Lettres angevines

par Yvon JOSEPH-HENRI

SUJETS DE DEVOIR

Divers

Hugo Baudelaire Zola Barrès Verlaine


AXES D'ETUDE ET CONSEILS


1.0 COMMENTAIRE COMPOSÉ : Victor Hugo , Les Contemplations, V, 23 Pasteurs et troupeaux

A. Analyse du texte

Effectivement, le texte est un texte difficile pour l'aborder sous la forme d'un commentaire composé. A quoi est dûe cette difficulté ?

Essentiellement à l'entrelacement d'idées, de thèmes différents et qui semble se faire écho et traduire quelque chose de perceptible mais de difficilement reconnaissable.

Par exemple, le premier vers est agréable "Le vallon où je vais tous les jours est charmant"

La scène de la mare qui semble un flot pour la fourmi (vers 15 à 18) est amusante

L'évocation du mouton qui laisse sa toison aux buissons " à qui la bise le reprend " (v.31) est tendre et poétique, tout comme le chant de "la douce chevrière" (v.36)

Enfin, l'apparition de la lune et son action qui "Disperse à tous les vents [...] / La laine des moutons sinistres de la mer" (v.43 à 47) traduit une sorte d'éclat heureux, sous la forme d'une apothéose.

D'où vient alors cette impressions d'ambiguïté ?

Soit de notations peu attendues au détour d'un vers , comme "abandonné , seul" v.2 qui se glisse entre "serein" et "firmament" pour qualifier le vallon dont on a précédemment relevé la description si positive.

Ou bien encore de l'opposition " noirs granits bourrus, puis des mousses riantes " (v.11), de celle qui apparaît entre le poète "sombre esprit" (v.25) et la jeune chevrière "elle étant l'innocence" (v.27).

D'autres termes sont encore plus frappants : "sourire triste" (v.3), les "ailes de fantôme et de chauve-souris" (v. 34)

Si on approfondit encore, le texte révèle une sorte de dichotomie -une dualité alternée- entre par exemple la versification (rime suivie ou plate c'est-à-dire 2 rimes masculines, 2 rimes féminines), ou encore la solitude du lieu et le bruit des travailleurs dans les champs, ou encore la solitude du poète et la jeune fille accompagnée de ses chèvres, ou encore l'âge et tout se qui éloigne l'homme sombre et la jeune fille innocente...Enfin, comment ne pas relever à la fin l'alternance entre le pâtre promontoire -masculin et homme- et l'élévation (sic) de la lune qui tel un ostensoir, en s'élevant dans le ciel, éloigne l'amertume et les sombres pressentiments ? Comment ne pas relever des expressions comme "Il vous fait oublier que quelque chose existe" (v.4) qui glisse doucement vers "On ne saurait plus là si quelqu'un vit ailleurs" ? Comment ne pas noter qu'insensiblement l'auteur évoque deux mondes ?

Enfin, on notera le mouvement dual et inversé du texte : on suit une chronologie puisque peu à peu le soleil se couche et que la lune se lève; mais cette lune est en réalité l'astre de l'espérance -contrairement à l'habitude d'évoquer un nouveau jour-

B. Axes d'études pour un commentaire composé

Le texte tel qu'il a été donné ne donnait pas la précision qui figure dans l'édition du Livre de Poche classique (1964) dont je dispose : A madame Louise C.. Nous nous placerons donc comme l'élève qui découvre en cours ce poème avec les indications dont il dispose.

Première indication : Les Contemplations et le Livre V . Quelqu'un qui connaît un peu Hugo peu savoir que Les Contemplations à été publié en 1854 alors que Hugo était en exil à Jersey . De cette oeuvre, il dira en introduction « Qu'est-ce que les Contemplations ? C'est ce qu'on pourrait appeler , si le mot n'avait quelques prétentions, les Mémoires d'une âme »; et ajoutera un peu plus loin : « Nous venons de le dire, c'est une âme qui se raconte dans ces deux volumes : Autrefois, Aujourd'hui. Un abîme les sépare, le tombeau ». Car, les Contemplations retrace le cheminement de Hugo marqué par la mort de Léopoldine. Ramener tout le livre à tout cela est insuffisant mais cela en donne la dimension exceptionnelle d'un homme qui a réussi à sortir péniblement du désespoir et montre la voie aux autres hommes.

Le deuxième tome est donc intitulé Aujourd'hui , et il comprend les livres IV, V et VI, donc le poème Pasteurs et troupeaux . A ce propos, il paraîtrait intéressant de s'interroger sur le rapport entre le titre et le poème . Quel rapport entre une promenade de Hugo et Pasteurs au pluriel et troupeaux au pluriel ? Ne voyons-nous pas non plus la promenade de Hugo s'allonger pour rejoindre «le pâtre promontoir au chapeau de nuées» qui s'accoude et rêve ? N'est-ce pas donc à la fois une personnification métaphorique du promontoir et une identification, une projection de Hugo sur lui ? N'est-ce donc pas une métaphore filée où Hugo rejoint la jeune innocente et ses chèvres, face à une nuit où la lune disperse ses sinistres pensées. N'est-ce pas l'avènement d'un monde attendu, d'une fin d'exil ? [Hugo est en exil parce qu'il s'oppose à Louis-Napoléon depuis 1852 et ne reviendra qu'en 1870 à la chute de l'Empire].

Derrière la multitude de pistes, de nombreux choix sont possibles et il ne m'appartient pas de décider à la place de chacun.

Par contre, on peut s'appuyer sur 2 ou 3 axes selon un cheminement simple qui part du degré simple et concret du texte, pour suggérer que ce premier degré est doublé d'indices qui le modifient et le transforment peu à peu en un message symbolique:

1. Une promenade

2. La dimension ambiguë de cette promenade ou la transformation d'un univers réel en univers symbolique

3. Le sens prophétique du texte : Hugo, le poète-phare.

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1.1 COMMENTAIRE COMPOSÉ : Victor Hugo , Les Contemplations, V, 23 Pasteurs et troupeaux

A. Analyse du texte

1. Vous avez bien fait de jeter d'abord un oeil sur le texte, en vrac, sans idée de commentaire composé.
Que constate-t-on ?
 
a. Récit parfois à la 3ème personne ... qui parle ? à qui ?
b. Dialogue ou monologue <=> discours :
- §1 : dialogue entre (qui ?) et un passant
- plus loin les feuilles des bois parlent
mais ce discours de feuilles des bois, qui le transcrit sinon le poète ?
c. Tout ceci est vous dit-on dans mon édition proche de l'inspiration germanique. En quoi ?
- d'abord par les thèmes romantiques :
- scène dans la nature
- scène le soir
- évocation du sabbat des sorcières (la nuit des Walpurgis ? orthographe à vérifier), du clair de lune, du chant du coq (allusion aux légendes qui font fuir fantômes et sorcières au permier chant du coq)
- dimension fantastique + mystère
 
- évocation ensuite de l'Autriche, de scènes de chasse (pas exclusif à l'Allemagne tout de même)
 
d. Tout ceci évoque à travers une scène de Sabbat un sorte de Chasseur Noir (notez les majuscules qui en font un individu particulier, symbolique et mythique) qui n'est autre au fond qu'un justicier, qui traque le soir dans les forêts bêtes et gens malfaisants. Mais surtout un justicier qui n'a peur de rien ni de personne..... Sorte de Roi des Aulnes de la légende de Goethe en différent parce que celui de Goethe dévorait les petits enfants.
Et cette scène de Sabbat se déroule la nuit.....et lorsque le jour paraît tout a repris sa place comme s'il s'agissait d'un cauchemar, autre thème favori des romantiques.
 
e. Un rythme apparemment simple , proche d'un conte, d'un poème romantique qui évoque les rêves, les cauchemars, mais nettement construit selon deux rythmes distincts qui traduisent deux temps distincts :
1. §§ :
8
8
4
8
4
pour la longueur des vers et cela concerne les strophes : 1+3->8+10
 
2.§§
9
5
9
5
9
5
pour la longueur des vers et cela concerne les strophes : 2-9-11 mais en réalité,
la strophe neuf n'est que répétée en 11 comme une sorte d'écho....qui nous renvoie
à une sorte de simplicité de la construction au fond dans la mesure ou si
on enlève cette strophe 11 , on s'aperçoit d'une construction très claire du poème :
1. Introduction.§1
2. Mise en oeuvre des feuilles des bois (le vent se lève...) §2
3. Le discours des feuilles des bois §3-8
4. Mise en oeuvre des feuilles des bois (le vent s'apaise...) §9
2. Conclusion : le Chevalier Noir est un Ange blanc, la France.
Explication métaphorique du sens du poème § 10
3. Echo de la strophe 9 (§11)....effet théâtral et musical....mais
effet rempli de sens.
 
f. Au-delà on découvre aussi autre chose :
 
un rythme obsédant par les impératifs
un rythme par les répétitions de mots, ou les anaphores,
un rythme obsédant par l'effet de tempête, de violence qui se retrouve dans le poème et ses images
la répétition du vers isolé : "Les feuilles des bois -" (5fois)
la construction des strophes du discours des feuiles des bois qui invoquent le Chasseur Noir => la notion d'invocation renvoyant encore plus explicitement à une nuit de Sabbat où l'on invoque Satan ou le Diable, en tout cas des puissances maléfiques.
Une dimension satirique dans l'opposition entre la dimension hyperbolique du conte et son caractère fantastique et au fond l'image révélée comme une surprise à la fin : inversion Noir/Blanc le fait aussi qu'on puisse comprendre qu'il s'agit chaque fois de fustiger Napoléon III et son régime (le brigand Bonaparte....gardé pour la fin !)
 
Et c'est évidemment cette dimension satirique qui permet de comprendre qu'au bout du compte il s'agit dans ce poème de faire deux choses :
1. Continuer à clouer au pilori Bonaparte le brigand
2. Annoncer le titre de cette 7ème partie et mieux la dernière partie : Lux ! Autrement dit cela permet de mettre en évidence la construction et la cohérence du recueil.

B. Axes pour un plan de commentaire composé

Comme plan pour votre commentaire, vous pourriez effectivement par évoquer
 
1. Soit l'importance de la nature, soit une scène de chasse en forêt
2. Montrer la dimension fantastique et romantique du passage
3. Qui cependant fait semblant de cacher une satire virulente qui continue tout en annonçant la victoire selon le plan que Hugo s'est tracé.
 
Il y a évidemment d'autres plans possibles
 

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2. COMMENTAIRE COMPOSÉ : Baudelaire . Une Charogne , Les Fleurs du Mal .

A. Elements pour une introduction

a) Poème XXIX qui suit "le serpent qui danse","sed non satiata" ou encore le poème XXV qui commence par "Tu mettais l'univers entier dans ta ruelle,/Femme impure !". Tout ceci pour évoquer l'environnement décomposé dans lequel se situe le poème.

b) Rappeler ce qu'évoque le poème : une sorte de lettre ou de discours du poète à celle qu'il aime -ou qu'il fréquente- pour lui dire que seul le poète-ou l'amant- peut garder l'éternité d'une forme dans sa beauté : le temps en effet détruit tout et la beauté devient laideur.

c) Souligner d'abord la parenté de ce poème avec le Carpe Diem d'Horace mais aussi de Du Bellay dans Mignonne allons voir si la rose... ou Quand vous serez bien vieille au coin du feu... Ce n'est pas du tout anodin dans la mesure où un poète, comme un peintre, travaille aussi à renouveler nos modèles. De ce rapprochement saute aux yeux ce qui différencie les poèmes. Certes, on peut être choqué déjà par Du Bellay quand il parle d'une "vieille accroupie"...que dire de Baudelaire, alors ? Et de toute évidence, ce poème choque, révulse.

d) Et pourtant, au-delà de cette brutalité, Baudelaire ne nous convie-t-il pas à comprendre que la beauté de la forme, la beauté du monde, peut-être faite de laideur ? N'est-ce pas d'ailleurs là tout le sens de son titre, "Les Fleurs du Mal" ?

B. Une description repoussante

•Champ lexical :

 
mort :
carcasse,une chienne, squelette, le morceau,ossements
ordure, décomposition :
charogne infame, pourriture , horrible infection
  • signes : vermine, larves, mouches
  • odeurs: exhalaison, puanteur, putride
  • aspect :suant, noirs, épais liquide
  • décomposition : haillons
 
•Accumulation
•Amplification
 

C. Une invitation à réfléchir à l'oeuvre de l'artiste

1° Par la mise en évidence de la beauté

2° Par la réflexion sur la création

3° Par la prise de conscience du rôle de l'artiste

3. COMMENTAIRE COMPOSÉ : Zola . Le départ d'Etienne , Germinal .

TEXTE:

Mais Etienne, quittant le chemin de Vandame, débouchait sur le pavé. A droite, il apercevait Montsou qui dévalait et se perdait. En face, il avait les décombres du Voreux, le trou maudit que trois pompes épuisaient sans relâche. Puis, c'étaient les autres fosses à l'horizon, la Victoire, Saint-Thomas, Feutry-Cantel; tandis que, vers le nord, les tours élevées des hauts fourneaux et les batteries des fours à coke fumaient dans l'air transparent du matin. S'il voulait ne pas manquer le train de huit heures, il devait se hâter, car il avait encore six kilomètres à faire.

Et, sous ses pieds, les coups profonds, les coups obstinés des rivelaines continuaient. Les camarades étaient tous là, il les entendait le suivre à chaque enjambée. N'était-ce pas la Maheude, sous cette pièce de betteraves, l'échine cassée, dont le souffle montait si rauque, accompagné par le ronflement du ventilateur ? A gauche, à droite, plus loin, il croyait en reconnaître d'autres, sous les blés, les haies vives, les jeunes arbres. Maintenant, en plein ciel, le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourrissier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s'allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d'un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s'épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapporchés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'aster, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur qu ela campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre.

A.Reflexion sur le texte

1. Ce sont les deux derniers paragraphes du roman. Après l'échec apparent de la grève, la direction de la mine réclame le départ d'Etienne et les mineurs sont contraints de reprendre le travail avec un fort sentiment d'échec.Etienne, lui, s'en va persuadé qu'il va pouvoir travailler à Paris à l'organisation d'un syndicat puissant et fort et qu'au fond, la grève va porter ses fruits et qu'un jour les ouvriers pourront enfin connaître une vie décente.

2. Ce départ d'Etienne est à rapprocher, pour mieux en percevoir la symbolique, et pour ceux qui ont le livre, du premier chapitre, l'arrivée d'Etienne à la mine de Montsou . Autant son arrivée est marquée par le froid, l'obscurité, la solitude physique et morale, autant le départ est marqué par l'impression de solidarité et de chaleur sur un jour qui se lève rapidement, porteur de promesses.

3.On pourra noter un certain nombre d'effets : style indirect libre qui traduit l'étonnement d'Etienne, sa découverte, mais qui s'associe aussi aux effets de détermination spatiale ("sous ses pieds";"A gauche, à droite, plus loin";"sous les "). A propos de ces effets, on peut souligner aussi une gradation qui conduit à un élargissement de la description et de l'effet ( sous ces pieds < multiplication des lieux - à gauche, à droite, plus loin, sous les, les, les<

B. Elements pour une introduction

C. Les axes thématiques

D. La conclusion

 

4. Commentaire composé : Maurice Barrès, La Colline inspirée

Texte

En automne, la colline est bleue sous un grand ciel ardoisé, dans une atmosphère pénétrée par une douce lumière d'un jaune mirabelle. J'aime y monter par les jours dorés de septembre et me réjouir là-haut du silence, des heures unies, d'un ciel immense où glissent les nuages et d'un vent perpétuel qui nous frappe de sa masse.

Une église, un monastère, une auberge qui n'a de clients que les jours de pélerinage, occupent l'une des cornes du croissant; à l'autre extrémité, le pauvre village de Vaudémont(1), avec les deux aiguilles de son clocher et de sa tour, se meurt dans les débris romains et féodaux de son passé légendaire, petit point très net et prodigieusement isolé dans un grand paysage de ciel et de terre. Au creux, et pour ainsi dire au coeur de cette colline circulaire, un troisième village, Saxon (1), rassemble ses trente maisons aux toits brunâtres qui possèdent là tous leurs moyens de vivre : champs, vignes, vergers, chènevières (2) et carrés de légumes. Sur la hauteur, c'est un plateau, une promenade de moins de deux heures à travers des chaumes et des petits bois, que la vue embrasse et dépasse pour jouir d'un immense horizon et de l'air le plus pur. Mais ce qui vit sur la colline ne compte guère et ne fait rien qu'approfondir la solitude et le silence. Ce qui compte et ce qui existe, où que nous menions nos pas en suivant la ligne de faîte, c'est l'horizon et ce vaste paysage de terre et de ciel.

_______________

1. Vaudémont, Saxon : deux villages lorrains
2. Chènevières : champs où l'on cultive le chanvre.

Questions (4 points)

1. D'après quels indices, présente dans "en automne[…] de sa masse" et dans "Mais ce qui vit […] et de ciel") , peut-on dire que le texte revient sur lui-même ? (2 points)

2. Au début du second paragraphe, du début du paragraphe à "l'air le plus pur", comment la description est-elle organisée ? (2 points)

Faites un commentaire composé (16 points)

A. Reflexions sur le texte

 

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