frappant de constater qu'elle ne saurait le maintenir dans un état pérenne auprès de celle qu'il appelle Maman . C'est sans doute ce qui explique cette contradiction apparente des Confessions : tout en recherchant la stabilité, Rousseau ne semble pas pouvoir arriver à se stabiliser quelque part, semblant constamment en fuite lui-même.

D'ailleurs, lorsqu'il prend conscience de la réalité du monde, il s'aperçoit de son inadaptation au monde. Il naît alors que sa mère meurt, il vit alors qu'il est mourant, il est chassé de Genève malgré lui ... La vie de Rousseau est une suite de malentendu qui n'en sont pas dans la mesure où ses paradoxes ne sont que les interprétations qu'il fait de sa vie et de sa situation dans le monde. C'est pourqoi l'enfance de Jean-Jacques lui apparaît comme un Paradis et qu'il tente sans cesse de le retrouver.

Autre inadaptation : tous ses inachèvements. Rousseau insiste sur son apprentissage incomplet, son latin mal appris et, dans le livre III il donne l'impression que Mme de Warens cherche à l'établir alors qu'il ne serait bon à rien. Qui ne voit dans cette situation une incapacité à entrer dans un monde responsable et structuré alors que Jean-Jacques se contente de vivre au jour le jour. L'épisode, au livre III , de son séjour chez le comte de Gouvon est éclairant à cet égard : le projet de ce dernier pour l'établir "était trop sensé pour [sa] tête, et demandait un trop long assujettissement.[Sa] folle ambition ne cherchait la fortune qu'à travers les aventures,et ne voyant point de femme à tout cela, cette manière de parvenir [lui] paraissait lente, pénible et triste". Aventure, certes, mais idée d'aventure dans la mesure où l'idée que Jean-Jacques se fait des aventures ne coïncide jamais avec les avenutres qui lui arrivent.

Toute cette singularité, prédispose sans doute Rousseau à se sentir comme vivant sous la "dictature de la société"

B. : Les éléments qui permettent de sentir que Rousseau vit sous la "dictature de la société"

  • D'une part, tout au long des Confessions, surtout dans le livre I et le livre II, on a l'impression que Rousseau est soumis au destin, et de manière plus particulière à un destin qui prend la forme de la société. Ainsi, lorsqu'il entre en apprentissage, c'est pour occuper une place dans la société. Plus tard, lorsqu'il arrivera chez M. de Pontverre et finira à l'Hospice des catéchumènes ou encore au séminaire d'Annecy, ce sera pour s'intégrer dans la société. Mais cette demande semble plus émaner des autres que de lui même. Il est frappant à cet égard de constater que son entrevue avec M. le comte de la Roque se conclut par cette remarque : " Quoi! toujours laquais!". C'est bien la preuve que le monde ne répond pas à son attente comme d'ailleurs il ne semble pas répondre à la sienne.
  • Ensuite, on sent bien que dans le livre III ce qui comble Jean-Jacques, c'est de vivre chez Mme de Warens. Or, en même temps qu'il s'adonne au plaisir de sa présence, il ressent comme une menace sournoise omniprésente : " je n'ai été déçu que dans sa durée imaginaire (...) tou cela n'a duré qu'un moment" ( III § 41), "cette vie était trop douce pour pouvoir durer " (III § 50). Et de fait, tout est fait depuis le livre II pour qu'il ne puisse vivre chez elle : c'est d'abord M. Sabran que Jean-Jacques accuse de l'éloigner de sa protectrice, puis, c'est Mme de Warens elle-même qui semble chercher à l'éloigner quand elle ne s'éloigne pas elle-même (livre III).
  • Mais surtout, cette dictature de la société, on la retrouve dans la construction même des Confessions et dans ce regard tyrannique que l'on ressent de la société.
    • D'abord, Rousseau sait qu'il écrit pour être jugé, même s'il anticipe de ce jugement
    • Ensuite, dans l'optique de confessions, il avoue ses fautes :
      • le plaisir des fessées de Mlle Lambercier,
      • l'accusation de Marion lors du vol du ruban
      • l'abandon de M. Le Maître à Lyon
      • sans compter quelques menues fredaines comme le pipi dans la marmite de Mme Clot, le vol des pommes, l'exhibitionnisme, l'innocence ridicule...
    • Enfin, il anticipe le jugement de son lecteur, comme s'il se sentait sans cesse condamné par lui. De là à la fois des attitudes curieuses, peu compréhensibles au premier abord, et des justifications douteuses. Ainsi, au livre II, lorsque Rousseau évoque son entrevue avec M. de Pontverre et les arguments de ce dernier, il développe des arguties qui tournent autour de sa politesse pour justifier son absence d'arguments face à ceux du catholique. Pourtant, il n'ignore pas qu'il se convertira. Et sa situation ne paraît pas aussi acceptable que celle de Mme de Warens, dont il atteste la foi catholique. Ce n'est pas elle sans doute qui se convertirait en "chargeant" du même coup les catholiques comme Rousseau le fait en décrivant l'Hospice comme un lieu de dépravation. Ce n'est pas elle non plus qui réunirait des documents attestant du miracle des prières de M. de Bernex... pour les nier quelques années plus tard dans ses Lettres de la Montagne.
      Car, en fait, le comportement de Rousseau paraît bien souvent contradictoire, paradoxal et difficile à justifier.
    Comment justifier un caractère fier, noble et droit et l'accusation -pour le vol d'un ruban- d'une pauvre cuisinière ? Comment expliquer qu'il abandonne ce pauvre Le Maître en pleine crise d'épilepsie à Lyon , alors qu'il avait mission de l'accompagner ? Comment justifier ces attaques contre ses mauvais maîtres lorsque l'on découvre peu à peu combien Jean-Jacques est versatile, influençable et toujours à l'affût de s'amuser ?

C. En réalité, le paradoxe de Rousseau est qu'il est humain. Et le regard qu'il nous attribue , à nous lecteur, sur ses actions, n'est autre que celui de sa propre conscience .

  • l'expression du regard des autres sur lui se trouve en de nombreux endroits :
    • au début du livre I, lorsqu'il évoque le jugement des autres, ou, toujours au début du livre I, lorsqu'il défie ses semblables de se dire meilleur que lui devant Dieu lors du jugemen dernier.
    • lorsqu'il ajoute dans ce même livre I, à propos de son aveu quant à la fessée de Mlle Lambercier : " J'ai fait le premier pas et le plus pénible dans le labyrinthe obscur et fangeux de mes confessions"; puis " On peut juger de ce qu'on pu me coûter de semblables aveux, sur ce que ..."
    • Au livre II, à propos de M. de Pontverre, Rousseau indique : "A voir les ménagements dont j'usais, on m'aurait cru faux. On se fût trompé; je n'étais qu'honnête, cela est certain" et il continue par une justification de son attitude pour conclure par : "Ma faute en cela ressemblait à la coquetterie des honnêtes femmes qui ..." (§ 3)
    • Toujours au livre II, concernant le vol du ruban : "Ce poids est donc resté jusqu'à ce jour sans allégement sur ma conscience, et je puis dire que le désir de m'en délivrer en quelque sorte a beaucoup contribué à la résolution que j'ai prise d'écrire mes confessins." .
    • Puis, juste après : "J'ai procédé rondement dans celle que je viens de faire, et l'on ne trouvera sûrement pas que j'aie ici pallié la noirceur de mon forfait. Mais je ne remplirais pas le but de ce livre, si je n'exposais en même temps mes dispositions intérieures ,et que je craignisse de m'excuser en ce qui est conforme à la vérité."
  • A ce dialogue que Rousseau poursuit avec son lecteur, tout au long des Confessions , il conviendrait d'ajouter cette manière qu'il a de se peindre de manière ridicule . Mais pour autant Jean-Jacques, le héros des Confessions , n'est jamais détestable parce que sa gaucherie, sa maladresse est toujours excusée d'une manière ou d'une autre... preuve sans doute que Rousseau s'il se sait des fautes et des défauts, ne peut se détester.
  • Et si Rousseau se sent accablé d'une faute, qui rejaillit sans doute sur toutes les fautes qu'il a pu commettre, c'est un peu à la manière du chrétien qui reconnaît qu'il doit être coupable puisque sa religion le lui dit, mais qui a du mal à accepter cette culpabilité dans laquelle il n'admet pas de responsabilité volontaire, d'intention de nuire. Au fond, la culpabilité de Rousseau est du même ordre que celle de la tragédie : elle est l'expression d'une volonté revendiquée mais impossible. C'est d'ailleurs ce qui explique la "mise en scène", l'interprétation de son rôle par Rousseau. En réécrivant sa vie, il la remodèle en se persuadant que s'il est responsable, il n'est pas coupable.
  • C'est donc par son humanité retrouvée que Rousseau se réconcilie avec lui-même. Voilà pourquoi, dès le début du livre I, il parle de la peinture de l'homme, de ses semblables. L'homme ne peut être parfait, Rousseau le sait. Lorsqu'il peint les affres de sa chair tourmentée du désir des femmes, il nous offre au fond l'image de l'humanité entière. Non pas que tous les hommes aient les mêmes comportements, mais parce qu'ils sont tous pécheurs.
  • Enfin, Rousseau s'étant peint comme une nature originellement bonne, le mal n'est peut-être que la conjonction d'une mauvaise éducation et de mauvaises rencontres : comment un être innocent - c'est-à-dire pur mais aussi non éduqué- pourrait-il être responsable des faits qu'il comment ? Ainsi, si les femmes jouent de leurs charmes, si Rousseau est sensible à ces charmes et s'il voit qu'il charme les autres, il n'arrive jamais dit-il à réclamer ce qu'il veut.

D. Une dialectique tragique de l'existence

Dès lors, condamné par le regard qu'il pose sur lui, mais persuadé au fond de lui de son innocence, Rousseau s'enferme dans une dialectique sans fin, d'instabilité constante puisque reposant sur un paradoxe fondamental. Ce sentiment trouve peut-être ses origines dans la mort de sa mère, mais aussi dans la notion aiguë d'une conscience différente des autres mais dont le regard des autres est essentiel pour qu'elle se sente différente. Cette tyrannie de la société n'est finalement au fond que le désir profond de s'intégrer à un monde dont on perçoit la réalité, mais que l'on rejette au nom d'un âge d'or originel, néanmoins à jamais perdu.

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SUJET PROPOSE N° 3:

Comment l'oeuvre des Confessions dévoile-t-elle un homme dans toute la vérité de sa nature ?
 

I. Plan d'élève

1. Vérité et sincérité

2.Dévoilement de soi

3. Histoire d'un homme, de l'homme

II. Analyse et commentaire sur le sujet et le plan

1. Commentaires sur le plan

Disposer d'un plan n'est pas tout. Face à un sujet, la première des préoccupation -une fois le sens du sujet compris- est de comprendre qu'il pose une question, de manière directe ou indirecte.

Ainsi, ici, la facilité du sujet posé réside dans la question qui, directe, semble orienter clairement le devoir -ou l'exposé- vers une seule réponse. Pourtant, la réponse au "comment", n'est pas si simple que cela et on peut imaginer que dévoiler un homme dans toute la vérité de sa nature, ne se fait pas simplement en ouvrant d'un coup le voile. De même, comment peut-on dire que Rousseau dévoile un homme dans la vérité de sa nature quand il nous dit qu'il est si différent des autres ? On le voit, dès qu'on pénètre dans le sujet, les difficultés commencent parce que des paradoxes se font jour. Mais, en même temps, ce sont ces paradoxes qui permettent d'ajuster notre pensée et de mieux comprendre l'œuvre.

Dès lors se pose le problème du raisonnement. Et c'est là toute l'ambiguïté d'un plan. Proposer le plan d'élève ci-dessus pose un certain nombre de problèmes. Oui, pour aborder le sujet, il est nécessaire de s'interroger sur le rapport entre la vérité et la sincérité dans les Confessions. Mais, comment insérer cette interrogation dans le sujet ? De même, annoncer un titre "Dévoilement de soi" ne signifie pas grand-chose par rapport au raisonnement d'ensemble. Il n'y a peut-être que la 3ème partie "Histoire d'un homme, de l'homme", qui laisse entrevoir une forme d'élargissement du sujet en abordant la question posée.

Comment réfléchir à un sujet pour pouvoir introduire un axe qui contienne sa propre dynamique logique et permette à partir d'une question d'en suggérer d'autres qui , au bout du compte nous conduise à la réponse attendue ? Il me semble que tel est le problème qui se pose à l'élève devant son sujet (sachant que la manière dont nous raisonnons n'est qu'un apprentissage, ce n'est pas un absolu).

 

2. Analyse du sujet

Parler d'un homme dans toute la vérité de sa nature supposerait peut-être de relever les passages où Rousseau se situe comme un homme :

- par rapport à ses faiblesses par exemple,
- par rapport à son âge notamment (ex. pour la religion, Livre II; ou pour sa faiblesse dans le ruban volé, livre II)
- par rapport à ses pulsions amoureuses
- par rapport aux étapes nécessaires d'éducation pour entrer dans la société des hommes.
 
Néanmoins, parler de vérité de sa nature, suppose qu'au-delà des particularités de Jean-Jacques, Rousseau peint un homme vrai. Et cela peut englober tous les traits de caractère de Rousseau lorsqu'il écorne un peu sa responsabilité ou lorsqu'il se disculpe un peu vite

3. Proposition de raisonnement autour du plan d'élève proposé

Pour ma part, je commencerai par souligner la singularité du portrait que Rousseau a fait de lui, pour montrer que, pourtant, à travers sa singularité, il accède à la peinture de l'homme universel.
Il resterait dès lors à définir, à partir des éléments des Confessions , cet homme universel, issu de son temps, mais qui est un homme qui évolue toute sa vie, dont le moi est à la fois une donnée génétique et vivante, évolutive selon l'expérience qu'il fait de la vie et selon les hasards heureux ou malheureux qui traversent le cours de sa route. Parler d'homme vrai, c'est aussi mettre en évidence les contradictions qui se font jour entre la réalité de sa vie de l'homme et ses aspirations, cette lutte constante pour modeler sa vie et l'ajuster à ce qui survient. On pourrait aussi souligner la dimension psychologique qui nous renvoie à un homme parfois déchiré entre l'image qu'il a de lui intérieurement et les actes qu'il comment. En somme les Confessions sont une tentative d'interprétation de l'homme dans son environnement matériel.
 
Vérité et sincérité : a priori, on ne peut imaginer dissocier la vérité et la sincérité. Pourtant, la sincérité de Rousseau ne consiste pas à dire la vérité absolue, mais la vérité qu'il pense être au fond de lui. On s'aperçoit alors que cette sincérité n'est pas un serment de vérité absolue, mais plutôt une promesse de dire ce que pense de soi l'être qui se pense.
En quoi Rousseau est-il sincère ? Lorsqu'il se trompe en toute bonne foi sur les dates (le mariage de ses parents et de son oncle et sa tante, ou encore sur son intervention en faveur du miracle de M. de Bernex).
Par ailleurs, l'exactitude des faits est-elle vérité ? Ou du moins, la vérité que nous attendons est-elle du même ordre qu'une simple exactitude de date ? On compend que non.

Devoilement de soi : une fois montré la réalité de cette peinture de soi, encore faut-il s'interroger sur ce qu'elle dévoile. Quelle part de Rousseau est mise en évidence ? Dans quel but ? Peut-il ne s'agir pour Rousseau que de parler de soi , malgré l'ordre chronologique adopté ?

Histoire d'un homme, de l'homme : par quels effets, par quels procédés, Rousseau réussit-il à transformer ce dévoilement en l'histoire d'un homme puis en l'histoire de l'homme ? Répondre à cette double question, consiste à montrer que la dimension du récit de Rousseau est avant tout humaine, donc qu'elle exploire les sentiments, le rapport de l'homme au monde, à la vie à travers la distance entre cette vie et le rêve de cette vie. Sur ce plan, l'écart créé par Rousseau entre celui qu'il fut lorsqu'il se peint acteur de sa vie et celui qu'il est devenu - lorsqu'il raconte sa vie- permet d'incorporer une dimension supplémentaire, celle du temps et du destin d'un devenir. S'élevant à une telle dimension, le personnage de Jean-Jacques, grâce aussi à la réflexion menées sur la morale, la psychologie, les rapports des hommes entre eux, la sagesse et le sens profond de la vie; ce personnage de Jean-Jacques atteint à une forme d'universalité. A noter cependant qu'il n'y atteint que parce qu'il est convaincant, ce qui nous ramène au point de départ.

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SUJET PROPOSE N° 4:

« Me regardant, je me reconstruis systématiquement ».
Comment cette remarque d'un auteur éclaire-t-elle votre lecture des Confessions ?
 
1. Analyse du sujet
 
2. Eléments de réponse
 
 

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SUJET PROPOSE N° 5:

« La première partie des Confessions est surtout un merveilleux poème du bonheur »
 
 
1. Analyse du sujet

Dire que la première partie des Confessions est surtout un merveilleux poème du bonheur est vrai. Au moins jusqu'à l'apprentissage de Rousseau. On pourrait dire que le bonheur commence à se gâter chez les Lambercier, ce qui est le début de l'éducation de Jean-Jacques, lorsqu'il découvre l'injustice dans l'épisode du peigne cassé. Pourtant globalement, le bilan que Rousseau tire de son séjour chez le pasteur Lambercier est positif.

Le sujet tient d'ailleurs compte de ces réserves ci-dessus formulées dans la mesure où il dit " est surtout un merveilleux...".

Le sujet ne semble pas difficile si l'on sent tient à un constat. Mais on perçoit bien qu'acquiescer au sujet pose d'autres problèmes.

D'abord, le constat lui-même.

Ensuite, une fois le constat fait, on est court. Il faut donc poser son sujet peut-être selon d'autres perspectives.

- La première, celle du paradoxe : partir d'un paradoxe par rapport au sujet c'est se dire que si l'on éprouve le besoin de dire que c'est un merveilleux poème du bonheur, c'est que ce n'est peut-être pas si évident.

- La seconde, c'est l'explication. Si paradoxe il y a il n'est peut-être pas seulement à l'intérieur de la première partie (la première partie serait paradoxalement aux apparences un poème de bonheur), mais peut-être par rapport aux autres livres. Faire cette remarque c'est soit se contenter de constater le fait, soit chercher une explication et dont une lecture de ce que Rousseau tenterait de nous dire entre les lignes. En d'autres termes, pourquoi cette première partie est-elle un poème de bonheur et non pas les autres ?

 
2. Explication des éléments principaux

La première partie est un merveilleux poème du bonheur.

  • Expliquer cela c'est :
    • a. Montrer que dans cette première partie on parle de bonheur

      b. Montrer que Rousseau en parle comme dans un poème, c'est-à-dire qu'il y a du lyrisme, un chant tout au long de cette partie.

      c. C'est d'ailleurs ce que l'on retrouve à travers l'expression "merveilleux" : cela émerveille. Autrement dit, Rousseau en parle bien.Et il faut le montrer à notre tour.

       

3. Un paradoxe
  • Pourtant, on peut s'étonner de ce point de vue. Rousseau appellerait-il son oeuvre Les Confessions s'il s'agissait de chanter son bonheur ? Ne s'agit-il pas pour lui de se peindre tel qu'il a été, en notamment en dévoilant ses fautes pour que ses contemporains puissent juger sur pièces s'il a été aussi mauvais que ce que la rumeur en a couru ?

    Il suffit d'ailleurs de relever dans le texte les passages qui jalonnent même la première partie pour s'en rendre compte :

    - a sa naissance, sa mère meurt

    - ce qu'il nous dit de lui alors laisse entendre qu'il ne devait et ne souhaitait pas vivre.

    - lorsqu'il évoque le coeur de ses parents, il souligne qu'il a fait leur bonheur, mais que c'est aussi ce coeur qui a fait son malheur à lui (voir Livre I §8).

    - Lorsqu'il évoque sa tante Suzon, il souligne son incapacité à lui venir en aide.

    - Enfin, la lecture des Confessions , et même du livre 1 n'est qu'une suite de tromperies, d'erreurs, de fautes [tout cela doit être justifié] qui aboutissent d'ailleurs à son départ impromptu de Genève sans le moindre regret (voir Livre II §1).

    Dès lors, il paraît curieux d'évoquer à propos des Confessions un merveilleux poème du bonheur.

    Poser ce paradoxe, oblige à montre que l'on a deux points de vue. Il faut donc trouver l'explication de deux contradictions. Cela conduit donc inévitablement à poser le sens de ce poème du bonheur dans cette première partie.

  • Quel peut être le sens de ce poème du bonheur ?

    - d'abord peut-être dire pour Rousseau qu'il a été heureux; mais que ce bonheur est situé dans un passé lointain.

    - ensuite, associer ce bonheur à la petite enfance, c'est traduire inévitablement une nostalgie de ce temps où il vivait sans contrainte. Il est manifeste que le désagrément commence avec l'apprentissage et même -chez le pasteur Lambercier- avec l'éducation.On y retrouve le Rousseau auquel semble faire défaut la présence maternelle , celle qu'il tentera de retrouver en "Maman", Mme de Warens.

    - c'est enfin étayer les thèses de Rousseau qu'il n'est pas totalement responsable de ses fautes. C'est le monde qui lui ouvre le chemin des fautes, ce sont souvent les autres (il s'attache dans toute la première partie à montrer qu'il est bon dans le fond de son coeur). Cela coïncide de surcroît avec sa thèse du sauvage : la civilisation est corruptrice (il suffit d'ailleurs de voir comment toute contrainte conduit au vice (voir l'Hospice des catéchumènes où l'enfermement, la contrainte et l'abstinence conduisent aux pires dépravations.).

     

On peut donc proposer le plan suivant :

1. Les Confessions sont a priori une oeuvre de fautes et de plaintes.

2. Pourtant, la première partie semble effectivement un merveilleux poème du bonheur.

3. C'est donc que pour Rousseau, cette partie représente quelque chose de particulier qu'il veut nous amener à comprendre par nous-même.

 

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SUJET PROPOSE N° 6:

André Maurois dit de l'attitude de Rousseau dans les Confessions : " il bat sa coulpe vigoureusement, en sachant que le lecteur l'absoudra "

Votre lecture des quatre premiers livres des Confessions vous incline-t-elle à partager le jugement d'André Maurois ?

 

1.Analyse des principaux points du sujet
 
Un sujet en deux temps . On part en effet d'une opinion sur Les Confessions de Rousseau ; puis on vous demande de dire ce que vous en pensez. C'est donc sur le plan de la forme un sujet classique.
Sa difficulté vient peut-être d'ailleurs.
D'une part il convient d'expliquer en quoi on peut dire que Rousseau bat sa coulpe vigoureusement dans Les Confessions.
D'autre part, il conviendra d'expliquer comment Maurois peut considérer que Rousseau "sait que le lecteur l'absoudra".
Ce faisant, il rester toujours une part de discussion, de nuance: Rousseau peut-il être certain de l'absolution du lecteur ? Ne feint-il pas plutôt d'y croire ? Dans quelle mesure le fait de croire, pour Rousseau, que le lecteur l'absoudra, ne consisterait-il pas à être alors serein quant à la portée de son livre ? Rousseau n'est-il pas pourtant un homme qui se considère comme toujours plus ou moins coupable de quelque chose ?
 
2.Raisonnement
a. Rousseau bat sa coulpe vigoureusement.
C'est ce que l'on peut montrer aisément de manières différentes :
- par le titre de l'oeuvre
- par les aveux ( la fessée livre I, le ruban volé livre II, l'abandon du maître de musique livre III)
- par la mise mise à nu de son coeur et de ses faits et gestes (récits de polissonnage ou de vandalisme livre I , exhibitionnisme livre III )
b. Ces aveux sont destinés au lecteur parce que R. est persuadé d'être absous :
b.1. Les fautes sont inévitables :
  • de là la référence au début du livre I aux hommes par rapport à Dieu (seul Dieu est parfait ! )
  • de là la notion de pécadilles pour des actes que l'on pourrait juger plus sévèrement
    • ainsi lorsqu'il pisse dans la marmite de Mme Clot ( livre I § 14 . Rousseau annonce en entrée : "j'avais les défauts de mon âge")
    • ou bien lorsqu'il évoque ses "friponneries" dont le vol des asperges de la mère de M. Verrat et que Rousseau explique par "Ce sont toujours de bons sentiments mal dirigés qui font faire aux enfants le premier pas vers le mal" (livre I § 64). La référence aux enfants est édifiante.
  • de là les explications quant à l'innocence de Jean-Jacques au livre II quant il arrive chez M. de Pontverre ou lorsqu'il est pratiquement violé à l'Hospice. N'ayant pas vécu, il ne peut comprendre réellement ce qui lui arrive où se fait une fausse idée de son devoir.
b.2. Mais les autres font aussi des fautes :
  • les adultes sont le plus souvent responsables des fautes des enfants.
    • C'est pourquoi Rousseau insiste tant sur le milieu dans lequel il vivait et qui lui évitait toute faute.
    • C'est pourquoi à propos par exemple de la fessée, il montre que les choix en matière d'éducation ne sont pas toujours sûr. Il n'est pas d'éducation sans doute absolue
    • Idem pour son apprentissage. Se souvenir des méditations de Rousseau à la fin du livre I (" qu'on me permette de tourner un moment les yeux sur [la destinée] qui m'attendait naturellement si j'étais tombé dans les mains d'un meilleur maître " I § 90)
  • ou alors l'individu obéit à des pulsions dues à son caractère (le sang chaud de Jean-Jacques, sont besoin irrésistible de "liberté" qu'on pourrait peut-être appeler autrement une instabilité...)

b.3. Et Jean-Jacques au fond est un héros.

  • il est le personnage principal de son récit
  • même s'il donne à rire de lui, il se sort généralement bien de ses mésaventures (ex. l'homme au sabre Livre III)
  • même innocent il conquiert les coeurs des femmes ( les demoiselles Goton et de Vulson après tout avait peut-être d'autres individus à choisir.., madame Basile était sur le point de succomber; quant à Mme de Warens, le portrait qu'il fait de lui avant de la présenter, elle, au livre II à de quoi laisser songeur.
  • mais surtout, il est un héros au noble coeur, chevalresque ne rêvant que de liberté, d'aventures, de nobles damoiselles ou de châteaux. N'est-il pas un peu Don Quichotte sur les bords, notre héros picaresque ?

b.4. Dès lors, par les procédés de la mise en scène, et du récit, Rousseau s'emploie à se disculper au yeux de son lecteur.

Voir à ce sujet par exemple -mais il y a d'autres passages- le § 1 du livre III qui compare les dangers encourus (vus sur le plan de la raison) et l'état d'esprit de JJ alors. Qui devient dès lors sympathique ? Sans compter toutes les mises en perspective du récit par Rousseau laissant entrevoir une narration remplie de péripéties toutes plus rocambolesques les unes que les autres.
 
c. Pourtant il n'est pas sûr que Rousseau soit persuadé et d'être absous , et d'être si innocent que cela.
 
  • Voir sur ce point ses hésitations, ses précautions cent fois reformulées lorsqu'il se justifie de son comportement avec M. de Pontverre (Livre II § 3 et suivants)
  • Voir aussi sa manière de présenter ses rapports avec Mme de Warens : il accuse M. Sabran d'avoir entrepris de l'éloigner de Mme de Warens quand il se pourrait bien que l'éloignement vienne directement d'elle, ce qui semble se confirmer au livre III.
  • Rousseau se sait accusé et s'il se persuade de son innocence, vis à vis de ses détracteurs, n'est-ce pas parce qu'il se sent tout à la fois coupable et innocent. Rousseau est en effet un personnage complexe peut-être marqué par la mort de sa mère dont il ressent à la fois la responsabilité - ma naissance fut le premier de mes malheurs- sous la forme d'une sorte de fatalité. Il en est de même lorsqu'il évoque son sort par exemple à la fin du livre I en soulignant le sort différent qui eût été le sien sous d'autres maîtres. Penser son sort sous la forme d'un destin n'est-ce pas se sentir à la fois concerné par une décision supérieure (qui doit donc faire en sorte que nous devions subir cela) et en même temps, dans l'ordre du tragique, se sentir exonéré par cette décision du fait qu'elle appartient à un ordre qui n'est pas le nôtre, pas celui des humains.
  • C'est d'ailleurs ce que l'on perçoit de manière frappante à de nombreux endroits, dont, au livre III, avec l'épisode du départ de JJ de chez le comte de Gouvon pour suivre son ami Bâcle. Curieusement, Rousseau à ce propos nous donne peut-être l'illustration même de toute son attitude de romancier : "sentant malgré moi l'extravagance de ma conduite, j'y ajoutais , pour m'excuser, l'injustice et l'ingratitude, croyant mettre ainsi les gens dans leur tort, et me justifier à moi-même d'un parti pris par nécessité ".
  • Il n'est pas innocent donc mais il doit vivre avec lui-même. Mieux, à bien des égards, il est un "raté" comme le signifie monsieur Masseron ou encore M. d'Aubonne - c'est d'ailleurs Rousseau lui-même qui répète plusieurs fois qu'il n'a pas fini son apprentissage et qu'il ne dispose donc d'aucun métier-; mais il ne supporte pas cette image et s'efforce de l'infirmer.
  • En somme Rousseau se trouve sans cesse dans une position inconfortable où il aimerait être toujours le personnage essentiel, celui que l'on admire, alors qu'il devrait admettre qu'il est comme tout le monde. Cette position centrale, on la découvre avec l'allusion au fils unique, ou encore avec son intolérance à l'égard de Mme de Warens (livre III) lorsqu'elle reçoit de la visite, ou encore au livre I au tout début lorsqu'il souligne la singularité de son expérience, de son livre et de son moi.

Dès lors, on découvre l'ambiguïté du personnage de Rousseau et la richesse des Confessions. Oui, Rousseau tente de se persuader qu'il est innocent; et plus il s'accuse, plus il tente de nous convaincre que nous avons fait pis. Mais, en même temps, plus ou moins inconsciemment, il est à la recherche d'une innocence qu'il sait ne pas pouvoir exister. Il s'accuse donc pour pouvoir se disculper mais plus il s'accuse plus il se noircit, dans une spirale que seule l'oeuvre romanesque permet de maintenir de force dans un état d'équilibre . C'est peut-être aussi pourquoi Jean-Jacques est toujours en mouvement illustrant peut-être curieusement l'abîme de fragilité de l'homme selon Pascal.

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SUJET PROPOSE N° 8:

Rousseau et la nature

(dissertation & exposé)

 
1.Réflexions sur le sujet
  • Comme dans tout sujet, il faut un point de départ. Qu'il s'agisse d'un devoir rédigé ou d'un exposé, il faut amener d'abord le thème et le justifier.
  • Il faut ensuite s'interroger sur la place de la nature dans les Confessions et repérer les endroits où cette nature est évoquée
  • Enfin, il faut s'interroger sur ce que l'on veut réaliser : un exposé visant à décrire un constat que l'on a fait ou, à partir d'un constat plus ou moins explicitement exposé, poser des problèmes, voire des contradictions et faire ressortir l'intérêt du thème dans la compréhension de l'oeuvre.
2. Repérage dans l'oeuvre
  • Poser le problème des rapports de Rousseau et de la nature, c'est peut-être faire d'abord le constat que cette nature commence à apparaître au XVIIIème siècle pour s'épanouir au XIXème siècle avec les romantiques. Mais en même temps, on ne peut aussi manquer de s'interroger sur l'importance d'un axe qui associerait Robinson Crusoë (1719) de Daniel De Foe, Rousseau et ses Confessions (1782)(puisque c'est tout de même de cette oeuvre qu'il s'agit de parler) et Paul et Virginie (1788) de Bernardin de Saint Pierre.
  • Evoquer Robinson Crusoe, c'est évoquer une oeuvre que Rousseau fera figurer dans son Emile comme un des moyens de former son élève à la découverte du monde par la nature. Quant à Paul et Virginie, on peut y voir l'épanouissement du mythe de la nature mère nourricière et du mythe rousseauiste du bon sauvage comblé dans une nature amicale voire protectrice. Entre les deux, les Confessions .
  • Quant on connait l'importance pour Rousseau de son mythe du bon sauvage menant une vie idyllique dans une période antérieure à la naissance de la société, on ne peut manquer de s'interroger sur l'importance de cette nature dans Les Confessions, même si le but de l'oeuvre n'est pas tant de peindre des lieux et des décors, mais, pour Rousseau dès le livre I, de montrer qu'il n'est pas pire que les autres hommes. Sachant par ailleurs que le mouvement du début des Confessions (du livre I au livre IV tout du moins) simule une sorte de déchéance de Jean-Jacques, expulsé d'une sorte de Paradis Terrestre, pour se corrompre dans la société, on ne peut manquer de se dire que , certainement, la nature doit être présente et doit avoir des fonctions symboliques qui méritent d'être étudiées.
  • Où trouve-t-on la nature dans les Confessions ?

On ne la trouve pas d'un bout à l'autre des Confessions, mais les allusions cependant sont suffisamment nombreuses et disséminés tout au long de l'ouvrage, pour qu'on puisse y voir tout de même un thème important.

  • la première allusion à la nature, on la trouve lorsque Rousseau et son cousin Bernard sont placés chez le pasteur Lambercier "pour y apprendre le latin" :

    D'abord il oppose la ville au village de Bossey par ces termes «Deux ans passés au village adoucirent un peu mon âpreté romaiine, et me ramenèrent à l'état d'enfant »

    Puis, plus loin :

    «La campagne était pour moi si nouvelle, que je ne pouvais me lasser d'en jouir. Je pris pour elle un goût si vif, qu'il n'a jamais pu s'éteindre. Le souvenir des jours heureux que j'y ai passés m'a fait regretter son séjour et ses plaisirs dans tous les âges, jusqu'à celui qui m'y a ramené» p.42 livre I § 21

    ou encore :

    «La simplicité de cette vie champêtre me fit un bien d'un prix inestimable en ouvrant mon coeur à l'amitié.» p. 42 livre I § 22

    En somme Rousseau, dans ce livre I associe la découverte de la nature à un état privilégié de son être et de sa vie. C'est tellement vrai qu'il le précise plus loin :

    «Là fut le terme de la sérénité de ma vie enfantine.Dès ce moment je cessai de jouir d'un bonheur pur, et je sens aujourd'hui même que le souvenir des charmes de mon enfance s'arrête là. Nous restâmes à Bossey quelques mois. Nous y fûmes comme on nous représente le premier homme encore dans le paradis terrestre, mais ayant cessé d'en jouir : c'était en apparence la même situation, et en effet une tout autre manière d'être. L'attachement, le respect, l'intimité, la confiance, ne liaient plus les élèves à leurs guides; nous ne les regardions plus comme des dieux qui lisaient dans nos coeurs: nous étions moins honteux de mal faire et plus craintifs d'être accusés: nous commencions à nous cacher, à nous mutiner, à mentir. Tous les vices de notre âge corrompaient notre innocence, et enlaidissaient nos jeux. La campagne même perdit à nos yeux cet attrait de douceur et de simplicité qui va au coeur : elle nous semblait déserte et sombre; elle s'était comme couverte d'un voile qui nous en cachait les beautés. Nous cessâmes de cultiver nos petits jardins, nos herbes, nos fleurs. Nous n'allions plus gratter légèrement la terre, et crier de joie en découvrant le germe du grain que nous avions semé.Nous nous dégoûtames de cette vie; on se dégoûta de nous; mon oncle nous retira et nous nous séparâmes de M. et Mlle Lambercier, rassasiés les uns des autres, et regrettant peu de nous quitter.» livre I p. 52 (§39)

    Le passage clé à retenir de l'ensemble est sans doute celui-ci:

    La campagne même perdit à nos yeux cet attrait de douceur et de simplicité qui va au coeur : elle nous semblait déserte et sombre; elle s'était comme couverte d'un voile qui nous en cachait les beautés.

    Comme si la corruption de l'âme interdit l'accès à la nature.Comment ne pas noter aussi l'allusion au paradis terrestre, dont le synonyme est le Jardin d'Eden ? Or qu'est ce jardin sinon le premier âge de l'homme, celui de l'innocence et de l'unicité. On perçoit bien ici le rapport entre société et corruption à rapprocher sans doute du rapport ville et corruption.
     
    Les autres passages du livre I où la nature est évoqués sont peu nombreux tout en étant divers :
     
    • «(...) je vois (...)des framboisiers qui, d'un jardin fort élevé dans lequel la maison s'enfonçait sur le derrière, venaient ombrager la fenêtre, et passaient quelquefois jusqu'en dedans» (§40 p.52 )
    • l'épisode du noyer et du saule qui permet d'une part de mettre en évidence la maxime «Omnia vincit labo improbus» (citation de Virgile qui signifie qu'un labeur acharné a raison de tout). Par là , on découvre par soi-même un principe moral par excellence. Mais cet épisode du noyer permet aussi aux enfants de découvrir qu'ils peuvent rivaliser avec les adultes non pas d'une manière égoïste puisqu'il ne s'agissait pas de capter de l'eau pour soi, mais désintéressée puisqu'il s'agissait de nourrir un arbre.Enfin, le noyer est aussi un point central du souvenir de cette période pour Rousseau parce qu'il vit, grandit et donc accompagne physiquement le moi de l'auteur. Mieux, il est le point de repère physique d'un moi qu'il cherche à retrouver et dont il sait l'existence liée à un lieu particulier («(...) je suis presque sûr que si jamais, retournant dans ces lieux chéris, j'y retrouverais mon cher noyer encore en être, je l'arroserais de mes pleurs.»)
    • On pourrait d'ailleurs rapprocher de cet épisode du noyer, celui du jardin de la mère de Verrat :
      «J'allais tous les matins moissonner les plus belles asperges; je les portais au Molard, où quelque bonne femme, qui voyait ue je venais de les voler, me le disait pour les avoir à meilleur compte.» Livre I p.65-66, § 64
      Nous sommes en effet revenu en ville, Jean Jacques est en apprentissage, perverti, et la nature ne lui cause aucune émotion, le travail des autres n'est pas perçu comme tel et l'asperge, fruit de la terre, devient monnaie d'échange quand elle aurait pu suffire à la subsistance de Jean Jacques et de son compagnon.
       
    • A noter aussi l'allusion aux promenades hors de la ville de Jean Jacques.
       
  • dans le livre II, la nature fait aussi une apparition,même si elle reste discrète : elle se trouve liée directement aux voyages et constituera au fond le grand thème du rapport de Rousseau à la nature. Rousseau aime sans aucun doute la nature pour les sensation qu'elle lui procure, parce qu'il est susceptible de pouvoir vibrer à son spectacle, mais peut-être surtout parce qu'elle est le symbole pour lui d'une grande liberté.
    Le voyage à Turin :
 
  • «Enfin l'idée d'un grand voyage flattait ma manie ambulante, qui déjà commençait à se déclarer. Il me paraissait beau de passer les monts à mon âge, et de m'élever au-dessus de mes camarades de toute la hauteur des Alpes. Voir du pays est un appât auquel un Genevois ne résiste guère. » Livre II p.90 § 29
  • «Jeune, vigoureux, plein de santé, de sécurité, de confiance en moi et aux autres, j'étais dans ce court,mais précieux moment de la vie, où la plénitude expansive étend pour ainsi dire notre être par toutes nos sensations, et embellit à nos yeux la nature entière du charme de notre existence.» Livre II p.94 § 29
  • «Ainsi je marchais légèrement, allégé de ce poids; les jeunes désirs, l'espoir enchanteur, les brillants projets remplissaient mon âme. Tous les objets que je voyais me semblaient les garants de ma prochaine félicité. Dans les maisons j'imaginais les festins rustiques; dans les prés, de folâtres jeus; le long des eaux, les bains, des promenades,la pêche; sur les arbres, des fruits délicieux; sous leur ombre, de voluptueux tête-à-tête; sur les montagnes, des cuves de lait et de crème, une oisiveté charmante, la paix la simpicité, le plaisir d'aller sans savoir où. Enfin rien ne frappait mes yeux sans porter à mon coeur quelque attrait de jouissance. La grandeur, la variété, la beauté réelle du spectacle rendaient cet attrait digne de la raison; la vanité même y mêlait sa pointe. Si jeune, aller en Italie, avoir déjà vu tant de pays, suivre Annibal à travers les monts, me paraissait une gloire au-dessus de mon âge.» Livre II p. 94 § 29
  • «Ce souvenir m'a laissé le goût le plus vif pour tout ce qui s'y rapporte, surtout pour les montagnes et les voyages pédestres. Je n'ai voyagé à pied que dans mes beaux jours, et toujours avec délices.» Livre II p.95 § 30
 
  • Le livre III évoque le voyage avec Bâcle jusqu'à Annecy, chez Mme de Warenx mais sans évocation directe de la nature.Il s'agit plutôt du projet et du plaisir lié à l'imagination. Par contre, les fenêtres de Jean Jacques chez Mme de Warens donnent sur la campagne:
 
  • «Cette chambre était sur le passage dont j'ai parlé, où se fit notre première entrevue, et au-delà du ruisseau et des jardins on découvrait la campagne.Cet aspect n'était pas pour le jeune habitant une chose indifférente. C'était, depuis Bossey, la première fois que j'avais du vert devant mes fenêtres.Toujours masqué par des murs, je n'avais eu sous les yeux que des toits ou le gris des rues. Combien cette nouveauté me fut sensible et douce ! Elle augmentat beaucoup mes dispositions à l'attendrissement. Je faisais de ce charmant paysage encore un des bienfaits de ma chère patronne : il me semblait qu'elle l'avait mis là tout exprès pour moi; je m'y plaçais paisiblement auprès d'elle; je la voyais partout entre les fleurs et la verdure; ses charmes et ceux du printems se confondaient à mes yeux. Mon coeur, jusqu'alors comprimé, se trouvait plus au large dans cet espace, et mes soupirs s'exhalaient plus librement parmi ces vergers
 
  • Le livre IV est sans doute des trois celui où la nature est le plus fréquemment évoquée.
 
  • L'épisode dit "des cerises" est à la fois suffisamment développé et suffisamment fort pour qu'il soit relevé et scruté quand à sa valeur et sa signification.
 
«L'aurore un matin me parut si belle, que m'étant habillé précipitamment, je me hâtai de gagner la campagne pour voir lever le soleil. Je goûtai ce plaisir dans tout son charme; c'était la semaine après la Saint-Jean. La terre, dans sa plus grande parure, était couverte d'herbe et de fleurs; les rossignols, presque à la fin de leur ramage, semblaient se plaire à le renforcer; tous les oiseaux, faisant en concert leur adieux au printemps, chantaient la naissance d'un beau jour d'été, d'un de ces beaux jours qu'on ne voit plus à mon âge, et qu'on n'a jamais vus dans le triste sol où j'habite aujourd'hui.
«Je m'étais insensiblement éloigné de la ville, la chaleur augmentait, et je me promenais sous des ombrages dans un vallon le long d'un ruisseau.
(...)
«Après le dîner nous fîmes une économie. Au lieu de prendre le café qui nous restait du déjeuner, nous le gardâmes pour le goûter avec de la crème et des gâteaux qu'elles avaient apportés; et pour tenir notre appétit en haleine, nous allâmes dans le verger achever notre dessert avec des cerises. Je montai sur l'arbre, et je leur en jetais des bouquets dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches.
 
  • Le voyage vers Fribourg et retour et ses nombreux lieux :
Lausanne : «Je voulais me rassasier de la vue de ce beau lac qu'on voit là dans sa plus grande étendue. La plupart de mes secrets motifs déterminants n'ont pas été plus solides» Livre III p. 196 § 37
 
Vevey et le lac de Genève p.203-204 §§ 49-51
«L'aspect du lac de Genève et de ses admirables côtes eut toujours à mes yeux un attrait particulier que je ne saurais expliquer, et qui ne tient pas seulement à la beauté du spectacle, mais à je ne sais quoi de plus intéressant qui m'affecte et m'attendrit. Toutes les fois que j'approche du pays de Vadu, j'éprouve une impression composée du souvenir de Mme de Warens qui y est née, de mon père qui y vivait, de Mlle de Vulson qui y eut les prémices de mon coeur, de plusieurs voyages de plaisir que j'y fis dans mon enfance, et, ce me semble, de quelque autre cause encore, plus secrète et plus forte que tout cela. Quand l'ardent désir de cette vie heureuse et douce qui me fuit et pour laquelle j'étais né vient enflammer mon imagination, c'est toujours au pays de Vaud, près du lac, dans des campagnes charmantes, qu'elle se fixe. Il me faut absolument un verger au bord de ce lac et non pas d'un autre; il me faut un ami sûr, une femme aimable, une vache et un petit bateau. Je ne jouirai d'un bonheur parfait sur la terre que quand j'aurai tout cela. Je ris de la simpicité avec laquelle je suis allé plusieurs fois dans ce pays-là uniquement pour y cherche ce bonheur imaginaire. J'était toujours surpris d'y trouver les habitants, surtout les femmes, d'un tout autre caractère que celui que j'y cherchais. Combien cela me semblait disparate ! Le pays et le peuple dont il est couvert ne m'ont jamais paru faits l'un pour l'autre.
(...) Allez à Vevey, visitez le pays, examinez les sites, promenez-vous sur le lac, et dites si la nature n'a pas fait ce beau pays pour une Julie, pour une Claire, et pour un Saint-Preux; mais ne les y cherchez pas
 
Paris p.211 § 62
«Cependant, quand je passais dans des campagnes agréables, que je voyais des bocages et des ruisseaux, ce touchant aspect me faisait soupirer de regret; je sentais au milieu de ma gloire que mon coeur n'était pas fait pour tant de tracas, et bientôt, sans savoir comment, je me retrouvais au milieu de mes chères bergeries, renonçant pour jamais aux travaux de Mars.»
 
Lyon p.222-223 § 78
«Je me souviens même d'avoir passé une nuit délicieuse hors de la ville, dans un chemin qui côtoyait le Rhône ou la Saône, car je ne me rappelle pas lequel des des deux. Des jardins élevés en terrasse bordaient le chemin du côté opposé. Il avait fait très chaud ce jour-là, la soirée était charmante; la rosée humectait l'herbe flétrie; point de vent, une nuit tranquille; l'air était frais, sans être froid; le soleil, après son coucher, avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l'eau couleur de rose; les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l'un à l'autre. Je me promenai dans une sorte d'extase, livrant mes sens et mon coeur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement un peu du regret d'en jouir seul. Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m'apercevoir que j'étais las. Je m'en aperçus enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte enfoncée dans un mur de terrasse; le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres; un rossignol était précisément au-dessus de moi; je m'endormis à son chant : mon sommeil fut doux mon réveil le fut davantage. Il était grand jour : mes yeux, en s'ouvrant, virent l'eau, la verdure, un paysage admirable. Je me levai, ma secouai, la faim me prit, je m'acheminai gaiement vers la ville, résolu de mettre à un bon déjeuner deux pièces de six blancs qui me restaient encore
 
Chambéry p.227-228 § 83-84
« Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable : voilà de toutes les manières de vivre celle qui est la plus de mon goût. Au reste, on sait déjà ce que j'entends par un beau pays. Jamais pays de plaine, quelque beau qu'il fût, ne parut tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux, à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur. J'eus ce plaisir, et je le goûtai dans tout son charme en approchant de Chambéry. Non loin d'une montagne coupée qu'on appelle le Pas-de-l'Echelle, au-dessous du grand chemin taillé dans le roc, à l'endroit appelé Chailles, court et bouillonne dans des gouffres affreux une petite rivière qui paraît avoir mis à les creuser des milliers de siècles. On a bordé le chemin d'un parapet pour prévenir les malheurs : cela faisait que je pouvais contempler au fond et gagner des vertiges tout à mon aise, car ce qu'il y a de plaisant dans mon goût pour les lieux escarpés, est qu'ils me font tourner la tête, et j'aime beaucoup ce tournoiement, pourvu que je sois en sûreté. Bien appuyé sur le parapet, j'avançais le nez, et je restais là des heures entières, entrevoyant de temps en temps cette écume et cette eau bleue dont j'entendais le mugissement à travers les cris des corbeaux et des oiseaux de proie qui volaient de roche en roche et de broussaille en broussaille à cent toieses au-dessous de moi. Dans les endroits où la pente était assez unie et la broussaille assez claire pour laisser passer des cailloux, j'en allais chercher au loin d'aussi gros que je les pouvais porter; je les rassemblais sur le parapet en pile; puis, les lançant l'un après l'autre, je me délectais à les voir rouler, bondir et voler en mille éclats, avant que d'atteindre le fond du précipice.
Plus près de Chambéry j'eus un spectacle semblable, en sens contraire. Le chemin passe au pied de la plus belle cascade que je vis de mes jours. La montagne est tellement escarpée, que l'eau se détache net et tombe en arcade, assez loin pour qu'on puisse passer entre la cascade et la roche, quelquefois sans être mouillé. Mais si l'on ne prend bien ses mesures, on y est aisément trompé, comme je le fus : car, à cause de l'extrême hauteur, l'eau se divise et tombe en poussière, et lorsqu'on approche un peu trop de ce nuage sans s'apercevoir d'abord qu'on se mouille, à l'instant on est tout trempé. »

Nature et instruction ou plus exactement la naïveté de l'homme laissé à sa seule nature:

Livre I p.93 §28 , à propos des insomnies de Mme Sabran, Rousseau déclare : «Mais je ne m'en doutais pas même, et j'étais sur ce chapitre d'une bêtise qui a laissé à la seule nature tout le soin de mon instruction

3. Axes de développement

L'étude des passages ci-dessus montre que c'est surtout dans le livre IV que les évocations de la nature sont le plus fortes, mais la nature reste toujours plus on moins sous-jacente dans l'oeuvre de Rousseau.

  • La nature apparaît comme un hâvre de liberté, la découverte d'un nouvel univers pour Jean Jacques.
  • La nature apparaît aussi comme associée à l'épisode de Bossey et donc comme un temps de sérénité, d'insouciance et d'innocence.
  • L'épisode de l'arbre traduit aussi de la part de Jean Jacques et de son cousin Bernard la pente naturelle de l'imitation et de l'ingénuosité innocente. Faut-il y voir aussi le désir de créer, de faire prospérer la vie ?
  • Par la suite, Rousseau souligne combien la nature est proche de l'état de l'homme : lorsqu'il perd son innocence et se corrompt, Jean Jacques devient incapable d'apprécier à la nature. De même on peut se demander si le vol n'est pas un acte qui nie la nature dans ce qu'elle a de naturellement généreux.
  • On retrouve d'ailleurs un caractère assez proche de cette générosité dans l'accueil de Mme de Warens. Certes, il est compréhensible que Jean Jacques aimant projette sur la nature ses sentiments. Il nous le dit de manière explicite lors de son voyage pour Turin lorsqu'il indique: «Jeune, vigoureux, plein de santé, de sécurité, de confiance en moi et aux autres, j'étais dans ce court,mais précieux moment de la vie, où la plénitude expansive étend pour ainsi dire notre être par toutes nos sensations, et embellit à nos yeux la nature entière du charme de notre existence.» Livre II p.94 § 29.
    De même , toujours à propos de ce voyage à Turin, il indiquera qu'il sera flatté de ce voyage qui par la traversée des Alpes le placerait au-dessus des jeunes camardes de son âge.
    La perception de la nature, la sensibilité à la nature, n'est donc pas forcément exempte de sentiments divers et n'apparaît dès lors que le reflet de la nature profonde du jeune écrivain.
    Et toutefois, comment ne pas voir dans la nature un équivalent du caractère que Jean Jacques prêterait à Mme de Warrens. Lorsqu'il la rejoint à Annecy après son voyage avec Bâcle, il note son bonheur de se retrouver dans une chambre donnant sur la verdure. De même, si pendant l'absence de Mme de Warens, il voyage et évoque des paysages, le passage marquant de ce livre IV est Vevey et le lac de Genève, en relation directe avec Mme de Warens (bien que ce ne soit pas exclusif). Plus tard, c'est sur le chemin à la rencontre plus ou moins proche de Mme de Warens qu'il ouvre les yeux et se laisse griser par des paysages féériques.
    Or que peut-il y avoir de commun entre Mme de Warens et la Nature ? Le caractère d'une mère nourricière ? Sans doute, mais aussi ce don, cette acceptation libre de l'autre si l'on en croit les propos de Rousseau.
  • La nature et la ville. Voilà pourquoi sans doute d'ailleurs pourquoi la nature est si souvent opposée à la ville. Tandis que cette dernière regorge de désagréables surprises, la nature ne recèle semble-t-il que de bonnes surprises :
    • l'épisode des cerises est sur ce plan édifiant . Il recèle tous les caractères d'une sorte de prédestination. Jean Jacques se lève et le matin rayonne et c'est comme si un rendez-vous l'attendait. Symboliquement, nous sommes une semaine après la Saint-Jean, "les oiseaux faisaient leurs adieux au printemps " dans un véritable concert et annonçait la naissance de l'été.
      C'est d'ailleurs là qu'une rencontre idyllique innocente va se produire entre Jean Jacques et Mlles de Graffenried et Galley : "L'innocence des moeurs, dira Rousseau, a sa volupté, qui vaut bien l'autre, parce qu'elle n'a point d'intervalle et qu'elle agit continuellement".
    • l'épisode de Lyon est lui aussi intéressant : Rousseau nous donne le sentiment que la nature l'accueille et le fête
      Je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte enfoncée dans un mur de terrasse; le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres; un rossignol était précisément au-dessus de moi;
      Car la nature est fête parce qu'elle est amour. Il est frappant que les paysages de Jean Jacques se ressemblent : la beauté du ciel illuminé par le soleil couchant ou l'aurore, de l'eau , des rossignols. Et voilà notre poète plongé dans la volupté ou le vertige (lorsqu'il s'agit du spectacle des gouffres près de Chambéry. En se retrouvant au coeur de la nature, Rousseau accomplit au fond un rite, un retour à l'origine. Dire qu'il s'agit d'une purification serait peut-être excessif, mais en tout cas, il en sort suffisamment neuf pour pouvoir se dire qu'il est tout de même pur puisqu'il préfère la nature à la ville.
  • Nature et preuve de l'innocence de Rousseau.
    Dès lors on comprend que pour Rousseau, cette complicité qu'il entretient avec la nature est un moyen aussi de traduire sa nature pure ou les fibres pures qui subsistent chez lui.
 

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SUJET PROPOSE N° 10:

Jean-Jacques Rousseau attire l'attention sur l'originalité de sa démarche autobiographique et sur l'importance de la mémoire dans cette démarche, lorsqu'il écrit : "Comme en général les objets font moins d'impression sur moi que leurs souvenirs, et que toutes mes idées sont en images, les premiers traits qui se sont gravés dans ma têt y sont demeurés, et ceux qui s'y sont empreint dans la suite se sont plutôt combinés avec eux qu'ils ne les ont effacés" (Confessions, fin du livre IV).

En examinant le groupement de texte sur l'autobiographie (et éventuellement, en faisant appel à votre connaissance sur les Confessions ) , vous vous interrogerez sur le(s) role(s) que joue la mémoire dans l'autobiographie.

1. Réflexions sur le sujet

 
  • Livre III p.169 §73
«Dans les situations diverses où je me suis trouvé, quelques-unes ont été marquées par un tel sentiment de bien-être, qu'en les remémorant j'en suis affecté comme si j'y étais encore.Non seulement je me rappelle les temps, les lieux, les personnes, mais tous les objets environnants, la température de l'air, son odeur, sa couleur, une certaine impression locale qui ne s'est fait sentir que là, et dont le souvenir vif m'y transporte de nouveau.(...) tout, dans les souvenir de ces temps de bonheur et d'innocence, revient souvent me ravir et m'attrister.»
  • Livre III p. 177 § 87 (l'abandon de Le Maître à Lyon) :
«Cette époque de ma jeunesse est celle dont j'ai l'idée la plus confuse. Rien presque ne s'y est passé d'assez intéressant à mon coeur pour m'en retracer vivement le souvenir, et il est difficile que dans tant d'allées et venues, dans tant de déplacements successigs, je ne fasse pas quelques transpositions de temps ou de lieu. J'écris absolument de mémoire, sans monuments, sans matériaux qui puissent me la rappeler. Il y a des événements de ma vie qui me sont aussi présents que s'ils venaient d'arriver; mais il y a des lacunes et des vides que je ne peux remplir qu'à l'aide de récits aussi confus que le souvenir qui m'en est resté. J'ai donc pu faire des erreurs quelquefois, et j'en pourrai faire encore sur des bagatelles, jusqu'au temps où j'ai de moi des renseignements plus sûrs; mais en ce qui importe vraiment au sujet, je suis assuré d'être exact et fidèle, comme je tâcherai toujours de l'être en tout : voilà sur quoi l'on peut compter.
 
  • Livre IV p.230 § 89
«
 
2. Problèmatique
 
3. Axes de développement
 

SUJET PROPOSE N° 11:

"Tout roman, écrit Georges Gusdorf, est une autobiographie par personnages interposés. Inversement, un écrivain, si sincère qu'il soit et se prétende, peut difficilement éviter de jouer avec son propre personnage".
Après avoir lu les 4 premiers livres des Confessions, soutiendrez-vous que Rousseau s'est gardé de tout romanesque ?

Commentaire de Kim sur son devoir

J'ai déjà fait mon analyse du sujet: Gusdorf remet donc en question la véracité des autobiographies. Il va même jusqu'à dire qu'un roman est plus près de la vérité qu'une autobiographie.

Je pense donc faire un plan dialectique. Mon developpement serait donc:

1) thèse: à de nombreuses reprises on remarque que Rousseau s'éloigne de son but (embellissement de la réalité: exemple, le mariage des parents). Il devient un personnage de roman dans sa façon de se raconter. les autres aussi : voir certains portraits.

2) antithèse: "énumération" de tout ce qui prouve que les Confessions sont bien une autobiographie.

3) conclusion: bilan mitigé. Finalement, même si Rousseau est dans le fond une autobiographie, on peut y déceler les caractéristiques du roman.

Ce qui me pose problème est

-l'introduction. franchement je n'arrive pas à ammorcer. ma phrase de départ surtout, me pose problème.

-mon plan: n'est il pas un peu trop "simplet ?" que pourrait on rajouter pour rendre mes deux parties plus originale, plus vivantes ?

 

1.Commentaire de la suggestion d'analyse et de développement

 

"J'ai déjà fait mon analyse du sujet: Gusdorf remet donc en question la véracité des autobiographies. Il va même jusqu'à dire qu'un roman est plus près de la vérité qu'une autobiographie.

Il me semble que dire que G.Gusdorf remet signigie qu'un roman est plus près de la vérité qu'une autobiographie est excessif par rapport aux propos tenus. Par contre dire qu'il pousse à comparer le roman et l'autobiographie en soulignant le rapport étroit qui existe entre les deux genres me paraît plus juste.
 
Toute la question d'ailleurs est de savoir s'il s'agit tant de poser un problème de vérité de l'autobiographie qu'un problème de genre . Cela n'exclut pas le problème de vérité dans la mesure où demander si l'oeuvre de Rousseau, les Confessions, est exempte de romanesque, consiste à demander si cette autobiographie est bien aussi objective qu'elle le dit. Mais s'en tenir à cet aspect est méconnaître à mon sens la perspective essentielle ouverte par le sujet et que soulignent les propos de G. Gusdorf.
 

Je pense donc faire un plan dialectique. Mon developpement serait donc:

1) thèse: à de nombreuses reprises on remarque que Rousseau s'éloigne de son but (embellissement de la réalité: exemple, le mariage des parents). Il devient un personnage de roman dans sa façon de se raconter. les autres aussi : voir certains portraits.

2) antithèse: "énumération" de tout ce qui prouve que les Confessions sont bien une autobiographie.

 

Intérêt d'une énumération ? Un devoir de Lettres n'est jamais une énumération dans la mesure où ce type de procédé n'est pas une pensée !

Une preuve repose en principe sur une démonstration.
Par ailleurs, il faudrait encore savoir ce qu'on entend par une démonstration de ce que l'on a affaire à une autobiographie.
 
3) conclusion: bilan mitigé. Finalement, même si Rousseau est dans le fond une autobiographie, on peut y déceler les caractéristiques du roman.
 

C'est l'exemple même de ce que vouloir raisonner à travers un procédé mécanique (thèse antithèse synthèse) ne mène à rien. C'est du même ordre qu'un syllogisme. Pour que le mode d'argumentation reposant sur une thèse et une antithèse est un sens, il faut en réalité avoir d'abord compris les enjeux du sujet et comprendre où il peut vous conduire.

Faute de quoi on définit une démarche creuse qui ne repose que sur un simulacre de pensée.
Enfin, penser repose sur un certain nombre de connaissances.
 
Ce qui me pose problème est

-l'introduction. franchement je n'arrive pas à ammorcer. ma phrase de départ surtout, me pose problème.

-mon plan: n'est il pas un peu trop "simplet ?" que pourrait on rajouter pour rendre mes deux parties plus originales, plus vivantes ?"
 

Ma réponse à ces interrogations est contenue dans mes remarques précédentes. Le blocage vient d'une absence réelle de pensée.

 
 
2. Problèmatique et analyse du sujet
 
"Tout roman, écrit Georges Gusdorf, est une autobiographie par personnages interposés. Inversement, un écrivain, si sincère qu'il soit et se prétende, peut difficilement éviter de jouer avec son propre personnage".
Après avoir lu les 4 premiers livres des Confessions, soutiendrez-vous que Rousseau s'est gardé de tout romanesque ?
 
Le sujet, tel qu'il est posé contient en effet 2 parties qui s'éclairent :

1. Les propos de G. Gusdorf :

  • tout roman est une autobiographie puisque tt personnage représente l'auteur peu ou prou
  • jouer son personnage pour tout écrivain [ss-entendu d'autobiographie] on ne peut s'empêcher de jouer avec son propre personnage
  • donc, l'autobiographie n'est pas un genre si sincère et s'apparente au roman
2. La question qui est posée directement :
  • Dans les 4 premiers livres de Confessions trouve-t-on du romanesque ?
Autrement dit , en répondant à la question posée, on ne peut manquer de tirer des conclusions qui nous ramènent à Gusdorf.
 
Si on répond que les Confessions contiennent du romanesque quelles conséquences cela implique-t-il ?
 
  1. que Rousseau a joué avec son personnage
  2. qu'il n'est donc pas si sincère que cela
  3. que les Confessions démontrent donc bien que l'autobiographie n'est qu'une forme romanesque ss doute, mais qui procéde d'une manière quasiment inversée par rapport au roman traditionnel.
  4. peut-être donc y a-t-il dès lors à porter un autre regard critique ou de lecteur sur l'autobiographie.
Regarder le sujet ainsi élimine tout recours à un plan antithétique; et pourtant à tout moment, on devra penser aux propos tenus par Gusdorf et en tester la validité. Au bout du devoir on peut se demander si le sujet , et son développement ne débouchent pas en fait sur une définition de l'autobiographie ou, moins ambitieusement, sur une réflexion sur sa nature profonde.
 
Dès lors l'introduction ne devrait plus poser de problème
  • Partir de l'affirmation de sincérité évoquée soit dans le pacte autobiographie tel qu'il est défini par Lejeune, soit dans les propos même de Rousseau pour montrer que l'oeuvre autobiographique cherche à se donner un statut d'oeuvre sincère et objective.
  • Introduire ensuite l'opinion paradoxale de Gusdorf, qui permettra d'opposer deux points de vue et donc de glisser sur les problèmatiques du sujet:
  • 1. Rousseau a-t-il ou non joué avec son personnage ?
  • 2. Son oeuvre n'est-elle donc pas une oeuvre où le moi devient un véritable personnage ?
  • 3. Cela ne confirme-t-il donc pas le point de vue de Georges Gusdorf ? Cela n'éclaire-t-il pas du coup le genre autobiographique et le roman sous un jour différent ?
3. Développement
 
Et puis quoi encore ! Je ne vais pas tout faire !! :-)
 

SUJET PROPOSE N° 12
 

"Ecrire une autobiographie, c'est survivre à son passé"

Dans quelle mesure cette affirmation vous paraît-elle s'appliquer au quatre premiers livres des Confessions.
 
Commentaires sur le sujet, pistes de compréhension

Ecrire une autobiographie, c'est a priori raconter son passé. On peut donc supposer que c'est a priori encore parce qu'on est nostalgique de ce passé qu'on s'y replonge . C'est donc une manière de se replonger dans son passé, et on peut penser que c'est ce que fait Rousseau [cela reste bien sûr à montrer].

Et pourtant, dans quelle mesure -contradictoire- en écrivant son passé, l'écrivain en sort -il pour se projeter dans le futur ? C'est là que se situe la difficulté majeure du sujet : en effet, comment montrer que Rousseau se projette dans le futur ? Peut-être d'abord en montrant qu'il y a un mouvement chronologique du passé vers le présent ou le futur selon la façon de considérer les choses. Ensuite, en montrant l'omniprésence du narrateur Rousseau qui au fond ramène tous les récits de son passé à son présent ! N'est-ce donc pas une manière de prendre de la distance avec ce passé, et donc, au fond, malgré la nostalgie, d'admettre que ce passé, s'il est une part constitutive de l'individu, n'est plus le présent actuel de cet individu ?

Si des questions subsistent, si vous souhaitez des éclaircissements, vous pouvez écrire !

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SUJET PROPOSE N° 13

J.J. Rousseau déclare dans sa deuxième lettres à M. de Malesherbes:"...car ce qui peut m'être le plus défavorable est d'être connu à demi " .
 
Les livres des Confessions que vous avez lus,autorisent-ils, selon vous, une connaissance de l'auteur qui vous permet d'avoir sur lui un avis favorable ?

Conseil pour le devoir

 

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SUJET PROPOSE N° 14

Dans le pacte autobiographique, Philippe Lejeune donne la définition suivante de l'autobiographie :
" Récit introspectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité."
Cette formule suffit-elle dans sa forme, dans son contenu et dans sa fonction, à définir l'ensemble des quatre premiers livres des Confessions de J.-J. Rousseau ?
 
 
Analyse de l'élève
 
Pour commencer je ne saisis pas entièrement la signification de la citation : qu'est-ce que la prose ? Et j'ai l'impression que dans les trois idées dégagées ("rétrospectif de sa propre existence, l'accent sur sa vie individuelle, l'histoire de sa personnalité") Lejeune répète trois fois la même chose. De plus la forme des Confessions ? le contenu ? la fonction ? je ne vois pas le lien avec cette citation.
 
Si je devais faire le devoir sans aucune aide, voilà ce que j'aurais fait (résumé) :
 
Intro :
 
Rousseau fait part de sa sincérité dès le début du texte et ne dédaigne pas d'annoncer qu'il va tout dire. On peut également après lecture et réflexion s'apercevoir que Rousseau nous a fait partager l'évolution de sa personnalité en fonction du domaine qui l'entourait (Bossey, Turin, Genève, chaque région a forgé une partie de son caractère) . Nous avons aussi lu une suite d'événements de sa vie personnelle à la manière d'un roman picaresque. Ainsi on peut voir que sa propre existence, l'histoire de sa personnalité et sa vie individuelle ont été abordées. La forme des Confessions présente la vie de son enfance vers l'âge adulte en précisant les répercussions de l'enfance sur cette dernière, le contenu des Confessions est selon J.-J. Rousseau on ne peut plus sincère et très complet , sa fonction est en partie de justifier tout ce que Rousseau est , et ce qu'il a fait de mal.
 
Plan :
 
I. Forme des Confession
 
II Son contenu
 
III Fonction
 
Réponse

1. La prose : Il était aisé de chercher dans un dictionnaire !..C'est la manière habituelle de s'exprimer, la prose s'oppose à l'écriture poétique, aux vers. Mais on pourrait opposer dans la citation de Lejeune le récit en prose au texte théâtral.

 
2. Lejeune se répète : non !
 
  • En parlant de récit rétrospectif de sa propre existence, il distingue par exemple l'autobiographie du journal qui s'écrit au jour le jour.
  • En évoquant l'accent sur la vie individuelle , il souligne que le narrateur va parler de lui . Le problème, c'est qu'en parlant de moi, je peux aussi parler sans cesse des autres et même leur donner une plus grande importance ! Lejeune rappelle que cette vie individuelle est qualitativement et quantativement le centre de l'oeuvre.
  • Enfin , ce n'est pas seulement faire le récit des événements d'une vie, mais celui de la constitution d'une personnalité. Cela signifie que le moi est perceptible dans le roman autobiographique et qu'il est perceptible dans son évolution. Ainsi pour Rousseau , on se rend bien compte que s'il est naïf sur le plan de sa sexualité en entrant à l'hospice des catéchumènes de Turin, il ne l'est plus tant à l'âge où il raconte son histoire.
 
3. La forme des Confessions ? le contenu ? la fonction ?le lien avec cette citation ? : aucun sous cet aspect au sens étroit ! Le sujet vous parle de la forme, du contenu, et de la fonction que la formule définit . Vous sautez un échelon et du coup vous embrouillez ce qui est simple :
 
  • La formule de Lejeune définit une forme . Un récit rétrospectif en prose , c'est une typologie textuelle. C'est une forme de texte
  • Elle définit un contenu : l'oeuvre autobiographique parle de son auteur , de sa vie individuelle.
  • Elle met l'accent sur une fonction : raconter l'histoire d'une personnalité.

4. D'ores et déjà vous me paraissez prendre bien mal votre devoir par rapport au sujet. On n'attend jamais un étalage de choses mais une réflexion sur un problème. Cela suppose donc d'identifier le problème, de le poser et de le résoudre.

 
Or le problème du sujet n'est pas dans la formule de Lejeune directement, il est dans la question que l'on vous pose : cela vous l'avez vu . Par contre vous vous trompez d'éléments dans la question : parler de "forme, de contenu et de fonction", c'est orienter le champ de votre regard, de votre étude. La question de base est de savoir si la formule de Lejeune suffit à définir l'ensemble des 4 premiers livres des Confessions (à travers leur forme, leur contenu et leur fonction).
 
Cela suppose donc bien sûr que dans le travail de réflexion (qui n'est pas la rédaction du devoir !!) vous vous demandiez en quoi la forme, le contenu et la fonction des 4 premiers livres de Confessions justifient-ils la formule de Lejeune. C'est déjà en soi tout un problème.
 
Mais au-delà, peut-être bien aussi que cette formule de Lejeune ne rend-elle compte que partiellement des Confessions : ne s'agit-il dans nos 4 livres que du récit d'un existence personnelle et de l'histoire d'une personnalité ? A l'inverse, peut-être pourrait-on découvrir que les Confessions ne remplissent que partiellement le cadre de Lejeune .
 
Et tout cela aurait donc des conséquences sur la typologie des Confessions.
 
Au travail. Reprenez votre plan et envoyez-moi vos réflexions. Tant pis si ce n'est pas parfait.
 
Pendant ce temps, j'essaie de réaliser en ligne un travail plus complet qui sera sur mon site et dont je vous donnerai l'adresse.
 

Etude du sujet

 

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SUJET PROPOSE N°
15

Quelques mois avant de rédiger son autoportrait dans les Lettres à Malesherbes, Rousseau écrit à un ami : "Je suis persuadé qu'on est toujours très bien peint quand on s'est peint soi-même, quand même le portrait ne ressemblerait point."
Dans quelle mesure cette formule peut-elle s'appliquer aux 4 premiers livres des Confessions ?

 

Analyse d'Elsa :
 
Je n'arrive pas à cerner la problématique du sujet : doit-on dire en quoi le portrait que fait Rousseau de lui-même dans les Confessions est fidèle, objectif , ressemblant ? doit-on parler de sa volonté de sincérité, de transparence ?
Je ne comprends pas très bien la première partie de la phrase de Rousseau : " Je suis persuadé qu'on est toujours très bien peint quand on s'est peint soi-même ".
Je doit rendre ce devoir le vendredi 8 / I . Et pour l'instant c'est l'angoisse de la page blanche !
Merci d'avance de votre aide.
 
Commentaire :
 
Vous posez beaucoup de questions !!!
1.doit-on dire en quoi le portrait que fait Rousseau de lui-même dans les Confessions est fidèle, objectif , ressemblant ?
oui et non ! oui puisqu'il parle d'une peinture bien faite , si vous entendez pas là une peinture ressemblante. Non si vous tenez compte de ce qu'il ajoute "quand même le portrait ne ressemblerait point" : dès lors "on est toujours très bien peint" ne signifie pas tt à fait pour Rousseau être peint avec vraisemblance . Alors, qu'est-ce que cela signifie ?
2. doit-on parler de sa volonté de sincérité, de transparence ?
Rien ne l'interdit, mais le fond du sujet, est bien plutôt qu'est-ce qui fait que lorsqu'un écrivain se peint tt seul au lieu de laisser ce soin à un autre, la peinture est mieux faite ? Parce qu'il se connaît mieux ? Sans doute ! mais peut-être aussi parce qu'il ajoute qchose à la peinture. Or qu'ajoute-t-il d'autre sinon la présence de deux moi ? le rapport de son être plus âgé avec l'être plus jeune ? Et ne se dévoile-t-il pas aussi ainsi ? Ne se connaît-il pas pour expliquer le fond des pensées même si effectivement pour ce faire, il trahit celui qu'il a été ?
Dépêchez-vous de réfléchir à cela et de me dire ce que vous en pensez que nous puissions avancer d'ici le 8/1. Je vous aiderai à élaborer votre devoir et je compte mettre ensuite en ligne quelque chose de consistant sur mon site. Vous serez alors averti.
 
Etude du sujet
 
1. Le portrait est-il ressemblant ?
  • Sans doute Rousseau fait-il une peinture ressemblante dans la mesure où elle est corroborée par les témoignages de ses contemporains.
    • On découvre d'abord la peinture d'un Jean-Jacques à travers le temps : on perçoit les stades différents de son existence en fonction de son âge. A l'enfance succède l'adolescent et le jeune homme . Il est particulièrement évident que l'éveil de la sexualité de Jean Jacques n'est pas située à n'importe quelle période. Cet éveil précède la rencontre d'une enfant de son âge comme Mlle Goton. De même, peu à peu , on découvre un Jean Jacques différent entre l'apparition de ses premiers émois avec Mlle Lambercier, et son amour pour Mme Basile à Turin.
    • Ainsi, il y a au moins une vraisemblance dans la peinture d'un Jean Jacques en évolution tout au long de son récit.
  • Mais en même temps, de nombreuses inexactitudes laissent entrevoir que la peinture ne peut être exacte. D'ailleurs Rousseau nous laisse entendre lui-même que sa mémoire peut être défaillante, simplement souligne-t-il , s'il y a des inexactitudes, elles ne sont pas volontaires et il a cherché à rester fidèle à l'esprit des faits et de ce qu'il était.
 

Dès lors, Rousseau met bien l'accent sur l'essentiel pour lui dans ces Confessions : certes être fidèle à ce qu'il décrit, mais plus qu'une description fidèle atteindre sans doute une dimension profonde qui dépasse le portrait extérieur. Et dès lors se pose avec acuité le rôle et la nature du peintre lui-même.

 
2. Dans quelle mesure cependant la peinture peut-elle être bonne ?
En effet, on peut se rendre compte que le portrait qui est fait de Jean-Jacques est multiple, comme si les perspectives apparaissaient sous des angles différents.
 
Ainsi , on peut déjà être sensible à la différence entre le regard que nous pouvons poser sur le portrait qui nous est fait et sur le regard de l'auteur lui-même. Par exemple l'épisode du ruban volé, nous laisse pantois devant les explications de l'auteur justifiant sa réaction d'alors par la honte sous le regard des autres.Bien sûr, le portrait est cohérent avec lui-même, mais Rousseau nous paraît peu conscient de la gravité des conséquences de son acte, ou en tout cas il s'en exonère bien vite. Le portrait de Rousseau nous apparaît dès lors selon deux modes : celui de Jean-Jacques et celui de Rousseau : et les deux semblent empreints d'une continuité surprenante du moi ! Un autre exemple du même genre pourrait être relevé dans le traitement de l'histoire de l'homme au sabre. Rousseau passe bien vite sur son exhibitionnisme pour amuser le lecteur comme il s'amuse de son innocente ingéniosité lorsqu'il se trouve pris au piège. Il nous amuse enfin de la conclusion de l'affaire lorsqu'il tombe nez à nez sur l'homme au sabre en pleine rue....pourtant, sommes-nous dupes un tant soit peu , si nous nous interrogeons sur les faits ?
 
Une autre distortion est perceptible différemment : c'est le regard cette fois de Rousseau qui diverge de celui de Jean-Jacques. Ainsi de l'état d'esprit de Jean-Jacques lorsqu'il part de Genève et que Rousseau nous explique - vu à son âge- l'état d'esprit qu'il aurait dû avoir !
 
Le rapprochement entre ces deux manières de lire les Confessions est sans doute édifiant . Il nous permet de comprendre que derrière le portrait qui est fait d'événements, ce qui importe n'est d'abord pas tant l'événement en soi.
 
L'éveil de la sexualité a lieu à un moment ou à un autre chez tous les enfants. En parler n'a au fond pas tellement d'intérêt . L'intérêt est peut-être d'une part de saisir comment cet éveil se fait et surtout la conscience que Rousseau en a et le prolongement qu'il en donne. Oui, Rousseau a conscience d'une sexualité pour le moins surprenant puisqu'il en a honte. Mais en même temps, il semble accepter cela comme un fait pour le dépasser à travers l'enseignement qu'il entend réaliser, lui, Rousseau devenu auteur , pour édifier les pédagogues futurs sur la psychologie de l'enfant et de l'adulte. Ce faisant, nous saisissons le fait dans son intimité pour Jean-Jacques comme pour Rousseau et nous saisissons aussi le regard moral de Rousseau sur cette intimité. Tout se passe comme si Rousseau signifiait qu'il est solidaire de Jean-Jacques dans la continuité de son moi qu'il dévoile devant tous; mais en même temps, l'adulte a conscience de ce que ce moi présente un écart à la norme. Et aussitôt, cet écart est dépassé comme s'il entrait dans un dessein plus vaste qui s'inscrit sans doute dans deux plans . Le premier de ces plans, c'est l'homme et ses faiblesses : l'homme n'est pas Dieu : il est normal qu'il soit faible; le second étant que la particularité de Jean Jacques importe peu en soi, mais elle éclaire la distortion entre les intentions du pédagogue et le résultat obtenu.
 
Et dès lors, ce ne sont pas deux regards qui nous sont dévoilés, mais trois, véritable superposition des consciences ou du moi de Rousseau.
 
A travers cette densité de l'analyse, n'est-ce donc pas le véritable Rousseau que nous saisissons ? Celui qui est à la fois auteur, philosophe, homme enfin et qui revit son passé à travers des états différents selon la fonction qu'il se donne ? On comprend alors comment Rousseau a pu dire qu'on était toujours très bien quand on était peint par soi-même ! Loin d'être une boutade, c'était le sentiment intime d'une justesse inégalable d'approche du moi par l'autobiographie. N'était-ce pas au fond percevoir l'un des intérêts majeurs de ce genre littéraire ?
 
3. N'est-ce pas en réalité l'autobiographie même que Rousseau définit sous cette forme ?
 

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SUJET PROPOSE N°
16

A travers les 4 premiers livres des Confessions , Rousseau relate les voyages qu'il a fait à pied au cours de sa jeunesse. Dans quelle mesure ces évocations font elles percevoir l'originalité de cette oeuvre ?
 
Les voyages
voir par exemple la chronologie du livre 4 à laquelle on pensera à adjoindre le départ de Jean-Jacques à la fin du livre II , son voyage à Turin, son départ avec Bacle...
Quelles sont les caractéristiques de ces voyages ?
  • Ils se font à pied
  • Ils sont généralement l'occasion d'un certain plaisir de Jean-Jacques, plaisir exprimé de manières différentes mais explicite au livre IV.Voir par exemple le passage où Rousseau évoque son regret de n'avoir pas fait de journaux des voyages qu'il a faits.
  • Rousseau indique aussi que ce qu'il aime dans ces voyages, ce sont les paysages, mais aussi la possibilité de laisser vagabonder son esprit.
  • On remarquera aussi que les voyages sont un moyen pour Rousseau d'imaginer ce qui pourrait l'attendre....et ce qu'il imagine est toujours une vision romanesque.
  • Enfin, les voyages sont aussi prétexte à renouveler l'intérêt et la découverte puisqu'en changeant de lieu Rousseau connaît de nouvelles aventures.
Etude du sujet
 
Pour commencer le sujet :
on pourrait partir du paradoxe apparent des Confessions : une oeuvre commencée sous les auspices d'une justification ou d'une expiation et qui glisse, à mesure qu'on arrive vers le livre IV, vers une évocation de voyages et devient presque, en apparence, un récit de voyage.
 
S'agit-il d'un manque de cohésion de l'oeuvre ? N'y a-t-il pas bien plutôt chez Rousseau l'utilisation du voyage comme d'un élément central de l'oeuvre qui renouvelle l'autobiographie tout en renforçant les thèmes et les messages essentiels de son auteur ?
 
1. Les voyages forment une trame omniprésente tout au long des Confessions.
  • Livre I :
    • on évoque dès le début les voyages de l'oncle Bernard dans l'Empire et en Hongrie et ceux du père de Jean Jacques à Constantinople.
    • puis Jean-Jacques se rend à Bossey, en revient pour Genève. Il se rend aussi à Nyon pour y retrouver son père
    • enfin, il quitte Genève
  • Livre II
    • Après avoir traîné dans les environs de Genève, Jean Jacques se rend à Confignon , puis à Annecy pour rencontrer Mme de Warens. De là il part à Turin.
  • Livre III
    • C'est le voyage avec Bâcle qui le conduira de Turin à Annecy chez Mme de Warens, via Chambéry.Voyage à Lyon avec Le Maître sur les ordres de Mme de Warens, retour à Annecy.
  •  
2.Ils sont en réalité plus qu'une simple digression : ils sont la respiration profonde de l'oeuvre.
3. Ils sont en fait plus que la respiration profonde de l'autobiographie de Rousseau puisqu'ils permettent de comprendre en réalité la nature profonde de l'oeuvre.
 
 

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SUJET PROPOSE N° 17

"Rousseau, sous l'influence de ses lectures romanesques, presente en plus d'une page, l'enfant ou l'adolescent qu'il fut comme un heros de legende ou de roman, mais c'est souvent conscienciensement : le gout de son siecle pour la parodie heroï-comique lui suggère le decalage ironique entre les aspirations ou les ambitions du personnage et la trivialite de situations réelles dans lesquelles il se debat"
 
Votre lecture des livres I à IV des Confessions vous permet -elle de confirmer ce jugement de Jacques Voisine ?

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SUJET PROPOSE N° 18

Un critique contemporain écrit : " Les Confessions n'ont pas seulement pour fonction d'être une justification et un témoignage ; pour Rousseau meurtri, elles sont une consolation, une chanson qui berce la misère humaine."
 
Vous direz en quoi cette citation peut s'appliquer aux 4 premiers livres des Confessions.

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SUJET PROPOSE N° 19

Dans les Antimémoires, André Malraux dit préférer la lucidité à la sincérité et prend ses distances avec le genre autobiographique : "Il n'est pas nécessaire de modifier les faits : le coupable est sauvé non parce qu'il impose un mensonge, mais parce que le domaine de l'art dépasse celui de la vie. L'orgueilleuse honte de Rousseau ne détruit pas la pitoyable honte de Jean-Jacques, mais elle lui apporte une promesse d'immortalité. Cette métamorphose, l'une des plus profondes que puisse créer l'homme, c'est celle d'un destin subi en destin dominé."
 
En vous appuyant sur les quatre premiers livres des Confessions, vous commenterez ces propos qui mettent l'accent sur la littéralité de l'autobiographie.
 
Reflexions de l'élève
 
Après avoir réfléchi au sujet, il m'a semblé que l'enjeu du devoir est de montrer, comme le dit Malraux lui-même, que "l'art est un antidestin", c'est- à-dire que l'écriture des Confessions confère à Rousseau "l'éternité". Mais le problème majeur qui s'est posé à moi est le choix d'un plan. J'ai alors pensé à mettre en oeuvre un plan par thèmes, regroupant dans une première partie la lucidité et la sincérité, dans une seconde l'art dépassant la vie et enfin, dans une troisième partie, l'immortalité obtenue par l'artiste. Mais ce plan ne me paraît pas convaincant, compte tenu de la ressemblance entre les deux dernières parties. De plus, si la lucidité et la sincérité semblent assez simples à traiter, le thème de la vie dépassée par l'écriture me paraît beaucoup plus difficile à dégager à partir des Confessions (je ne vois en effet aucune "entrée").Enfin, l'immortalité par l'écriture est un thème plutôt facile à comprendre mais là encore, le traiter par l'analyse d'exemples précis de l'oeuvre me "laisse de glace".
P.S: Pensez-vous que la "pitoyable honte de J-J" soit à traiter avec attention, ou s'agit-il simplement d'un exemple pour une meilleur compréhension du sujet ?
 
Commentaires
 
Une approche tout à fait remarquable d'un sujet difficile, même très difficile...mais il est bien entendu évident que plus un sujet est difficile, plus il est intéressant ! Et je vous remercie de me l'avoir envoyé !
 
Plus directement, vous avez parfaitement compris le thème et le mouvement du sujet et donc du devoir. Pourquoi donc vous embarquer dans des histoires de "plan par thèmes" alors que la base de la dissertation, je le répéte à tous les devoirs, est de poser un problème et d'y répondre !
 
Quel problème ou quels problèmes pouvez-vous poser par rapport au sujet ?
 
 
  • l'aspect de la littéralité de l'autobiographie : c'est un problème qui peut se poser à deux niveaux du devoir. Que signifie l'expression ?
  • le rapport entre le héros et sa culpabilité : l'ordre que Malraux établit est-il l'ordre que Rousseau semble établir ? Autrement dit , la fonction de l'autobiographie de Rousseau est-elle là où Rousseau (ou ses analystes) pense qu'elle se trouve ?
  • La dimension que Malraux donne à l'autobiographie, ne réduit-elle pas celle-ci à une oeuvre artistique comme les autres ? Est-ce réellement par là qu'elle s'impose ?
 
Ne pas négliger non plus des éléments en apparence plus secondaire mais qui permettent de "recadrer" le sujet
  • le fait qu'on signale qu' André Malraux dit préférer la lucidité à la sincérité et prend ses distances avec le genre autobiographique;
  • la différence mentionnée par Malraux entre la honte "orgueilleuse" de Rousseau et celle "pitoyable" de Jean-Jacques.
Ces éléments permettent en effet de comprendre ce que Malraux entend par lucidité au détriment de la vérité, de la sincérité . Que Rousseau soit orgueilleux ou pitoyable quand il a honte, il témoigne de la lucidité de ce qu'il a fait et de ce qu'il écrit. Et par là l'oeuvre prend une dimension qui la situe hors du temps. De même les propos de Rousseau et les faits de Jean-Jacques s'inscrive dans une dimension qui dépasse ces faits mêmes puisqu'ils s'inscrivent dans une sorte d'éternité humaine.
 
 
Ensuite, il restera à se préoccuper de la question clé que l'on veut adopter par rapport au sujet, et donc du mouvement d'ensemble du texte.
 
Dès lors, le mouvement que je vous propose n'est qu'un éclairage du sujet et du devoir, il n'est pas -bien entendu- la seule manière de traiter le devoir.
 
 
Pistes de reflexions pour le devoir
Dans les Antimémoires, André Malraux dit préférer la lucidité à la sincérité et prend ses distances avec le genre autobiographique : "Il n'est pas nécessaire de modifier les faits : le coupable est sauvé non parce qu'il impose un mensonge, mais parce que le domaine de l'art dépasse celui de la vie. L'orgueilleuse honte de Rousseau ne détruit pas la pitoyable honte de Jean-Jacques, mais elle lui apporte une promesse d'immortalité. Cette métamorphose, l'une des plus profondes que puisse créer l'homme, c'est celle d'un destin subi en destin dominé."
 
En vous appuyant sur les quatre premiers livres des Confessions, vous commenterez ces propos qui mettent l'accent sur la littéralité de l'autobiographie.

SUJET PROPOSE N° 20
Oeuvre de référence : Les Confessions Livres I à IV de JJ Rousseau.
Pascal écrit à propos des Essais de Montaigne : "le sot projet que Montaigne a de se peindre."
Voltaire répond : "Le charmant projet que Montaigne a de se peindre..."
Transposez ce débat aux Confessions de JJ Rousseau en analysant les raisons qui permettent de contester ou de justifier le projet autobiographique. Ordonnez votre réponse pour aboutir à un resultat cohérent fondé sur un connaissance précise de l'oeuvre.
 
 

SUJET PROPOSE N° 21
 
S'inspirant à la fois de l'oeuvre de Milton, Le Paradis Perdu , et de Proust, A La Recherche Du Temps Perdu , Marcel Raymond écrit à propos des quatres premiers livres des Confessions "l'itinéraire de Jean-Jacques Rousseau me parait être celui d'un individu à la recherche du paradis perdu". En quoi ce jugement vous parait-il s'appliquer à l'oeuvre au programme?
 
 

SUJET PROPOSE N° 22
 
Comment Rousseau intervient-il dans la narration? (livre 1à 4)
 
 

SUJET PROPOSE N° 23
 
Dans quelle mesure peut-on dire que, dans les quatre premiers livres des Confessions, Rousseau reconstruit sa jeunesse plus qu'il ne la raconte ?
 
> Reconstruire sa jeunesse parce que la raconter, n'est pas la reconstruire !!
> Si je reconstruis, je modifie les choses et les perspectives. Comment Rousseau peut-il reconstruire sa jeunesse ?
> € il faut noter ce qu'on comprend de ce qu'il était (par exemple, un chapardeur, un jeune inconscient dans une certaine mesure, un bon-à-rien ..)
> € hors, comment se présente-t-il ? Même quand il évoque ses défauts, comment les fait-il passer ? Dans l'épisode de l'homme au sabre, remarquez par exemple comment il glisse sur l'exhibitionnisme pour nous faire rire d'une mésaventure romanesque et rocambolesque ! Comme cela on oublie la réalité, le fondement !
> C'est cela reconstruire sa jeunesse.

SUJET PROPOSE N° 24
 
 

SUJET PROPOSE N° 28
Exposé: "L'éducation dans les 4 premiers livres des Confessions."
 
Plan élève
 
Voici le plan que je comptais utiliser :
 
1 Education que J.J a reçue :
A Dans son enfance
B Q'il s'est imposé de part ses experiences.
 
2 Education qu'il donne
A Voir L'Emile .
B Qu'il enseigne au lecteur par ses reflexions sur la psychologie.
 
Si vous regardez l'intro que je vous propose, vous voyez que je pose deux autres problèmes que vous n'abordez pas : le rôle de l'éducation dans les Confessions et peut-être aussi la notion d'importance de cette étucation.Vous semblez plutôt vous concentrer sur la forme de l'éducation dans les Confessions.
 
Poser l'introduction & définir les axes du sujet
 
Il faut poser votre sujet en intro. Je pense que la meilleure manière consiste à s'interroger sur ce qui fait l'intérêt d'un tel sujet :
€ le fait que Rousseau fasse référence à l'éducation dans l'épisode de la fessée dans le livre I
€ le fait qu'il évoque dans toute la fin du livre I la mauvaise influence des fréquentations et des mauvais maîtres
€ le fait qu'il souligne l'importance du milieu de son éducation dans sa petite enfance et après à Bossey chez les Lambercier.
 
Tout cela justifie que l'on se penche sur la place, la forme et le rôle l'éducation dans les 4 premiers livres de Confessions.
 
 
1. La place de l'éducation dans les Confessions
 
 
  • Tout au long des 4 premiers livres
  • Mais de manière privilégiée dans les 2 premiers livres
=>C'est dire assez l'importance du sujet pour Rousseau
 
2. La forme de l'éducation
 
  • L'éducation organisée que reçoit JJ
- par son père (bien qu'elle soit plus fondée sur la liberté de lire)
- par l'entourage familial (une éducation marquée par l'absence de toute contrainte mais par un exemple moral constant, par une affection qui place l'enfant au coeur du monde des adultes et qui le porte à naturellement bien faire)
- celle du pasteur Lambercier et de sa soeur
- celle néfaste de ses maîtres d'apprentissage
 
  • L'éducation de JJ par l'expérience
- celle qu'il développe au contact de ses camarades apprentis
- celle de l'amour
avec Mlle Goton, avec surtout la désillusion occasionnée par Mlle Vulson
avec Mme de Warens, Mme Basile, et Mlles de Grafenried et Galley...
- celle de la sexualité et de l'homosexualité :
avec la fessée de Mlle Lambercier
avec l'expérience d'hommes qui tentent de le séduire.
 
=> En somme toute cette éducation n'est rien d'autre que celle de la vie après celle de la société.
 
  • Mais Rousseau éduque son lecteur en lui faisant part de ses réflexions
En effet, Rousseau non seulement nous fait vivre ses expériences et donc ses formes d'éducation, mais de surcroît il profite à travers ses réflexions pour nous éduquer :
 
  • A la psychologie enfantine
  • A la psychologie de l'adolescent voire de l'homme en général
  • Il nous enseigne aussi à ne pas juger l'individu sur ses seules apparences mais à comprendre que les apparences peuvent nuire injustement à un individu qui est loin d'être si sot qu'il puisse y paraître
 
3. Le rôle de cette éducation
 
 
  • En premier elle semble n'être que l'expression du récit d'une vie : l'homme se définit semble-t-il avant tout comme un être qui apprend et qui d'ailleurs apprend toute sa vie.
 
  • Mais l'éducation est aussi un moyen pour Rousseau de situer ses Confessions de manière multiple
    • par rapport à ses responsabilités dans les erreurs de sa vie
    • par rapport à sa philosophie
    • par rapport aussi à la vision qu'il se fait de l'être humain et tout particulièrement de l'enfant.