LETTRES ANGEVINES

Par Yvon JOSEPH-HENRI
Copyrights©Yvon JOSEPH-HENRI

COURS DE VACANCES

ORGANISATION DES COURS ET DU TRAVAIL

N.B. dans tous vos courriers électroniques indiquez en objet cours de vacances et ajoutez de manière claire de quel exercice il s'agit (auteur, oeuvre, passage, questions)

SEMAINE 1 :

29 JUIN - 4 JUILLET

réponses élèves

Correction professeur

Fiches apprentissage

Etude générale

XVI ème siècle

Oeuvre complète

Camus: l'Etranger

Etude textes

Camus : l'enterrement

Sartre : I.1. (étude de la scène entière)

Rabelais : Gargantua(1)

Devoir à rendre

Dissertation 1

Oeuvre complète

Sartre: Les Mouches

Travail supplémentaire demandé à Debbie : exposé sur Sartre

SEMAINE 2 :

6 JUILLET - 11 JUILLET

réponses élèves

Correction professeur

Fiches apprentissage

Etude générale

XVII ème siècle

Oeuvre complète

Camus : l'Etranger

Etude textes

Camus : ch.2-5

Camus : le meurtre

Sartre : I.2

Racine : Phèdre V.6

Devoir à rendre

Commentaire composé 1

Oeuvre complète

Sartre : les Mouches

SEMAINE 3 :

13 JUILLET- 18 JUILLET

réponses élèves

Correction professeur

Etude générale

XVIIIème siècle

Oeuvre complète

Camus : l'Etranger

Etude textes

Camus : le juge d'instruction

Sartre : II.5

Montesquieu : Lettres persanes

Devoir à rendre

Dissertation 2

Oeuvre complète

Sartre : les Mouches

SEMAINE 4:

20 JUILLET - 25 JUILLET

Réponse élèves

  • XIX ème siècle : Vanessa
  • Camus
  • Sartre
  • Hugo
  • Commentaire composé 2
  • Camus : fiche d'analyse de la Chute par Debbie

Etude générale

XIX ème siècle

Oeuvre complète

Camus : l'Etranger

Etude textes

Camus : la fin

Sartre : III.6

Hugo : Les Châtiments (textes académie de Strasbourg)

Devoir à rendre

Commentaire composé 2: BAUDELAIRE, Harmonie du Soir ( texte acad. Strasbourg)

Oeuvre complète

Sartre : les Mouches

(1) Note : le texte de Gargantua est disponible sur le site des Bibliophiles. Cliquez sur Gargantua pour y accéder.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dissertation 1 :

Selon Michel Butor, «le romancier [...] nous présente des événements semblables aux événements quotidiens

Partagez-vous ce point de vue ? Vous vous appuyerez pour votre réponse sur l'Etranger de Camus, ou, à votre choix, sur Gargantua de Rabelais, Le Noeud de Vipères de Mauriac, Les Faux-Monnayeurs de Gide

 

Annexe: texte de Butor

Le roman est une forme particulière de récit.

Celui-ci est un phénomène qui dépasse considérablement le domaine de la littérature : il est un des constituants essentiels de notre appréhension(1) de la réalité. Jusqu'à notre mort, et deuis que nous comprenons des paroles, nous sommes perpétuellement entourés de récits, dans notre famille tout d'abord, puis à l'école, puis à travers les rencontres et les lectures.

Les autres, pour nous, ce n'est pas seulement ce que nous en avons vu de nos yeux, mais ce qu'ils nous ont raconté d'eux-mêmes, ou ce que d'autres nous en ont raconté : ce n'est pas seulement ceux que nous avons vus, mais aussi tous ceux dont on nous a parlé.

Ceci n'est pas seulement vrai des hommes, mais des choses mêmes, des lieux, par exemple, où je ne suis pas allé mais que l'on m'a décrits.

Ce récit dans lequel nous baignons prend les formes les plus variées, depuis la tradition familiale, les renseignements que l'on se donne à table sur ce qu'on a fait le matin, jusqu'à l'information journalistique ou l'ouvrage historique. Chacune de ces formes nous relie à un secteur particulier de la réalité.

Tous ces récits véridiques ont un caractère en commun, c'est qu'ils sont toujours en principe vérifiables. Je dois pouvoir recouper ce que m'a dit un tel par des renseignements venus d'un autre informateur, et ceci indéfiniment; sinon, je me trouve devant une erreur ou une fiction.

Au milieu de tous ces récits grâce auxquels se constitue en grande partie notre monde quotidien, il peut y en avoir qui sont délibérément inventés. Si, pour éviter toute méprise, on donne aux événements racontés des caractéristiques qui les distinguent d'emblée de ceux auxquels nous avons l'habitude d'assister, nous nous trouvons devant une littérature fantastique, mythes, contes, etc. Le romancier, lui, nous présente des événements semblables aux événements quotidiens, il veut leur donner le plus possible l'apparence de la réalité, ce qui peut aller jusqu'à la mystification (Defoe) (2).

Mais ce que nous raconte le romancier est invérifiable et, par conséquent, ce qu'il nous en dit doit suffire à lui donner cette apparence de réalité. Si je rencontre un ami et qu'il m'annonce une nouvelle surprenante, pour emporter ma créance (3) il a toujours la ressource de me dire que tels ou tels ont eux aussi été témoins, que je n'ai qu'à aller vérifier. Au contraire, à partir du moment où un écrivain met sur la couverture de son livre le mot roman, il déclare qu'il est vain de chercher ce genre de confirmation. C'est par ce qu'il nous en dit et par là seulement que les personnages doivent emporter la conviction, vivre, et cela, même s'ils ont existé en fait.

Imaginons que nous découvrions un épistolier (4) qu XIXème siècel déclarant à son correspondant qu'il a très bien connu le Père Goriot, que celui-ci n'était pas du tout comme Balzac nous l'a peint, que notamment, à telle et telle page, il y a de grossières erreurs, cela n'aurait évidemmen aucune importance pour nous. Le Père Goriot est ce que Balzac nous en dit (et ce qu'on peut en dire à partir de là); je peux estimer que Balzac se trompe dans ses jugements par rapport à son propre personnage, que celui-ci lui échappe, mais pour justifier mon attitude, il faudra que je m'appuie sur les phrases même de son texte; je ne puis invoquer d'autre témoin.

Michel Butor, Essais sur le roman, 1969

1. Appréhension : compréhension
2. Defoe (1660-1731) : célèbre auteur de Robinson Crusoé
3. Emporter ma créance : m'amener à croire en la vérité de la nouvelle
4. Un épistolier : une personne qui écrit des lettres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dissertation 2

François Mauriac écrit dans Le Romancier et ses personnages (1933) :

« Les grands romanciers nous fournissent ce que Paul Bourget (1) appelait des planches d'anatomie morale (...). Aussi vivants que ces héros nous apparaissent, ils ont toujours une signification, leur destinée comporte une leçon, une morale s'en dégage qui ne se trouve jamais dans une destinée réelle toujours contradictoire et confuse.»

(1) Paul Bourget est un romancier français (1852-1935)

Vous expliquerez et discuterez cette opinion en vous appuyant sur des exemples précis.

 

Annexe : Textes sur le roman, l'art

1. Le roman un genre privilégié

La fortune extraordinaire qu'il a connue en si peu de temps, c'est vraiment en parvenu que le roman l'a gagnée, car, à y regarder de près, il la doit surtout à ses conquêtes sur les territoires de ses voisins, qu'il a patiemment absorbés jusqu'à réduire presque tout le domaine littéraire à l'état de colonie. Passé du rang de genre mineur et décrié à une puissance probablement sans précédent, il est maintenant à peu près seul à régner dans la vie littéraire, une vie qui s'est laissé façonner par son esthétique et qui, de plus en plus, dépend économiquement de son succès. Avec cette liberté du conquérant dont la seule loi est l'expansion indéfinie, le roman, qui a aboli une fois pour toutes les anciennes castes littéraires -celles des genres classiques- s'approprie toutes les formes d'expression, exploite à son profit tous les procédés sans même être tenu d'en justifier l'emploi. Et parallèlement à cette dilapidation du capital littéraire accumulé par les siècles, il s'empare de secteurs de plus en plus vastes de l'expérience humaine, dont il se targue d'avoir une connaissance approfondie et dont il donne une reproduction, tantôt en la saisissant directement, tantôt en l'interprétant à la façon du moraliste, de l'historien, du théologien, voire du philosophe et du savant. Semblable par bien des traits à la société impérialiste où il est né (son esprit d'aventure est toujours un peu celui de Robinson, lequel ne transforme pas par hasard son île déserte en colonie), il tend irrésistiblement à l'universel, à l'absolu, au tout des choses et de la pensée; par là sans aucun doute il uniformise et nivelle la littérature, mais d'un autre côté, il lui fournit des débouchés inépuisables puisqu'il n'y a rien dont il ne puisse traiter. Genre révolutionnaire et bourgeois, démocratique par choix et animé d'un esprit totalitaire qui le porte à briser entraves et frontières, le roman est libre, libre jusqu'à l'arbitraire et au dernier degré de l'anarchie. Paradoxalement, toutefois, cette liberté sans contrepartie n'est pas sans rappeler beaucoup celle du parasite, car par une nécessité de sa nature, il vit tout à la fois aux frais des formes écrites et aux dépens des choses réelles dont il prétend "rendre" la vérité. Et ce double parasitisme, loin qu'il restreigne ses possibilités d'action, semble accroître ses forces er reculer encore ses limites.

La fortune historique du roman tient évidemment aux privilèges exorbitants que la littérature et la réalité lui ont concédés toutes deux avec la même générosité. De la littérature, le roman fait rigoureusement ce qu'il veut : rien ne l'empêche d'utiliser à ses propres fins la description, la narration, le drame, l'essai, le commentaire, le monologue, le discours; ni d'être à son gré, tour à tour ou simultanément, fable, histoire, apologue, idylle, chronique, conte, épopée; aucune prescription, aucune prohibition ne vient le limiter dans le choix d'un sujet, d'un décor, d'un temps, d'un espace; le seul interdit auquel il se soumette en général, celui qui détermine sa vocation prosaïque, rien ne l'oblige à l'observer absolument, il peut s'il le juge à propos contenir des poèmes ou simplement être «poétique». Quant au monde réel avec lequel il entretient des relations plus étroites qu'aucune autre forme d'art, il lui est loisible de le peindre fidèlement, de le déformer, d'en conserver ou d'en fausser les proportions et les couleurs, de le juger; il peut même prendre la parole en son nom et prétendre changer la vie par la seule évocation qu'il en fait à l'intérieur de son monde fictif. S'il y tient, il est libre de se sentir responsable de son jugement ou de sa description, mais rien ne l'y force, ni la littérature ni la vie ne lui demandent compte de la façon dont il exploite leurs biens.

Marthe Robert, Roman des origines et origines du roman, 1972 [EAF Orléans-Tours 1978]

2. L'art, point de rencontre de l'homme et de l'univers

L'art est une fonction essentielle de l'homme, indispensable à l'individu comme aux sociétés et qui s'est imposé à eux comme un besoin dès les origines préhistoriques. L'art et l'homme sont indissociables. Pas d'art sans homme, mais peut-être également pas d'homme sans art. Par lui, l'homme s'exprime plus complètement, donc se comprend et se réalise mieux. Par lui, le monde devient plus intelligible et accessible, plus familier. Il est le moyen d'un perpétuel échange avec ce qui nous entoure, une sorte de respiration de l'âme assez analogue à celle, physique, dont ne peut se passer notre corps. L'être isolé ou la civilisation qui n'accèdent pas à l'art sont menacés d'une secrète asphyxie spirituelle, d'un trouble moral [...]

L'art commence du moment où l'homme crée, non plus comme les animaux dans un dessein utilitaire, mais pour représenter ou pour exprimer . Dans l'un et l'autre cas, il se sert d'un objet, façonné de sa main, crée par lui : l'oeuvre d'art.

Par elle, nous venons de le dire, il représente ou il exprime, c'est-à-dire qu'il essaie de rompre, dans l'un et l'autre cas, une des limites que lui impose la nature. Quand il représente, il lutte contre l'impossibilité où il est mis d'échapper à la fuite du temps, qui abolit sans cesse ce que nous sommes; il confie son témoignage à une matière plus stable et plus durable que la mémoire. Dans les sociétés anciennes, il sculptait ou il peignait le mythe religieux ou l'événement historique dont il voulait fixer le spectacle; dans les temps plus récents, il s'attache de plus en plus à préserver un visage ou un paysage dont la fugitive beauté l'a ému. L'art ressortit alors surtout à l'impression .

Mais il est une autre impossibilité : celle de faire connaître à autrui ce que l'on porte en soi, le monde inconnu, inexprimable, de ce que l'on ressent, de ce que l'on imagine, de ce que l'on rêve. L'artiste tente de faire rentrer dans le visible ce monde invisible qui n'existe que dans notre tête ou dans notre coeur; il essaie de projeter dans son oeuvre ce qu'il détient en lui, aussi bien le besoin d'une certaine harmonie qu'une manière de penser ou une manière de sentir. Ce secret, il cherche à en donner l'équivalence lisible dans une image et à le faire ainsi éprouver à ceux qui la déchiffreront. L'art ressortit alors surtout à l'expression .

Matériellement parlant, l'art est donc un acte par lequel on transporte, on transcrit dans la matière. Mais quoi ? Quelque chose de l'univers ou quelque chose de soi; un reflet du monde extérieu ou du monde intérieur, et bien souvent les deux à la fois. Car tout ce qu'on figure de l'univers, on l'interprète immanquablement à sa manière; on y imprime son propre accent.

Inversement, tout ce qu'on exprime de soi, on est obligé, pour lui donner un corps, de l'incarner dans une apparence visible, empruntée aux choses; de même l'auteur dramatique est obligé de faire passer ses intentions dans les paroles et les gestes des acteurs qui, sur la scène, s'agiteront à son gré.

Par l'art, ce qui est dans l'âme prend une forme, devient une réalité visible; par l'art, la réalité visible, jusque-là uniquement physique, prend un sens humain, acquiert une âme. Merveilleux et fécond échange d'où naît une tierce réalité qui est à la fois l'homme et le monde, qui participe des deux et les relie, en les portant en même temps à un degré supérieur d'existence, celui de la beauté.

René Huyghe, L'art et l'homme [Eaf Grenoble 1978]