LETTRES ANGEVINES par Yvon JOSEPH-HENRI

Rousseau

1. Eléments de Cours


B. Livre II.

REPERAGES LIVRE II

ANALYSE LIVRE II

Chronologie

Impressions générales

Transcription Livre II

Rousseau et ses fautes

Commentaire

Les femmes

LES OEUVRES DU PROGRAMME

ETUDE LIVRE III

SOMMAIRE

ETUDE LIVRE IV

1. Repérages

1.1 Chronologie de l'histoire

1.1.1 Commentaire de Rousseau sur sa décision de ne partir (§1)

1.1.2 Sa vie quelques jours « autour de la ville » (§2)

1.1.3 Chez M. De Pontverre, curé de Confignon, « terre de Savoie, à deux lieues de Genève » (§§ 3-4-5)

1.1.4 A Annecy, chez Mme de Warens (§§ 6-19)

1.1.5 Evocation de l'arrivée du père de Rousseau,avec un M.Rival, à la recherche de Jean-Jacques; réflexion sur l'intérêt et les sentiments (§§ 20-26)

1.1.6 Suite de l'histoire de Jean-Jacques: le voyage avec Mme de Sabran et son époux (« mon dévot guide et sa sémillante compagne ») (§§ 26-33)

1.1.7 L'arrivée à Turin, l'entrée à « l'Hospice des catéchumènes », le récit de ce séjour de deux mois (« Je venais pour la première fois de ma vie d'être enfermé pendant plus de deux mois » -précision faite au paragraphe de transition n°59) . (§§ 34-58)

N.B. :

§§ 37-43 : réflexion sur la religion [7 §§ !]

§§ 45 : la résistance hors du commun de J.-J.

§§ 46-47 : les pratiques homosexuelles des ecclésiastiques

1.1.8 Le séjour à Turin après le séminaire (§§ 59-78)

1.1.9 Au service de Mme la comtesse de Vercellis (§§ 80-90)

1.1.9.1 le séjour en lui-même (§§ 80-86)

1.1.9.2 Le vol du ruban (§§ 86-90)

1.1.9.3 Réflexions de Rousseau sur son acte

1.2 Transcription du Livre II

voir graphique 1

Parties

Livre II paragraphes

  • 1 1
  • 2 1
  • 3 3
  • 4 14
  • 5 7
  • 6 8
  • 7 25
  • 8 20
  • 9 11

1.3 Commentaire :

Sur le plan quantitatif (avec des nuances du fait que seuls le nombre de paragraphes a été pris en compte, et non le nombre de lignes par ex.), on voit de manière évidente que :

  • La partie correspondant à la vie à l'Hospice est la plus longue
  • Juste après viennent les aventures de Jean-Jacques à Turin après sa sortie du séminaire
  • Ensuite l'épisode de Mme de Warens à Annecy
  • Enfin, la partie concernant le service de la comtesse de Vercellis

L'intérêt de ceci est peut-être d'abord de montrer que ce livre II contient une bonne partie d'événements et de rebondissements. Sans doute aussi le passage à l'Hospice a-t-il une importance particulièrement grande dans la vie de Jean-Jacques. On peut déjà s'étonner de ce que l'on pourrait en dégager sur le plan de la vision religieuse de Rousseau. Ensuite, l'image qu'il donne de l'Hospice est aux antipodes de celle de Mme de Warens. Enfin, sur le plan même du récit, de l'intensité, on pourrait souligner que l'épisode de Mme de Warens apparaît comme un hâvre de paix et de bonheur bien court par rapport au reste du livre II. Et, d'une certaine manière, par la volonté de l'organisation du récit de Rousseau, ce livre I se termine sur une sorte de crime : l'accusation d'un innocent.

2. Analyse du Livre II

  • Impressions générales

    - Un livre aux aventures multiples bien qu'il se situe à l'intérieur d'une même année. L'effet est renforcé par :

    • La mise en évidence de temps distincts dans le livre (les premiers temps après la fuite de JJ; le curé de Confignon; le séjour chez Mme de Warens; le voyage vers Turin; le séminaire; Mme Basile; le service auprès de la Comtesse de Vercellis; le vol du ruban.)
    • L'apparition d'éléments romanesques, la présence de plus en plus obsédante des femmes, et les demi succès de JJ. On est de plus en plus attentif à son évolution de séducteur juvénile. Mieux, l'épisode de Mme Basile souligne les risques du mari : on est presque dans un vaudeville si on ne percevait les conséquences possibles.
    • Le caractère proprement de plus en plus rocambolesque des aventures de JJ : hier reçu chez une grande dame, partant pour prendre des galons de catholique et s'imaginant installé à Turin, plus tard quasiment violé par un catéchumène, enfin - en raccourcissant l'histoire- secrétaire laquais d'une comtesse. Sans compter que tout ceci s'accompagne d'une initiation semble-t-il de plus en plus rapide sur le plan de la sexualité.
    • La construction de plus en plus serrée quant à la diversité et au sérieux de sujets abordés : la différence entre la bonté et la vertu (à propos de M. de Pontverre), l'affection, l'intérêt et les devoirs de père ( à propos de son père), le rôle de la religion et la découverte de la perversion chez ceux qui vouent leur vie à Dieu, la perception de l'adultère et du drame des femmes contraintes par le mariage, la jalousie des autres, et surtout, l'intérêt, l'argent, la convoitise.
    • Enfin, sans qu'on prétende avoir fait le tour de ce qui renforce le dynamisme du livre II, l'opposition entre ce monde que l'on perçoit intéressé, faux, dangereux, et la naïveté de Jean-Jacques, qui , tout de même, s'en sort pas si mal, à la manière d'une sorte d'anti-héros.

    - Importance de thèmes profonds comme l'amour, la religion, la morale

    - Parallèlement, contrepoint de thèmes cocasses par leur caractère décalé ou ridicule, ou hors de propos:

    • Ridicule de JJ qui ne comprend pas les intentions du Maure pourtant clairement compréhensibles pour le lecteur. Mais, à l'opposé, il semble résister de manière surprenante à la conversion, faisant preuve d'une capacité de raisonnement et de dispute peu fréquente chez quelqu'un de son âge.
    • Importance du repas que l'on peut percevoir tout au long du texte. Rousseau serait-il un ogre, en sublimant pensées et désirs sous le couvert de la table (jeu de mots fortuit !)
    • Décalage entre la condition réelle de JJ et ses envols lyriques par l'imagination, par ses pulsions de liberté et ses besoins d'attaches. De même décalage entre ses rêves chevalresques et le caractère sordide des lieux qu'il fréquente - qu'il s'agisse de l'Hospice des catéchumène, de la maison de Mme Basile ou de celle de Mme de Vercellis.
    • Surprise de l'aveu du vol du ruban: incompréhensible et dont les remords lui-même paraît surprenant. Surprise de l'explication fournie quant à l'origine de ce désir des Confessions.

    - Omniprésence du narrateur, metteur en scène de ses aventures, juge de lui-même, grand maître du ballet organisé, jouant de surcroît sur le mélange des temps, témoignant de ce que ces Confessions ne sont pas un simple journal où sont consignés de simples souvenirs.

  • Rousseau et ses fautes

Il est intéressant de comparer le début du livre II et sa fin. Autant, le début souligne l'insouciance de JJ , autant la fin met l'accent sur le point de son remords. Est-ce une manière de souligner que l'insouciance conduit à des actions étourdies ?

Quoiqu'il en soit, JJ apprend. Son regard est lucide. Chez M. de Pontverre, il juge l'homme en tant que philosophe, et s'estime meilleur que lui. Il le juge aussi par rapport à sa situation : il est l'invité, M. de Pontverre est l'hôte; il mérite donc que l'on se contienne et qu'on le laisse croire en ses arguments. Plus tard, JJ découvrira que son envoi au séminaire est un moyen pour le sieur Sabran de gagner de l'argent. Le monde est intéressé et JJ peu à peu en prend conscience. On ne peut manquer d'ailleurs de souligner de quel oeil il analyse la sagesse de Mme Basile ( la bien nommée ?) qui ne lui accorde qu'un peu plus que l'essentiel et se garde de le couvrir de largesses. Enfin, le spectacle qu'il peint de la curée autour de la comtesse de Vercellis achève de nous faire prendre conscience qu'il a les yeux bien ouvert sur le monde dans lequel il est tombé et qu'il s'efforce de combler son retard en matière de connaissance des hommes.

Ce retard paraît considérable à qui jette un oeil, même rapide, sur ce livre II. A peine à la porte de Genève, à quoi songe-t-il ? A un chateau, à un couple de chatelains , à une gente damoiselle, à des voisins dont il se ferait l'intercesseur. Manifestement, le monde, pour Jean-Jacques, se réduit à un roman de chevalerie. Découvre-t-il à l'Hospice une jeune beauté, qui ne semble pas insensible ? Il est incapable de pousser son avantage ! Même chose pour Mme Basile ! Et ce n'est pas l'allusion au caractère vindicatif de l'Italienne qui promet selon lui de faire le mari cocu un beau jour qui devrait suffire à le consoler.

Mais plus frappant, Jean-Jacques ne se connaît pas. Alors qu'il se défie de lui au moment d'aller à "l'audience" de Mme de Warens, il semble pourtant que son attitude ne soit pas étrangère à son succès. Dans quelle mesure, justement, c'est parce qu'il est tendre, faible en apparence, que les femmes lui offrent leur protection ? Car au fond, il suffit d'analyser ses rapports avec la comtesse de Vercellis pour se rendre compte des 3 axes essentiels de sa vie : la plume, l'imagination, la sensibilité. La plume est souvent le moyen pour Jean-Jacques de mieux faire comprendre ses idées : après tout, Mme de Warens lira son mot. Et la comtesse appréciera sans doute Jean Jacques comme secrétaire. Il sent d'ailleurs bien qu'il perd toute influence sur elle en perdant ce rôle. Quant à l'imagination et la sensibilité, c'est ce que l'on retrouve de plus fragrant. C'est cette sensibilité exacerbée qui lui fait rechercher une femme-mère et qui le rend si mal à l'aise avec la froide comtesse, femme de tête.

Enfin, l'imagination,directement liée à la sensibilité, c'est celle au fond qui rend Jean-Jacques fantasque. C'est elle qui le rend bavard quand il ne le faudrait pas, qui le paralyse quand il ne sait pas s'il plaît, qui le fait accuser Marion parce qu'il pense à elle, qui l'induit à penser que le Maure est épileptique et qu'il a besoin de compassion, qui l'empêche de comprendre qu'en entrant à l'Hospice de Turin il vendra son âme, et qui fera qu'il ne le réalisera que quand tout sera consommé...

Pourtant, cette peinture est-elle si innocente que cela ? Rousseau n'a-t-il pas intérêt à privilégier la peinture d'un Jean-Jacques naïf, qui commet ses fautes par étourderie ? Il y a intérêt sur le plan moral et sur le plan littéraire.

  • Les Femmes

Les femmes, dans le livre II, semblent omniprésentes. Par ordre chronologique d'appartition, on peut relever :

  • Mme de Warens
  • Mme Sabran « une assez bonne femme, plus tranquille le jour que la nuit »
  • Une soeur catéchumène
  • Son hôtesse, rue du Pô, femme d'un soldat
  • Mme Basile, une Italienne,« brune extrêmement piquante »
  • Mme la comtesse de Vercellis
    • Mme Lorenzi
    • Mlle Pontal
    • Marion la jeune cuisinière Mauriennoise
Bien évidemment, toutes n'ont pas la même importance : Mme de Warens non seulement occupe une place importante quantitativement, mais elle se retrouve encore évoquée lorsque Rousseau est chez Mme de Vercellis.
Mme Basile et Mme Vercellis sont les deux autres figures féminines marquantes de ce livre II.
Mme Basile et Mme de Warens montrent toutes les deux des caractères maternels (ou perçus en tout cas comme tels par Jean-Jacques), la comtesse de Vercellis apparaît plus comme un type de personnages forts, au caractère trempé (« cette force de caractère allait quelquefois jusqu'à la sécheresse »).
Au fond, ces femmes sont intéressantes par :
  • Le fait que toutes, sauf Mme de Vercellis, et plus ou moins Mme de Warens, traduisent pour Jean-Jacques une forme d'attirance, d'attraction sensuelle. Même quand il n'y a pas véritablement d'attrait, Rousseau ne peut s'empêcher de souligner d'une manière plus ou moins directe cette association qu'il fait de la femme (ainsi Mme Basile et ses nuits, ou encore son hôtesse qui, encore jeune et nouvellement mariée avait déjà cinq ou six enfants et dormait avec tout son monde d'enfants et d'hôtes dans la même chambre.)
 
 
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C. Livre III.

REPERAGES

ANALYSE LIVRE III

Chronologie

Impressions générales

Transcription Livre III

Rousseau et la saveur du récit

Commentaire

Rousseau et l'éducation

SOMMAIRE

LES OEUVRES DU PROGRAMME

1. Repérages

1.1 Chronologie de l'histoire

1. Rousseau retourne chez son ancienne hôtesse. Commentaires sur son « sang allumé » (§1-2)

2. Rousseau et l'aventure avec l'homme au sabre (§3-4-5)

3. Les entretiens avec M. Gaime , modèle du Vicaire savoyard (§§ 6-7-8)

4. Le comte de la Roque a trouvé à Rousseau des protecteurs : le comte de Gouvon, « premier écuyer de la reine, et chef de l'illustre maison de Solar » (§§ 9-10-11-12-13-14-15-16-17-18-19-20-21-22-23-24-25)

§9 : introduction : le comte de la Roque

§§10-12 : peu à peu Rousseau entre dans la maison du comte de Gouvon auprès duquel il a été introduit par le compte de la Roque

§§ 13-16 : Mlle de Breil

§§ 17-19 : peu à peu Rousseau est pris en charge par M. l'abbé de Gouvon . Apprentissage du latin

§§ 20-21 : les perspectives de promotion de Rousseau chez le comte de Gouvon

§§ 22- 23 : Rousseau tombe sous l'influence néfaste de Mussard dit Tord-Gueule et du Genevois Bâcle, son ancien compagnon d'apprentissage.

§§ 24-25 : le comte de Favria lui demandant de cesser ces mauvaises fréquentation, au nom du comte de Gouvon: Rousseau profite de l'occasion pour prendre son congé.

5. Le voyage rocambolesque de Rousseau et de Bâcle jusqu'à Chambéry puis Annecy(§§ 26-31)

6. Chez Mme de Warens (§§ 32- 50)

§32 : réflexion sur l'émotion de Jean-Jacques et son peu de rapport, dans son âme, avec l'intérêt.

§33 : la rencontre, JJ raconte son histoire

§34 : le gîte

§35 : méditation sur les sentiments de JJ

§36 : la chambre de JJ et la nature

§37 : le "ménage" de Mme de Warens , ou l'aisance relative.

§38: le repas

§§ 39-50 : description de la vie de JJ auprès de Mme de Warens. Ses sentiments amoureux, sa passion, ses lectures, leur jeux et entretiens.

7. M. d'Aubonne, chargé de sonder les aptitudes de Rousseau, le déclare très borné (§§ 51-52)

8. Le point de Rousseau sur ce caractère qui le rend si peu apte à la vie en société (§§ 53-60)

9. Rousseau au séminaire (§§ 61-71)

  • le lazariste M. Gros,
  • le « maudit lazariste » ,
  • le jeune abbé faucigneran M. Gâtier (second modèle du Vicaire savoyard).
  • La pièce de M. d'Aubonne qui incitera JJ à écrire L'amant de lui-même.
  • L'épisode de l'incendie chez Mme de Warens (la remise des voisins cordeliers) et le certificat de miracle réalisé par Rousseau : son exploitation par M. Fréron après les Lettres de la Montagne de Rousseau. (§§ 61-71)

10. Retour chez Mme de Warens : la musique et M. Le Maître, maître de musique de la cathédrale. (§§ 72-87)

  • Arrivée de Venture de Villeneuve « Un soir du mois de février » (§§75-79)
  • M. Le Maître et son goût du vin (§80)
  • La dispute de M. Le Maître et son départ d'Annecy en compagnie de Rousseau (§§81-82)
  • Le tour joué à M. Redelet, curé de Seyssel; M.Le Maître se révèle épileptique (§83)
  • Passage à Belley (§84)
  • Lyon : abandon de Le Maître par Jean Jacques (§§ 85-86 )

    « Grâce au Ciel, j'ai fini ce troisième aveu pénible»

  • Méditations de Rousseau sur cet épisode de sa vie : la confusion de son esprit mais la sincérité de son récit. (§87)

11. Retour de Rousseau à Annecy , mais Mme de Warens était partie pour Paris ; réflexion sur les raisons possibles de ce voyage(§§ 88-89)

 

1.2 Transcription du Livre III

voir graphique 2

Parties

Livre III / paragraphes / contenu bref

  • 1 2 : l'état de Rousseau chez son ancienne hôtesse
  • 2 3 : épisode de l'homme au sabre
  • 3 3 : M. Gaime
  • 4 17 : au service de M. de Gouvon
  • 5 6 : le voyage jusqu'à Annecy
  • 6 19 : chez Mme de Warens
  • 7 2 : M. d'Aubonne
  • 8 8 : Rousseau et son caractère
  • 9 11 : au séminaire
  • 10 16 : avec Le Maître
  • 11 2 : retour à Annecy

1.3 Commentaire :

Sur le plan quantitatif (avec des nuances du fait que seuls le nombre de paragraphes a été pris en compte, et non le nombre de lignes par ex.), on voit de manière évidente que :

  • La partie correspondant à la vie chez Mme de Warens est la plus longue
  • Juste après vient le récit de la vie de Jean-Jacques à Turin chez le comte de Gouvon,
  • Ensuite on peut situer l'épisode avec le maître de musique;
  • Puis, la partie concernant le séminaire;
  • Enfin, le passage où il explique son caractère en société et la difficulté qui ressent à briller est le moins long parmi tous les épisodes significatifs.

Il est frappant de noter comment, par rapport au livre précédent, les longs passages sont plus nombreux. Cela contribue peut-être à donner une rythme paradoxalement plus rapide à ce livre, d'autant que ce dernier s'étale de 1728 à 1730. De même, on y découvre aussi des ruptures nombreuses. Ainsi, alors qu'il atteint presque au but de son espèce d'apprentissage chez le comte de Gouvon, il rompt avec toute possibilité d'établissement pour se lier avec deux personnages troubles qu'il abandonne rapidement.Ensuite, Jean-Jacques part au séminaire; enfin il repart avec Le Maître et le quitte à Lyon...

De même, si l'épisode de sa vie avec Mme de Warens occupe une grande partie du livre, on s'aperçoit que la relation de sa vie avec Le Maître, ou son épisode du séminaire, sont des temps importants.

Enfin, la tonalité souvent gaie et alerte du texte provient peut-être d'une certaine insouciante de Jean-Jacques qui semble se jouer d'un avenir assuré alors même qu'il semble parfois s'en préoccuper dans le discours qu'il fait. On a ainsi l'impression au fond que la bonne fortune ne l'intéresse qu'à certains moments, lorsqu'il est conscient de son état; par contre, à d'autres moments, il s'emporte et se laisse entraîner par ses pulsions et son imagination.

Enfin, si les femmes paraissent moins nombreuses, la figure de Mme de Warens reste le point central du livre et celui qui organise en quelque sorte toute la dynamique des déplacements de Rousseau.

Il resterait à s'interroger sur la dimension du récit, de ses anticipations et de la relation étroite que Rousseau entretient avec son lecteur.

2. Analyse du Livre III

  • Impressions générales
- Une période de récit qui s'étale sur plus de 2 ans ( un rythme donc plus étalé qu'au livre II qui ne s'étale que sur 1 an.
 
- Un récit dans lequel les allusions à Rousseau-auteur paraissent plus nombreuses ( « Le parti que j'ai pris d'écrire et de me cacher est précisément celui qui me convenait » (§60); allusion à L'Amant de lui-même , pièce jouée en 1742 selon Catherine Koenig éd. Folio; évocation des Lettres de la Montagne et du Vicaire Savoyard à deux reprises)
 
- Evocation répétée de l'apprentissage du latin, et de ses difficultés à l'apprendre sous la conduite de maître comme l'abbé de Gouvon ou encore l'abbé Gâtier.
 
- Importance perceptible de la musique et des dons de Rousseau en ce domaine (§63 : « on concevra quelle fut mon application et mon obstination, quand je dirai que, sans connaître ni transposition, ni quantité, je parvins à déchiffrer et chanter sans faute le premier récitatif et le premier air de la cantate d'Alphée et Aréthuse »
 
- De nombreux passages tentent de préciser le caractère de Rousseau ( lorsque par exemple il quitte M. de Gouvon en s'acoquinant à Bâcle; ou lorsque M. d'Aubonne le juge incapable de rien faire )
 
- Intérêt des portraits de personnages ( Mme de Warens bien sûr, mais M. de Gouvon ou M. Gâtier, ou encore la lazariste détesté, M. Le Maître)
 
- Un récit toujours alerte aux aventures multiples, aux personnages contrastés et pittoresques, des épisodes romanesques, un personnage au fond amusant par son caractère innocent, gauche, et qui fait rire de lui tout en restant néanmoins un héros de roman.
  • Rousseau et la saveur du récit :
     
Le livre III regorge d'épisodes savoureux qui s'échelonnent d'un bout à l'autre en alternant attendrissement et bouffonnerie:
  • « L'homme au sabre » (§§3-5)
    On relèvera en bref :
    - le désappointement de Jean Jacques (qui se trompe dans toutes ses prévisions : il pense avoir une issue dans les couloirs, il tombe sur un mur, il croit être à l'obscurité, voilà que la lumière arrive...)
    - le caractère gigantesque du personnage, exagéré par le narrateur ( un grand homme, portant une grande moustache, un grand chapeau, un grand sabre)
    - la chute : l'homme au sabre reconnaît à mi-voix qu'il s'est fait duper, et Rousseau fait amende honorable dans son livre en reconnaissant qu'il a eu peur une deuxième fois car il risquait d'être déshonoré par le récit de sa mésaventure.
  • M. Gaime : un portrait attachant (§§ 6-8)
    Les éléments principaux se trouvent dans le caractère hyperbolique, laudatif et la dimension morale donnée au personnage de l'abbé savoyard:
    - « plein de bon sens, de probité, de lumières, et l'un des plus honnêtes hommes que j'aie connus »; « Il me fit un tableau vrai de la vie humaine, dont je n'avais que de fausses idées; il me montra comment, dans un destin contraire, l'homme sage peut toujours tendre au bonheur et courir au plus près du vent pour y parvenir; comment il n'y a point de vrai bonheur sans sagesse, et comme la sagesse est de tous les états. » ; « ceux qui dominaient les autres n'étaient ni plus sages ni plus heureux qu'eux » ; « il valait mieux avoir toujours l'estime des hommes que quelquefois leur admiration » (§6)
    -« Ainsi, [...] je dirai que ses leçons, sages, mais d'abord sans effet, furent dans mon coeur un germe de vertu et de religion qui ne s'y étouffa jamais »
     
  • Mlle de Breil : un « roman » (§§13-16):
    Un récit alerte qui marque les progrès de Jean Jacques dans la prise de conscience par Mlle de Breil de ses qualités. Parallèlement la montée d'un bonheur doux et immense à la fois et une fin brutale.
    - « Mlle de Breil était une jeune personne à peu près de mon âge, bien faite, assez belle, très blanche, avec des cheveux très noirs, et, quoique brune, portant sur son visage cet air de douceur des blondes auquel mon coeur n'a jamais résisté. L'habit de cour, si favorable aux jeunes personnes, marquait sa jolie taille, dégageait sa poitrine et ses épaules, et rendait son teint encore plus éblouissant par le deuil qu'on portait alors. » (§13)
    - « j'avais la mortification d'être nul pour elle » (§13)
    - « je lui fis une réponse si fine et si bien tournée, qu'elle y fit attention, et jeta les yeux sur moi » (§13)
    - « voir clairement sur le visage de Mlle de Breil un air de satisfaction. Cette personne si dédaigneuse daigna me jeter un second regard qui valait tout au moins le premier ». / « Quelques minutes après, Mlle de Breil, levant derechef les yeux sur moi (...) » / « et Mlle de Breil rougit jusqu'au blanc des yeux » (§15)
    - « Ce fut un de ces moment trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel, et vengent le mérite avili des outrages de la fortune » (§15)
  • Le "maudit lazariste" au séminaire :
    Un portrait brutal mais comique par son caractère outré et caricatural :
    - « Il avait des cheveux plats, gras et noirs, un visage de pain d'épice, une voix de buffle, un regard de chat-huant, des crins de sanglier »; « son sourire était sardonique » , « ses membres jouaient comme les poulies d'un mannequin » (§64)
    - « ce monstre », « des griffes de la bête »
  • L'angélique abbé Gâtier
     
  • Venture de Villeneuve:
    - « Il était court de stature, mais large de carrure; il avait je ne sais quoi de contrefait dans sa taille sans aucune difformité particulière; c'était pour ainsi dire un bossu à épaules plates, mais je crois qu'il boitait un peu »
     
  • Et, tout au long du livre III, les différentes portraits de Rousseau par lui-même.
     
  • Rousseau et l'education

    Le livre III, par rapport au livre II semble marquer une prise de conscience plus grande du monde extérieur et du rapport de Jean-Jacques à ce monde. Est-ce une nouveauté ? Non, puisque le livre I traduisait fortement la relation entre l'apprentissage d'une éducation ou d'un métieur et la psychologie des partenaires en présence, l'enfant et l'adulte. Mais le livre II avait un peu effacé cet aspect face à un Jean-Jacques innocent, qui se laissait peut-être plus porter par les événements qu'il ne contrôlait pas.

    Ici, Jean-Jacques ne contrôle pas forcément plus son destin, mais les pauses sont plus longues -même si le temps réel s'écoule plus vite-. Et, l'esprit d'analyse critique de Rousseau apparaît plus en éveil concernant les notions de formations.

    On relève ainsi de nombreux passages où il évoque cette formation et son rapport avec elle :
     
    • Le latin :
      • l'abbé de Gouvon entreprend d'enseigner à Jean-Jacques le latin. «Mais, soit que mon babil lui eût fait quelque illusion sur mon savoir, soit qu'il ne pût supporter l'ennui du latin élémentaire, il me mit d'abord beaucoup trop haut » . La conclusion, Rousseau la tire déjà : « J'étais destiné, comme on le verra dans la suite, à rapprendre souvent le latin et à ne le savoir jamais ». (§ 18)
      • l'abbé Gâtier s'y emploie ensuite, sans plus de succès : malgré le travail de Jean-Jacques, le résultat reste insuffisant ( « Quoique M. Gâtier eût rendu de mes progrès le compte le moins défavorable qui lui fût possible, on voyait qu'ils n'étaient pas proportionnés à mon travail » § 71)
    • Les langues, la littérature, la musique :
      • Chez l'abbé de Gouvon, Rousseau découvre "les belles-lettres" : «En un mot il avait le goût qu'il fallait pour former le mien et mettre quelque choix dans le fatras dont je m'étais farci la tête » (§ 19). Et si Jean-Jacques n'y apprend pas le latin malgré le zèle qu'il y (« je travaillais avec assez de zéle »), il apprend l'italien dans son activité de secrétaire : « Non seulement j'appris ainsi l'italien dans sa pureté, mais je pris du goût pour la littérature et quelque discernement des bons livres ». Ainsi, la conclusion de Rousseau est édifiante à plusieurs égards : « ma fonction de secrétaire me fut plus utile que celle d'écolier » .
      • Au séminaire, Jean-Jacques apprend seul l'air d'Alphée et Aréthuse de Clérambault : « sans connaître ni transpositioin, ni quantité, je parvins à déchiffrer et chanter sans faute le premier récitatif et le premier air » (§ 63)
    • Formation morale
      • avec l'abbé Gaime :
        • « je dirai que ses leçons, sages, mais d'abord sans effet, furent dans mon coeur un germe de vertu et de religion qui ne s'y étouffa jamais, et qui n'attendait, pour fructifier, que les soins d'une main plus chérie » (§ 7)
        • « Loin de m'ennuyer de ses entretiens, j'y pris goût à cause de leur clarté, de leur simplicité, et surtout d'un certain intérêt de coeur dont je sentais qu'ils étaient pleins » (§ 8)
      • Evocation répétée du rapport entre le vice et l'oisiveté :
        • « j'étais pour ainsi dire son second disciple [dit Rousseau à propos de ses rapports avec M. Gaime ,§ 8] ; et cela me fit pour le moment même l'inestimable bien de me détourner de la pente du vice où m'entraînait mon oisiveté. »
        • ou encore, à propos de la méthode de M. de Gouvon :
          « Hors quelques lettres qu'on me dictait (...) j'étais presque le maître de mon temps dans la journé. Cette épreuve dont je ne m'apercevais pas, était assurément très dangereuse; elle n'était pas même fort humaine; car cette grande oisiveté pouvait me faire contracter des vices que je n'aurais pas eus sans cela » (§10)
           
       
    • Mise en évidence d'une psychologie de l'être humain
      • La nécessaire sensation de liberté : « mon esprit impatient de toute espèce de joug ne peut s'asservir à la loi du moment » ; « mon esprit veut marcher à son heure, il ne peut se soumettre à celle d'autrui » (§ 66)
      • La difficulté d'apprendre avec le rythme d'un autre : « Il est singulier qu'avec assez de conception, je n'ai jamais pu rien apprendre avec des maîtres, excepté mon père et M. Lambercier. Le peu que je sais de plus, je l'ai appris seul » (§ 66)
      • L'intérêt immédiat l'emporte souvent chez l'enfant ou le jeune homme sur le long terme : le concret passe avant l'abstrait. Voilà pourquoi, le but final pour l'élève n'est pas forcément celui du maître. La finalité des études n'est pas forcément perceptible à l'élève. Ainsi Rousseau n'arrive-t-il pas à apprendre le latin , ni avec l'abbé de Gouve, ni l'abbé Gâtier n'arrivent à enseigner le latin à Jean-Jacques. Le but est trop évident pour lui et le souci de plaire à ses maîtres le paralyse : il cherche trop à faire plaisir à l'autre ( « de peur d'impatienter celui qui me parle, je feins d'entendre, il va en avant, et je n'entends rien » § 66)
      • Importance du rêve et des illusions : l'histoire de la fontaie de Héron est significative de mécanisme psychologique de l'enfant, du jeune homme . Emerveillé par cette fontaine, il projette son sentiment sur les autres, et « ce principe fut le fondement sur lequel nous bâtîmes l'édifice de notre fortune». Exemple même de l'importance de l'immédiat, du rêve combiné aux pulsions intimes de l'être. Au fond Rousseau nous rend perceptible le mécanisme même de l'être qui se détourne d'un effort régulier mais insipide et lent pour un but lointain ( « Ce projet du comte de Gouvon était noble, judicieux, magnanime (...) mais (...) il était trop sensé pour ma tête, et demandait un trop long assujettissement » (§ 20). Dès lors, l'individu va se persuader qu'il a raison et faire en sorte de rejeter sur les autres la responsabilité pour pouvoir assumer son rêve : c'est ce que fera Jean-Jacques en saisissant les remontrances qui lui sont faites pour son bien pour s'en aller.
      • A la rigueur, Rousseau pourra faire des choses qu'il n'aime pas si le contexte lui est agréable. C'est ce qui se passe chez Mme de Warens : « Je passais mon temps le plus agréablement du monde, occupé des choses qui me plaisaient le moins » (§ 44); « Rien de ce qui se faisait autour de moi, rien de tout ce qu'on me faisait faire n'était selon mon goût, mais tout était selon mon coeur » (§ 45). L'insistance de Rousseau sur ce point traduit bien pour lui l'importance qu'il prend vis à vis et de son bonheur et aussi de l'importance des conditions dans lesquelles on fait quelque chose. On rapprochera cela de la remarque qu'il faisait en parlant de l'influence de M. Gaime sur lui , dont les leçons « d'abord sans effet » furent un germe de vertu et de religion qui « n'attendait, pour fructifier, que les soins d'une mains plus chérie »


D. Livre IV

1. REPERAGES

[Chronologie] [Transcription] [Commentaire]

2. ANALYSE LIVRE IV

[Impressions générales] [Rousseau et la nature] [Rousseau et les voyages]

SOMMAIRE

LES OEUVRES DU PROGRAMME

1. Repérages

1.1 Chronologie de l'histoire

Que devient Jean-Jacques sans Mme de Warens ?

 

  • A Annecy :

    1. Il se remet (vite) des malheurs qui s'acharnent sur Le Maître § 1-2

    2. Il s'acoquine à Venture, loge chez lui et passe le temps dans le plus grand désoeuvrement (§3)

    3. Il se rend chez Merceret, la femme de chambre de Mme de Warens. Avec elle il fait la connaissance de Mlle Giraud qui s'entiche de lui sans aucune réciprocité. §4

    4. D'ailleurs, son goût ne le porte pas vers les femmes de condition modeste et qui gagnent leur vie (§5)

    5. Pourquoi aussi se contraindraient-ils puisqu'une nouvelle occasion se présente en une journée mémorable, au début de l'été, en compagnie de Mlle de Grafenried et de Mlle Galley ? (§§ 6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16)

    6. Après une réflexion sur la supériorité de ce plaisir sur "platonique" sur celui plus concret des lecteurs (§17),

    7. Rousseau, que l'absence d'argent inquiète, retrouve Venture qui souhaite lui faire faire connaissance avec le juge-mage Simon , personnage curieux dont Rousseau fait le portrait. Cependant M. Simon ne pourra rien financièrment pour Jean-Jacques (§§ 18-19-20-21-22-23-24-25-26 ).

    8. En vain Jean-Jacques guette Mlle Galey dans sa rue. Il finit donc par écrire à son amie Mlle de Grafenried et confie sa lettre à Mlle Giraud. (§§ 27-28)

    9. Selon Rousseau, Mlle Giraud, pour le détourner de Mlle Galley, suggère à la Merceret de retourner à Fribourg accompagnée de Jean-Jacques (§§ 29-30 )

  • Les voyages

    10. Rousseau quitte Annecy pour un long périple (§§ 31-38)

    • Les avances de la Merceret et l'état d'esprit de JJ ( §§ 31-32)
    • Genève (§33)
    • Nyon (§34)
    • Fibourg (§35)
    • Méditation de Rousseau sur le destin qui aurait pu être le sien se liant à la Merceret (§36)
    • En route pour Lausanne (§37-38)
      • Méditations sur les impulsions de Jean-Jacques §37
      • Moudon et l'aubergiste au grand coeur § 38

    11. Séjour à Lausanne (§§39-52)

    • Rousseau et les aventures de Vaussore de Villeneuve (§§39-45)
    • Comment cesse la correspondance entre Rousseau et ses deux amies (Mlle Galley et Mlle de Grafenried) § 46
    • Rousseau et Mme de Warens § 47-48
    • Les escapades de JJ à Vevey près de Genève: le contraste entre Genève et les habitants §49
    • A Vevey § 50-51
    • La messe à Assens §52

    12. Neuchâtel § 53

    13. L'épisode de l'archimandrite (§§ 54-57)

    • Sa rencontre à Boudry § 54
    • Berne § 55-56
    • Soleure § 57

    14. Rousseau et l'ambassadeur de France M. de Bonac §§ 58-61

    • La découverte de la supercherie de JJ § 58
    • Découverte par JJ de "Rousseau premier" [Jean-Baptiste Rousseau] § 59
    • Récit de JJ à M. de la Martinière, secrétaire de l'ambassade § 60
    • Que faire de JJ ? Il souhaite se rendre à Paris § 61

    15. Paris (§§ 62-67)

    • Le voyage à Paris et les rêves de JJ § 62
    • Jean Jacques garde le souvenir d'une ville malpropre §63
    • Jean-Jacques et la difficulté d'évoluer à Paris :
      • M. de Surbeck § 64
      • Mme de Merveilleux § 64
      • Jugement de Rousseau sur les Français §64
      • Rousseau et le Colonel Godard , départ pour la Suisse, Mme de Warens ayant quitté Paris § 65-67

    16. Rousseau et la description de ses impressions de voyage. (§68-71)

    • Méditation sur la description des impressions de voyage § 68
    • Le voyage vers Lyon : un état exceptionnel § 69
    • L'épisode du paysan et de sa peur des "Rats-de-Cave" § 70
    • La tentation du Lignon en souvenir de l'Astrée : le roman et la réalité ne cohabitent pas forcément.

    17. A Lyon (§§ 72-77)

    • Mlle du Châtelet aux Chasottes § 72
    • Superposition de souvenirs : Episode du taffetatier lors d'une autre voyage à Lyon § 73
    • L'épisode de l'abbé § 74-75-76 [ «Comme à Paris, ni dans aucune autre ville, jamais rien ne m'est arrivé de semblable à ces deux aventure,il m'en est resté une impression peu aventageuse au peuple de Lyon, et j'ai toujours regardé cette ville comme celle de l'Europe où règne la plus affreuse corruption.»]
    • Méditation sur les rapports de JJ avec l'argent § 77

    18. M. Rolichon : Rousseau copie de la musique §§ 78-79

    19. A Lyon en attendant de rejoindre Mme de Warens , Roussseau fréquente Mlle du Châtelet qui lui fait découvrir Gil Blas de Le Sage qu'il apprécie peu du reste. Il fait la connaissance de Mlle Serre. § 80

    20. Le chemin du retour pour rejoindre Mme de Warens §§ 81-82-83-84

    21. Les retrouvailles de JJ et de Mme de Warens §§ 85-87

    • Comment Jean-Jacques découvre qu'il est employé par M. l'Intendant général § 85
    • Le poste d'écrivain occupé par Jean Jacques : son premier gagne-pain § 86-87

    22. Bilan de Rousseau §§ 88-89

1.2 Transcription :

1.2.1. Les différents épisodes dans le livre IV des Confessions

1.2.2. Les voyages dans le livre IV des Confessions

1. Fribourg; 2 Lausanne; 3 Neuchâtel; 4 l'archimandrite; 5 M. de Bonac; 6 Paris; 7 vers Lyon;
8. Lyon; 9 vers Annecy

1.3 Commentaire :

Le graphique 1.2.1. laisse bien apparaître l'immense part des voyages dans l'ensemble des épisodes. On remarquer que l'épisode dit "des cerises" occupe la seconde part. Le bilan d'ensemble de ce livre est qu'il est morcelé.

C'est d'ailleurs la même impression que l'on retire du graphie 1.2.2. décomposant les voyages de Rousseau. Trois grands temps apparaissent : Lausanne, voyage vers Lyon, Lyon et Paris.

On peut souligner le caractère assez tranché de la construction de ce livre par rapport aux précédents, même s'il reprend des effets perceptibles antérieurement.

2. Analyse

  • Impressions générales

A. Un livre IV qui se situe à la fois dans la continuité des livres précédents mais qui traduit aussi une rupture, un renouvellement du récit

  • La continuité :
    • l'attachement à Mme de Warens et donc le désir de la retrouver
    • des personnages connu à l'époque de Mme de Warens
    • Des lieux familiers au lecteur (Annecy, Genève, Nyon)
    • Un caractère de Jean-Jacques qui nous est maintenant connu
  • La rupture :
    • Un livre dans lequel les lieux se succèdent à un rythme effréné
    • Parallèlement, les personnages paraissent aussi se succéder à un rythme plus rapide
    • Importance des grandes villes : Annecy, Lausanne, Paris, Lyon
    • Une importance plus grande donnée au récit du plaisir issu des voyages à pied et de la découverte de paysages.
    • Une allusion marquante à la Nouvelle Héloïse
    • Une allusion aux lectures de Jean-Jacques :
      • L'Astrée
      • Gil Blas

B. La poursuite du portrait de Jean Jacques

  • Une certaine faiblesse et de l'attirance pour des personnages fascinant par leurs succès mondains
  • Une grande naïveté qui apparaît de manière éclatante dans l'histoire de Lausanne
  • Une attirance particulière pour les jeunes filles d'une certaine condition qui apparaissent donc parées et mises en valeur et évoquent peut-être pour Jean-Jacques une vie libre. C'est particulièrement sensible dans l'épisode dit "des cerises"
  • Un goût pour les voyages à pied et pour les paysages

 

  • Rousseau et la nature
  • Repérage

L'évocation des paysages se fait à plusieurs reprises dans ce livre des Confessions.

  • Annecy , dans l'épisode des cerises §7-8 : " L'aurore un matin me parut si belle, que m'étant habillé précipitamment, je me hâtai de gagner la campagne pour voir lever le soleil. Je goûtai ce plaisir dans tout son charme; c'était la semaine après la Saint-Jean. La terre, dans sa plus grande parure, était couverte d'herbe et de fleurs; les rossignols, presque à la fin de leur ramage, semblaient se plaire à le renforcer; tous les oiseaux, faisant en concert leurs adieux au printemps, chantaient la naissance d'un beau jour d'été, d'un de ces beaux jours qu'on ne voit plus à mon âge, et qu'on n'a jamais vus dans le triste sol où j'habite aujourd'hui.

    "Je m'étais insensiblement éloigné de la ville, la chaleur augmentait, et je me promenais sous des ombrages dans un vallon le long d'un ruisseau."

  • Près du lac de Genève (§49) : "l'aspect du lac de Genève et de ses admirables côtes eut toujours à mes yeux un attrait particulier que je ne saurais expliquer, et qui ne tient pas seulement à la beauté du spectacle, mais à je ne sais quoi de plus intéressant qui m'affecte et m'attendrit." [...] " Quand l'ardent désir de cette vie heureuse et douce qui me fuit et pour laquelle j'étais né vient enflammer mon imagination, c'est toujours au pays de Vaud, près du lac, dans des campagnes charmantes, qu'elle se fixe. Il me faut absolument un verger au bord de ce lac et non pas d'un autre; il me faut un ami sûr, une femme aimable, une vache et un petit bateau. Je ne jouirai d'un bonheur parfait sur la terre que quand j'aurai tout cela. Je ris de la simplicité avec laquelle je suis allé plusieurs fois dans ce pays-là uniquement pour y chercher ce bonheur imaginaire."
  • En voyage vers Paris (§62) : "Cependant, quand je passais dans des campagnes agréables, que je voyais des bocages et des ruisseaux, ce touchant aspect me faisait soupirer de regret; je sentais au milieu de ma gloire que mon coeur n'était pas fait pour tant de fracas, et bientôt, sans savoir comment, je me retrouvais au milieu de mes chères bergeries, renonçant pour jamais aux travaux de Mars
  • Les goûts de Rousseau (§83 de Lyon à Annecy) : " Au reste, on sait déjà ce que j'entends par un beau pays. Jamais pays de plaine, quelque beau qu'il fût, ne parut tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur."

La nature dans les Confessions est la plupart du temps associée aux voyages de Jean-Jacques. Ce n'est cependant pas toujours le cas, et l'on peut relever des évocations de la nature comme un besoin de "respiration", de "liberté".

  • A Neuchâtel, § 54 : " Les dimanches et les jours où j'étais libre, j'allais courir les campagnes et les bois des environs, toujours errant, rêvant, soupirant; et quand j'étais une fois sorti de la ville, je n'y rentrais plus que le soir.
  • Nature et littérature , § 68 : " La chose que je regrette le plus dans les détails de ma vie dont j'ai perdu la mémoire est de n'avoir pas fait des journaux de mes voyages. Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans ceux que j'ai faits seul et à pied. La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées; je ne puis presque penser quand je reste en place; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. La vue de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, le grand appétit, la bonne santé que je gagne en marchant, la liberté du cabaret, l'éloignement de tout ce qui me fait sentir ma dépendance, de tout ce qui me rappelle à ma situation, tout cela dégage mon âme, me donne une plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l'immensité des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré, sans gêne et sans crainte. Je dispose en maître de la nature entière; mon coeur, errant d'objet en objet, s'unit, s'identifie à ceux qui le flattent, s'entoure d'images charmantes, s'enivre de sentiments délicieux. Si pour les fixer je m'amuse à les décrire en moi-même, quelle vigueur de pinceau, quelle fraîcheur de coloris, quelle énergie d'expression je leur donne ! On a, dit-on, trouvé de tout cela dans mes ouvrages, quoique écrits vers le déclin de mes ans. Oh ! si l'on eût vu ceux de ma première jeunesse, ceux que j'ai faits durant mes voyages, ceux que j'ai composés et que je n'ai jamais écrits... Pourquoi, direz-vous, ne les pas écrire ? Et pourquoi les écrire ? vous répondrai-je : pourquoi m'ôter le charme actuel de la jouissance, pour dire à d'autres que j'avais joui ? Que m'importaient des lecteurs, un public, et toute la terre, tandis que je planais dans le ciel ? D'ailleurs, portais-je avec moi du papier, des plumes ? Si j'avais pensé à tout cela, rien ne me serait venu. Je ne prévoyais pas que j'aurais des idées; elles viennent quand il leur plaît, non quand il me plaît. Elles ne viennent point, ou elles viennent en foule, elles m'accablent de leur nombre et de leur force. Dix volumes par jour n'auraient pas suffi. Où prendre du temps pour les écrire ? En arrivant je ne songeais qu'à bien dîner. En partant je ne songeais qu'à bien marcher. Je sentais qu'un nouveau paradis m'attendait à la porte. Je ne songeais qu'à l'aller chercher."
  • Aux environs de Lyon § 78 : " Je me souviens même d'avoir pasé une nuit délicieuse hors de la ville, dans un chemin qui côtoyait le Rhône ou la Saône, car je ne me rappelle pas lequel des deux. Des jardins élevés en terrasse bordaient le chemin du côté opposé. Il avait fait très chaud ce jour-là, la soirée était charmante; la rosée humectait l'herbe flétrie; point de vent, une nuit tranquille; l'air était frais, sans être froid; le soleil, après son coucher, avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l'eau couleur de rose; les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l'un à l'autre. Je me promenais dans une sorte d'extase, livrant mes sens et mon coeur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement un peu du regret d'en jouir seul.Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m'apercevoir que j'étais las. Je m'en aperçus enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte enfoncée dans un mur de terrasse; le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres; un rossignol était précisément au-dessus de moi; je m'endormis à son chant : mon sommeil fut doux, mon réveil le fut davantage. Il était grand jour: mes yeux, en s'ouvrant, virent l'eau, la verdure, un paysage admirable.
  • Le Pas de l'Echelle près de Chambéry § 83 : " Non loin d'une montagne coupée qu'on appelle le Pas-de-l'Echelle, au-dessous du grand chemin taillé dans le roc, à l'endroit appelé Chailles, court et bouillonne dans des gouffres affreux une petite rivière qui paraît avoir mis à les creuser des milliers de siècles. On a bordé le chemin d'un parapet pour prévenir les malheurs : cela faisait que je pouvais contempler au fond et gagner des vertiges tout à mon aise, car ce qu'il y a de plaisant dans mon goût des lieux escarpés, est qu'ils me font tourner la tête, et j'aime beaucoup ce tournoiement, pourvu que je sois en sûreté. Bien appuyé sur le parapet, j'avançais le nez, et je restais là des heures entières, entrevoyant de temps en temps cette écume et cette eau bleue dont j'entendais le mugissement à travers les cris des corbeaux et des oiseaux de proie qui volaient de roche en roche et de broussaille en broussaille à cent toise au-dessous de moi. Dans les endroits où la pente était assez unie et la broussaille assez claire pour laisser passer des cailloux, j'en allais chercher au loin d'aussi gros que je les pouvais porter; je les rassemblais sur le parapet en pile; puis, les lançant l'un après l'autre, je me délectais à les voir rouler, bondir et voler en mille éclats, avant que d'atteindre le fond du précipice.

    Plus près de Chambéry j'eus un spectacle semblable, en sens contraire. Le chemin passe au pied de la plus belle cascade que je vis de mes jours. La montagne est tellement escarpée, que l'eau se détache net et tombe en arcade, assez loin pour qu'on puisse passer entre la cascade et la roche, quelquefois sans être mouillé. Mais si l'on ne prend bien ses mesures, on y est aisément trompé, comme je le fus : car, à cause de l'extrême hauteur, l'eau se divise et tombe en poussière, et lorsqu'on approche un peu trop de ce nuage, sans s'apercevoir d'abord qu'on se mouille, à l'instant on est tout trempé."

 

Parler de la nature nécessite aussi de souligner la présence de la ville.Cette dernière est présente de nombreuses fois dans ce livre des Confessions :

  • Genève, la ville : § 33 . " En passant à Genève je n'allai voir personne mais je fus prêt à me trouver mal sur les ponts. Jamais je n'ai vu les murs de cette heureuse ville, jamais je n'y suis entré, sans sentir une certaine défaillance de coeur qui venait d'un excès d'attendrissement. En même temps que la noble image de la liberté m'élevait l'âme, celles de l'égalité, de l'union, de la douceur des moeurs, me touchaient jusqu'aux larmes et m'inspiraient un vif regret d'avoir perdu tous ce biens. Dans quelle erreur j'étais, mais qu'elle était bien naturelle ! Je croyais voir tout cela dans ma patrie, parce que je le portais dans mon coeur.
  • Paris, la ville : § 63 : "Combien l'abord de Paris démentit l'idée que j'en avais ! La décoration extérieure que j'avais vue à Turin, la beauté des rues, la symétrie et l'alignement des maisons me faisaient chercher à Paris autre chose encore. Je m'étais figuré une ville aussi belle que grande, de l'aspect le plus imposant, où l'on ne voyait que de superbes rues, des palais de marbre et d'or. En entrant par le faubourg Saint-Marceau, je ne vis que de petites rues sales et puantes, de vilaines maisons noires, l'air de la malpropreté, de la pauvreté, des mendiants, des charretiers, des ravaudeuses, des crieuses de tisanes et de vieux chapeaux. Tout cela me frappa d'abord à tel point, que tout ce que j'ai vu depuis à Paris de magnificence réelle n'a pu détruire cette première impression, et qu'il m'en est resté toujours un secret dégoût pour l'habitation de cette capitale. Je puis dire que tout le temps que j'ay ai vécu dans la suite ne fut employé qu'à y chercher des ressources pour me mettre en état d'en vivre éloigné. Tel est le fruit d'une imagination trop active, qui exagère par-dessus l'exagération , et on voit toujours plus que ce qu'on lui dit. On m'avait tant vanté Paris, que je me l'étais figuré comme l'ancienne Babylone, dont je trouverais peut-être autant à rabattre, si je l'avais vue, du portrait que je m'en suis fait.
  • Lyon, la ville : § 76 . "Comme à Paris, ni dans aucune autre ville, jamais rien ne m'est arrivé de semblable à ces deux aventures, il m'en est resté une impression peu avantageuse au peuple de Lyon, et j'ai toujours regardé cette ville comme celle de l'Europe où règne la plus affreuse corruption".

BILAN :

On remarque en effet que les passages descriptifs sont nombreux dans ce livre IV. Nombreux sont aussi les évocations de villes, de paysages, et la nature occupe une place privilégiée.

Schématiquement qu'est-ce que la nature pour Rousseau ? On a envie de dire rien tant la nature est liée sans doute à l'imagination de Rousseau et à son état d'esprit . Cependant, on s'aperçoit que la nature est d'abord un lieu de solitude, de liberté. Et Rousseau goûtera cette nature s'il a l'impression d'être libre. Ensuite, l'évocation de la nature est toujours faite de parti pris: c'est une nature de beau temps, c'est une nature qui offre à Rousseau la possibilité de dormir, de vivre d'une manière au fond idyllique.

Le paysage, dans son spectacle doit contribuer à l'exaltation des sentiments par quelque chose de fort, de grand.

Ainsi du lac de Genève, auquel sans doute il reste attaché viscéralement par ses origines et qu'il peuple systématiquement : " Quand l'ardent désir de cette vie heureuse et douce qui me fuit et pour laquelle j'étais né vient enflammer mon imagination, c'est toujours au pays de Vaud, près du lac, dans des campagnes charmantes, qu'elle se fixe. Il me faut absolument un verger au bord de ce lac et non pas d'un autre; il me faut un ami sûr, une femme aimable, une vache et un petit bateau."

Ainsi aussi du spectacle aux alentours de Lyon : "Des jardins élevés en terrasse bordaient le chemin du côté opposé. Il avait fait très chaud ce jour-là, la soirée était charmante; la rosée humectait l'herbe flétrie; point de vent, une nuit tranquille; l'air était frais, sans être froid; le soleil, après son coucher, avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l'eau couleur de rose; les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l'un à l'autre. Je me promenais dans une sorte d'extase, livrant mes sens et mon coeur à la jouissance de tout cela.". On sent bien dans ce passage tout le contraste entre la chaleur de la journée et la fraîcheur régénératrice du soir. De même une certaine unité se saisit du paysage sous le coucher du soleil : des vapeurs roses dans le ciel, une eau couleur de rose. Un paysage dont l'harmonie est le maître mot. Les Baudelaire mettrait en évidence cette correspondance que Rousseau suggère à peine. Parce que le spectacle de Rousseau est plus un spectacle soulignant la délicatesse. Le seul élément lourd, puissant, est le terme "chargés" soulignant l'abondance des rossignols. Une rosée qui humecte l'herbe, un ciel qui donne ses couleurs rosées à l'eau, qui elle-même évoque la rose, des arbres chargés, des rossignols : c'est le paradis terrestre !

A l'opposé, et le contraste est saisissant, la ville comme Paris évoque la saleté, la pauvreté.

On aura compris que pour Rousseau, la nature est au coeur d'une idéologie qui oppose le sauvage et l'homme civilisé. Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que pour Rousseau la nature n'est jamais qu'un point de départ au vagabondage de l'imagination ou à l'abandon de l'être. Un tel état est-il possible dans l'astreinte d'une vie besogneuse ?

 

  • Rousseau et les voyages

 

  • Repérage

 

  • Avec l'archimandrite § 57 : " Partis de Berne, nous allâmes à Soleure; car le dessein de l'archimandrite était de reprendre la route d'Allemagne, et de s'en retourner par la Hongrie ou par la Pologne, ce qui faisait une route immense : mais comme, chemin faisant, sa bourse s'emplissait plus qu'elle ne se vidait, il craignait peu les détours. Pour moi, qui me plaisais presque autant à cheval qu'à pied, je n'aurais pas mieux demandé que de voyager ainsi toute ma vie "
  • De Paris à Lyon § 67 : " La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées; je ne puis presque penser quand je reste en place; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. La vue de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, le grand appétit, la bonne santé que je gagne en marchant, la liberté du cabaret, l'éloignement de tout ce qui me fait sentir ma dépendance, de tout ce qui me rappelle à ma situation, tout cela dégage mon âme, me donne une plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l'immensité des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré, sans gêne et sans crainte. Je dispose en maître de la nature entière; mon coeur, errant d'objet en objet, s'unit, s'identifie à ceux qui le flattent, s'entoure d'images charmantes, s'enivre de sentiments délicieux"
  • De Lyon à Annecy § 83 :" La vie ambulante est celle qu'il me faut. Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable : voilà de toutes les manières de vivre celle qui est la plus de mon goût."

 

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