LETTRES ANGEVINES

Par Yvon JOSEPH-HENRI
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CORRIGES

SEMAINE 3

XVIII

CAMUS

1. CHAPITRE I

  • Dans les 3 premiers paragraphes, étudiez l'humour involontaire du narrateur.

Toute la question reste de savoir s'il s'agit réellement d'un humour involontaire !!!

Le fait que Meursault se retienne de serrer la main du juge parce qu'il a tué un homme : est-il plus pestiféré pour autant ? De plus, on l'impression que Meursautl imagine qu'il a failli faire une "gaffe" : on n'est pas dans le même registre que le meurtre ! Ce que je trouve le mieux, c'est le "Entrons dans le vif du sujet" de l'avocat à propos d'un meurtre !

Une autre forme d'humour réside il me semble dans la tenue de l'avocat : sa cravate ressemble à s'y méprendre à des barreaux de prison ou si vous préférez aux costumes de bagnards aux Etats-Unis (mon amour des Dalton me perdra !!!)

Enfin, si l'on prend garde au vocabulaire on s'aperçoit que tout ce début s'apparente à des sortes de mondanités :

"mon affaire" (2 fois), "très commode" "la justice se chargeât de ces détails"

"Il m'a reçu" [recevoir !], "Il m'a fait asseoir [dans le fauteuil], "notre conversation", "En sortant, j'allais [même] lui tendre la main" [tout ceci s'apparente au rituel d'une visite à quelques exceptions prés]

+ le dialogue : "il a voulu savoir", "j'ai reconnu", "je l'ai questionné", "a-t-il dit", "j'ai répondu", "il a souri en disant", "j'ai trouvé", "Je le lui ai dit", "Il m'a approuvé et a conclu".

Il reste aussi à souligner que ces deux premiers paragraphes se terminent presque sur le jugement de Meursault sur le juge : "Il m'a paru très raisonnable, et, somme toute, sympathique" !

Il n'est pas jusqu'à l'allusion de Meursault "je me suis souvenu" qui montre qu'il oubliait ce pourquoi il était là !

  • Etude du § 1:
    • étudier l'évolution du récit dans ce paragraphe.

L'évolution du récit dans ce paragraphe est intéressante dans le rapport qu'il entretient avec le temps : le début, bref, s'étale sur 8 jours au moins. La première entrevue elle occupe environ les 3/4 du paragraphe. C'est bien la preuve que l'entretien entre Meursault et le juge d'instruction a une valeur toute particulière malgré son côté anodin.

Ensuite, tout le récit est contruit sur des contradictions, des paradoxes :

- j'ai été interrogé plusieurs fois./ Mais ils s'agissait...

- mon affaire semblait n'intéresser personne./ Huit jours après (...) au contraire

- le juge d'instruction (...) m'a regardé avec curiosité ./ Mais pour commencer

Enfin, plus on avance dans le premier paragraphe et plus le dialogue occupe de la place.

On peut en conclure aisément que ce paragraphe introduit le personnage du juge d'instruction et la relation que Meursault va établir avec lui. Il s'agit de montrer que l'idée que Meursault se fait de la justice, de son acte, n'a rien à voir avec la réalité . Bien entendu, une question sous-jacente reste présente : qui a raison ?

  • Quels termes traduisent l'avènement de quelque chose de différent ?

Huit jours après , au contraire sont des termes qui traduisent des ruptures. De même à "mon affaire semblait n'intéresser personne" s'oppose la "curiosité" du juge d'instruction.

  • Que pensez-vous de termes et d'expressions comme :
    • Tout de suite
    • n'ont pas duré longtemps,
    • Huit jours après
    • au contraire,
    • seulement

Tout ces termes traduisent des notions soit temporelles (tout de suite, pas longtemps, huit jours) soit des points de vue (au contraire, seulement) qui soulignent au fond dans les deux cas la perception limitée de Meursault. Il ne dispose guère d'un sens aigu du temps qui s'écoule. Ensuite, sa relation avec sa situation se fait simplement par rapport à l'intérêt de ses attentes et de ses éventuelles déceptions.

Tout cela traduit un sentiment profond d'en finir avec les conséquences de son acte. Meursault n'a pas conscience réellement de ce qu'il risque, la peine de mort.

  • Que penser du dialogue entre le juge d'instruction et Meursault - dans la forme et dans le fond - ?

Le dialogue entre le juge d'instruction et Meursault est digne d'un échange civil, presque mondain -si Meursault pouvait être à sa place dans un tel monde. Pourtant, insensiblement, les divergences apparaissent entre Meursault et le juge d'instruction qui portent sur la notion de justice. C'est en effet le terme qu'emploie Meursault -et sans doute il sait ce qu'il a fait, il estime donc qu'il mérite une peine, une condamnation-; à cette notion de justice, le juge semble préférer le terme de loi qui n'a pas la même valeur. La loi représente la règle humaine régissant les conduites des hommes, la justice sans doute traduit un absolu, un idéal inaccessible et dont on est loin.

Par ailleurs, la notion d'avocat est à la fois une notion relativement lointaine pour Meursault, eût égard à sa condition sociale, et parce qu'il ignore tout de l'appareil judiciaire. Que la loi désigne un avocat d'office est peut-être une bonne chose, commode, mais cela marque déjà l'inégalité devant la justice des hommes.

  • Que représente le juge d'instruction pour Meursault ? Pour le juge lui-même ?

Pour Meursault, le juge d'instruction représente presqu'un allié qui approuve les propos de Meursault. C'est quelqu'un qui s'intéresse à lui. Mais perçoit-il dans quel but réel ? Sûrement pas. Le juge apparaît dans ce début comme un homme qui procède selon un ordre que nous considérons comme immuable, mais qui en fait est celui d'une simple administration. Tout ce premier paragraphe, traduit implicitement les rouages d'une administration qui possède au fond quelque chose d'inhumain quand Meursault symbolise, lui, paradoxalement, les sentiments humains.

  • Etude du § 2 :
    • Y a-t-il une continuité entre le § 1 et le § 2 ? Expliquez votre point de vue en justifiant votre réponse.

La continuité n'est qu'apparente. Certes, on parle du même sujet, certes ce sont les mêmes personnages, mais le fond même de ce que signifient ces passages est différent. Dans le premier paragraphe, on raconte le premier entretien, dans le deuxième, on revient sur l'ensemble de l'entretien pour en évoquer la mise en scène.

  • Etudiez le décor de la pièce. Montrez que par son économie, il fait tout à fait penser à un décor de théâtre. Quelle est la fonction du décor au théâtre ?

Bien entendu, la pièce, évoque un théâtre : d'abord par son côté artificiel et ses rideaux. Ensuite, la lampe certes évoque les interrogatoires policiers des films -et par là un côté stéréotypé- mais elle évoque aussi les éclairages, artificiels, du théâtre. De même, le décor se réduit à une expression limitée : fauteuil, bureau, lampe, rideaux. C'est un décor dont la fonction est de suggérer et le cadre et un sens.

  • Pourquoi Meursault a-t-il failli tendre la main au juge ? Quels éléments viennent étayer l'attitude de Meursault vis-à-vis du juge ?

Meursault trouve le juge sympathique et il ne perçoit la distance que par rapport au fait qu'il a commis un meurtre et non par le fait que le juge est chargé de préparer le dossier et le chef d'accusation. Les termes de sympatique est déjà un élément qui nous indique ce sentiment de Meursault. Mais la description du juge regorgent d'éléments qui traduisent les sentiments favorables de Meursault : l'ampleur (grand, longue moustache, cheveux abondants), le caractère vénérable (cheveux blancs, moustache grise) qui induit chez Meursault l'idée que le personnage est raisonnable, les éléments agréables (traits fins, yeux bleus).

Ensuite, Meursault a été comme accueilli, reçu par le juge : "il m'a reçu", "il m'a fait asseoir" , il réserve "le fauteuil" et Meursault a l'impression d'une liberté ("en sortant") qui au fond l'égare.

  • Intérêt de la dernière phrase du paragraphe 2

Cette dernière phrase au fond est cocasse si elle ne paraissait pas témoigner de toute l'ambiguïté de la situation. Ensuite, elle montre tout ce que le système a d'artificiel et de faux. Ce sont des paroles, alors qu'il s'agit ensuite d'acte qui mettent en jeu la vie de quelqu'un, le condamné.

  • La fin du chapitre :
    • Le juge est-il toujours raisonnable ?

Non : non seulement il cherche à obtenir une contrition de Meursault, ce qui n'est pas son rôle, mais il le fait sous couvert de la religion alors que la justice n'a rien à voir avec la religion. De plus, le juge perd son sang froid ce qui est un comble .

Pourquoi appelle-t-il Meursault "monsieur l'Antéchrist" ? Quel sens cela peut-il avoir pour Camus ?

S'il appelle Meursault l'Antéchrist, c'est qu'il considère que Meursault est une sorte de contraire du Christ : ce dernier est venu racheter les péchés des hommes et Meursault symbolise celui qui renvoie au Juge l'image d'un homme endurcit dans le péché et qui refuse le pardon de Dieu par la mort du Christ et donc la rédemption. Dès lors, d'une certaine manière, le sort de Meursault est joué pour le juge.

Pour Camus, les choses sont moins évidentes. Sans doute traduit-il tout ce que notre justice emprunte à la civilisation gréco-latine et au christianisme. Ce sens de la justice se retrouve d'ailleurs au coeur de la Chute de Camus et, dans la peste, on retrouve 1. un prêtre (Paneloux), 2. un juge (Othon) , 3. un fils du juge (le petit Othon) qui mourra crucifié par la Peste, 4. un "Saint Just" (Tarrou") dont le père, procureur, assistait au petit matin aux exécutions des condamnés.

C'est dire l'importance pour Camus de la justice, de la mort, du mal et de la religion. Une question qui reste en suspens et qui me hante, c'est celle d'une sorte de nouveau Christ crucifié par Camus pour montrer aux hommes le vrai sens à donner à la vie. C'est du moins ainsi que je vois la dernière page du livre.

Je tâcherai d'y revenir lors de mes cours (mais si, mais si, j'espère avoir le temps, après les vacances, si je n'ai rien fait avant !)


DISSERTATION

François Mauriac écrit dans Le Romancier et ses personnages (1933) :

« Les grands romanciers nous fournissent ce que Paul Bourget (1) appelait des planches d'anatomie morale (...). Aussi vivants que ces héros nous apparaissent, ils ont toujours une signification, leur destinée comporte une leçon, une morale s'en dégage qui ne se trouve jamais dans une destinée réelle toujours contradictoire et confuse.»

(1) Paul Bourget est un romancier français (1852-1935)

Vous expliquerez et discuterez cette opinion en vous appuyant sur des exemples précis.

  • Aide à la compréhension du sujet

Il faut avant tout partir de la notion que Bourget a des personnages. Que signifie qu'ils sont "des planches d'anatomie morale" ? La suite du sujet nous laisse entrevoir ce dont il s'agit : ils sont vivants. Une planche d'anatomie, en médecine, sert à comprendre le corps humain. Une planche d'anatomie morale serait -si c'était possible !- un ensemble de dessins et de schémas qui permettraient de comprendre les différents caractère et personnalités de l'homme, répertoriés comme si l'entreprise pouvait ne pas être infinie.

Il s'agit donc de chercher à voir si on peut illustrer et expliquer le point de vue de Bourget. Il faut pour cela prendre des personnages de romans et s'attacher à montrer qu'ils composent une sorte de galerie de portraits et de personnalités qui permettent de découvrir la diversité de la vie humaine. Il faut aussi essayer de souligner que par là les personnages du roman collent à la vie.

Par contre, ce que Mauriac souligne, c'est que ces personnages ne peuvent pas être vrais : ils sont faux. Et cela se voit par le côté caricatural : ils ont toujours une signification, leur destinée comporte une leçon, une morale s'en dégage qui ne se trouve jamais dans une destinée réelle toujours contradictoire et confuse . Autrement dit, dans la vie, nous n'avons pas de destinée claire : tout est contradictoire et confus au contraire du roman et de ses personnages.