LETTRES ANGEVINES par Yvon JOSEPH-HENRI


La Chute

d'Albert Camus

ETUDES DETAILLEES

[Chapitre II]
[1-Un art consommé du discours et du suspens] [2-Un procédé didactique] [3-Elements individuels et vérité générale] [4-Psychanalyse ou autobiographie ? Un art de convaincre !] [5-Un jugement, donc l'introduction d'une morale] [6-La condamnation de toute une société] [7-L'émergence d'une vision désespérante de la société] [8-Qu'est-ce que la société dans laquelle nous vivons ?] [9-Une définition en filigrane de la vie] [10-Une dimension tragique, liée au regard posé sur l'existence] [11-L'inversion des valeurs de l'histoire du Catholicisme : l'Antéchrist] [12-Le séjour des ombres, ou une vision de l'enfer] [13-Eléments d'étude] [14-Le sens didactique] [15-La rhétorique en action] [16-Définitions]
 
[Chapitre III]
[Chapitre IV]
[Chapitre V]
[Chapitre VI]
 
rappels :
[chapitre I] [Etude d'un passage]
[Amsterdam : réalités historiques]
[page de base de Camus]
[index]

Les références de pages renvoient à l'édition du Livre de Poche

ETUDE DU CHAPITRE 2.
 
Un art consommé du discours et du suspens

Le chapitre 2 commence par une question , «Qu'est-ce qu'un juge-pénitent ?» , dont la réponse ne sera donnée qu'au dernier chapitre, le 6. C'est dire assez que Clamence est conscient de la construction de son récit, et d'ailleurs lorsqu'il ajoute «Ah ! je vous ai intrigué avec cette histoire .» il souligne à quel point il a conscience de l'effet d'attente et de surprise qu'il crée chez son auditeur.

 
Un procédé didactique

L'ensemble du chapitre est en réalité consacré à l'évocation de la vie de Clamence lorsqu'il avait bonne conscience, et qu'il était un avocat célèbre à Paris .

 
Mais Clamence est parfaitement conscient de ce qu'il prend un interlocuteur qui a un état d'esprit que l'on ne peut heurter de plein front.
Elements individuels et vérité générale
 
Pourtant, il devient manifeste que peu à peu Clamence joue sur un tissage étroit entre des éléments individuels qu'il construit en faisant référence à son expérience personnelle, et des éléments collectifs, généraux, qu'il livre sous forme d'aphorismes, de vérités générales ou de proverbes. Dès lors, on peut comprendre une partie de sa stratégie : faire un portrait tout à la fois de lui-même mais aussi de son interlocuteur et, au-delà , de l'homme. Non seulement nous sommes bien au coeur de la stratégie de Clamence, mais nous sommes aussi au coeur du fonctionnement de l'art littéraire tout entier : le roman, le théâtre, ne procèdent-ils pas d'un double effort d'individualisation et de généralisation ?
 
Psychanalyse ou autobiographie ? Un art de convaincre !

Pourquoi ce double effort , sinon pour persuader son interlocuteur (comme un lecteur ordinaire) de la vérité de ses propos ? En effet, Clamence non seulement décrit sa manière de vivre, mais il la dénonce. Et il la dénonce en opposant l'acte et l'intention ou la finalité intentionnelle "véritable". C'est donc un véritable jugement qu'il fait, lui qui dénonce dès le début de ce chapitre la fonction des juges (« je ne pouvais comprendre qu'un homme se désignât lui-même pour exercer cette surprenante fonction » p.21). Comment Clamence peut-il en effet juger un acte ? Il ne peut le faire qu'en interprétant de fait le sens profond de cet acte, les raisons pour lesquelles il a été commis. On comprend qu'il ne peut réussir cette opération que parce qu'il parle officiellement de lui-même et qu'il le fait selon un système de conventions (celui-là même qui est à l'origine de l'autobiographie) qui veut que l'on soit le mieux placé pour se connaître et parler de soi.

 
Dès lors, le discours de Clamence peut faire penser à une psychanalyse. Et pourtant il s'en écarte notablement dans la mesure où Clamence décrypte justement les raisons de ses actes. On se rend compte qu'il fait le patient et le médecin psychiatre tout en même temps. On serait donc plus près d'une autobiographie dans la mesure où il y a mise en scène des faits et donc, où le résultat est plus proche d'une fiction, à la réserve près que dans une autobiographie on suppose l'auteur de bonne fois, alors que Clamence est de mauvaise foi et de manière manifeste!
 
Un jugement, donc l'introduction d'une morale.
 
En effet, Clamence s'applique à juger celui qu'il présente en lui refusant la moindre circonstance atténuante. Si l'avocat défend des gens, c'est pour gagner son procés : si on y réfléchit bien, c'est même la raison profonde de l'existence de l'avocat depuis les Romains ! Ce qui pourrait paraître légitime du seul point de vue du client de l'avocat est présenté de manière scandaleuse par Clamence quant à son comportement personnel à l'époque où il exerçait sa profession . Ainsi, ce n'est pas tant un métier qu'il prétend exercer mais un sacerdoce, c'est-à-dire une activité essentiellement morale, voire religieuse dans ses fondements : il ne défend pas n'importe qui mais plutôt des victimes, de "bons meurtriers". Après tout, n'est-ce pas là l'idéal du métier de l'avocat ? Non seulement défendre des accusés, mais les défendre parce qu'ils sont innocents ? Un tel avocat devient dès lors non seulement un individu qui accomplit le métier pour lequel il est payé, mais il devient de surcroît une sorte de saint qui accomplit une croisade pour sauver des innocents.
 
Pourtant non seulement Clamence avocat à Paris n'est pas un saint, mais il nous est présenté quasiment comme un criminel. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il nous montre que toute cette vertu n'était qu'au service d'un vice. Autrement dit, plus la vertu était grande et plus l'écart entre l'objectif visé et l'attitude entretenue par l'avocat devenait grand. Dès lors, Clamence se condamne déjà pour duplicité , et il nous fait prendre conscience de ce que cette duplicité a de coupable parce qu'elle oppose une attitude apparente à une raison morale.
 
Ce faisant Clamence nous conduit peu à peu à envisager l'homme à travers un manichéisme chrétien : le monde est bivalent dans la mesure où le Bien côtoie le Mal.
 
Mieux, Clamence nous conduit à une vision critique de la position de Sartre. On retrouve en effet dans la dénonciation de Clamence une sorte d'inversion de l'idée de l'auteur de La Nausée , des Mouches ou de Huis Clos: , le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions. Ici, Clamence démontre qu'avec des actes louables, on peut avoir de mauvaises intentions, ou du moins des intentions coupables au plan de la morale.
 
En introduisant l'inversion de l'idée de Sartre, Camus démontre dès lors que Sartre ne croyait pas si bien dire en signifiant que "l'enfer c'est les autres" : la vie est un enfer dès lors qu'elle est corrompue par le jugement et le soupçon d'immoralité. Une telle vie s'oppose radicalement à celle des oeuvres de Camus que sont par exemple L'Etranger ou la Peste . N'oublions pas que dans l'Etranger comme dans la Peste, le juge est un personnage discutable (le juge d'instruction dans l'Etranger brandit un crucifix pour découvrir le degré d'endurcissement au mal de Meursault), et que jamais dans la Peste, le moindre jugement de valeur ne distingue réellement Grand de Rambert ou de Rieux .
 
 
La condamnation de toute une société.
 
Dès lors, c'est peu à peu que Clamence introduit, via son cas personnel , une condamnation de la société entière.
 
En soulignant le caractère ambigu de sa courtoisie, de sa politesse, Clamence nous donne à réfléchir à l'aspect social de ces actes : il s'agit de se faire passer pour un individu poli , facile à vivre au milieu des autres. Mais n'est-ce pas plus une image qu'une réalité ? A quelle réalité profonde de caractère correspond cette image que nous donnons à voir de nous ? Sommes-nous comme Clamence des êtres qui nous cachons derrière les apparences sociales ? Diderot avec son Neveu de Rameau ne nous donnait déjà pas autre chose à penser finalement. Et puis, après tout, nous trouvons déjà cette ambiguïté de l'apparence dès le livre I, lorsque Clamence évoque «le beau langage» et ajoute «Je sais bien que le goût du linge fin ne suppose pas forcément qu'on ait les pieds sales. N'empêche. Le style, comme la popeline, dissimule trop souvent de l'eczéma. Je m'en console en me disant qu'après tout, ceux qui bafouillent, non plus ne sont pas purs» (livre I page 8). Or, les actes sociaux sont détaillés de manière quasi exhaustive dans ce livre II : d'abord le métier, la vie professionnelle; ensuite la vie civile au sens le plus large : honneurs, aides aux aveugles dans la rue, places cédées dans le métro, transports offerts en voiture à ceux qui attendent l'autobus, aumône, journal de l'armée du salut...
 
L'émergence d'une vision désespérante de la société
 
De plus, cette condamnation de la société, est évidemment faite de manière ambiguë en nous incitant à adopter des jugements péremptoires mais à "double tranchant" . Ainsi son approche du bonheur : « Je jouissais de ma propre nature , et nous savons tous que c'est là le bonheur bien que, pour nous apaiser mutuellement, nous fassions mine parfois de condamner ces plaisirs sous le nom d'égoïsme.» nous oblige à admettre que la société condamne hypocritement le seul bonheur possible et aussi qu'il n'est pas de bonheur autre qu'égoïste: dès lors c'est la condamnation de toute atteinte du bonheur pour l'homme en tant qu'être social.
 
Ainsi, si nous acceptons la proposition de Clamence, d'une part nous devenons son complice, et d'autre part nous acceptons d'entrer dans une vision du monde et de la société qui est pervertie. Clamence par sa recherche de compatriote à Mexico City souligne son besoin social des autres : il témoigne du caractère social de l'homme. Mais, paradoxalement -et perfidement- il refuse d'admettre une autre finalité de la société qu'égoïste, niant tout intérêt à la société. Il pose alors un ensemble de questions dont il prépare d'ailleurs la réponse tout au long du livre II et des livres suivants.
 
Qu'est-ce que la société dans laquelle nous vivons ?
 
En premier lieu, Clamence s'empresse stratégiquement de définir la société en laquelle nous croyions comme ce qu'elle n'est pas !
 
Une définition en filigrane de la vie

On remarquera que sous cette forme, la ville d'Amsterdam est définie par Clamence comme un lieu "sans" [il y a un autre lieu "sans" chez Camus : Oran dans La Peste lorsqu'il en fait une sorte de description à la manière d'un guide touristique : sans pigeons, sans arbres, un lieu où il devient difficile de mourir]. On pourrait dire autrement qu'Amsterdam est un vide, donc un creux.

 
A l'opposé, Paris, à l'époque de la bonne conscience est entrevue comme une ville de plénitude. Clamence évoque la jouissance de sa «propre nature», du «bonheur», il utilise l'expression « j'aimais» ou le verbe aimer trois fois dans le 5ème paragraphe du livre II, ainsi que j'adorais et j'exultais. Plus loin il évoque sa "chance" lorsqu'il cédait sa place dans le métro, la réjouissance, les "plaisirs" et les "constants plaisirs", "les continuelles délectations". Tous ces termes laudatifs traduisent sans aucun doute possible le bonheur de Clamence. Ils coïncident avec la notion de sommet et le sentiment que tout ce qui est souterrain est synonyme de crime (à propos des spéléologues). Est-il anodin que la situation de Clamence soit comparée par lui à celle qu'occupe le Deus ex machina , qui surgit des cintres ? Bien sûr que non, car, à travers l'allusion au théâtre, aux dieux artificiels, c'est bien la notion d'Eden qui surgit : « je régnais, librement, dans une lumière édénique» (livre II page 31), «N'était-ce pas cela, en effet, l'Eden, cher monsieur : la vie en prise directe ?». Et cet Eden est conçu comme le sens inné de la vie («la vie en prise directe», « Je n'ai jamais eu besoin d'apprendre à vivre. Sur ce point, je savais déjà tout en naissant.» livre II p.31), marqué par l'harmonie (« Mon accord avec la vie était total »), le signe positif qui transforme tout en or, et assure une réussite automatique.
 
Une dimension tragique, liée au regard posé sur l'existence
 
Tout ceci permet donc d'associer vie et existence, même si , dans le récit de Clamence, les signes annonciateurs d'une tragédie se multiplient. Cette notion du tragique est implicite dans le sentiment de Clamence de régner, de planer sur des cimes : plus haute sera la chute ! En suggérant tout au long de son récit que cette situation ne devait être que provisoire, Clamence suggère en fait que le bonheur humain, le sien , ne peut être éphémère et non éternel comme le souhaiterait toute l'humanité. C'est donc le sentiment d'un destin tragique, celui du malheur de la condition humaine. La force de Camus dans la Chute provient de la liaison de ce sentiment issu de la tragédie au sentiment chrétien de la faute originelle des hommes qui peut apparaître comme déterminant le destin de l'humanité entière. On a évoqué tout à l'heure les dieux tapis dans les cintres du théâtre , le Deus ex machina du théâtre.
 
L'inversion des valeurs de l'histoire du Catholicisme : l'Antéchrist

Mais ce dieu artificiel, n'a-t-il pas pour fonction de suggérer, en creux, le Dieu véritable, celui qui décide du sens de la vie ? Voilà pourquoi le manichéisme de Clamence apparaissait dans la description de sa vie à Paris. Voilà pourquoi aussi il se sent un "surhomme" ou "désigné", "autorisé à ce bonheur par quelque décret supérieur" , ce fils d'origine modeste qui se sentait fils de roi, ce Jesus de théâtre . Comment ne pas voir qu'il est l'Antéchrist annoncé par le Juge d'Instruction de l'Etranger ? Comment ne pas voir qu'il nous offre un monde "négatif" du monde chrétien et de la venue du Christ des catholiques ? En effet, on peut en schématisant voir en Jésus celui qui vient, après le péché d'Adam et Eve et la chute des premiers hommes, racheter l'humanité au nom de l'amour immense de Dieu. Jésus est donc celui qui sort les hommes d'une sorte de condamnation dans laquelle ils étaient tombés pour leur permettre, à l'issue d'une vie dépreuve, d'accéder au Paradis, à Dieu. Or, Clamence inverse ce schéma : il est celui qui annonce à ses interlocuteurs la venue d'un enfer terrestre, la disparition de Dieu, l'ère du désespoir et du troupeau humain livré à l'égoïsme désenchanté d'un seul roi accroché à son décor de théâtre dont il n'ignore lui-même rien de ce qu'il est, un lieu situé artificiellement nulle part, hors du temps et quasi hors de l'espace, éternité de la mort.

 
Le séjour des ombres, ou une vision de l'enfer
 
Il est en effet remarquable que soudain le ton de Clamence bascule dans ce livre II. L'irruption du thème de la mort accompagne ce changement de ton , avec l'irruption de l'idée de suicide («pour savoir si ce n'est pas justement le soir où vous décidez de vous suicider»p. 35) ou de meurtre (« le mot qui fait balle » p. 36). Soudain le lyrisme semble associé à la mort ( « Avez-vous remarqué que la mort seule réveille nos sentiments ?» p.37) ; la description de la ville devient élément de décor :
« (...) c'était un beau soir d'automne, encore tiède sur la ville, déjà humide sur la Seine. La nuit venait, le ciel était encore clair à l'ouest, mais s'assombrissait, les lampadaires brillaient faiblement.(...) On voyait luire le fleuve, entre les boîtes fermées des bouquinistes.»
 
Ces lampadaires ne ressemblent-ils pas, pris comme les éléments de décor d'une scène de théâtre, à des cierges ? Et les boîtes fermées des bouquinistes à des cercueils ? Image saugrenue ? Pas tant que cela si on se reporte au début du livre suivant, le III, page 47 pour y découvrir un autre enterrement : « Comme les canaux sont beaux, le soir ! J'aime le souffle des eaux moisies, l'odeur des feuilles mortes qui macèrent dans le canal et celle, funèbre, qui monte des péniches pleines de fleurs.»
 
Cet enterrement n'est-il pas symbole de la chute ? De l'impossible vie parce que de l'impossible bonheur ?
 
Il suffit pour s'en convaincre de lire la transcription de l'attitude de Clamence après avoir entendu le rire retentir sur le Pont des Arts (théâtre ? roman ? fiction ? réalité ?) : « Je me rendis dans la salle de bain pour boire un verre d'eau. Mon image souriait dans la glace, mais il me sembla que mon sourire était double...». Le "mais" souligne un écart, une contradiction, le dédoublement d'un personnage qui ne faisait qu'un, en harmonie avec la vie, à l'esprit en accord avec le corps, et pour lequel soudain le monde se déchire d'une manière manichéenne. Mais il y a aussi un autre élément, pratiquement anodin en apparence, et qu'on ne remarque généralement pas : le verre d'eau ! Il rappelle que toute l'histoire repose sur une histoire de verre....de genièvre. Il rappelle que le genièvre irrigue toute La Chute et qu'il est le médicament de Clamence -notamment au livre VI- contre la fièvre, quand il n'est pas éventuellement source de fièvre lorsque Clamence évoque les Hollandais ivres de rêves fous au livre I. Le verre d'eau sera sans doute le dernier de Clamence parce qu'il n'y a plus d'eau pure comme il n'y a plus d'Eden et plus d'innocence. Et il n'y aura plus d'innocence parce que Clamence aura déjà existé : il se souviendra de faits qui auront marqué sa vie, jalonné sa vie, niant en réalité le sentiment d'état figé dans une éternité pour enclencher un temps humain symbole même du drame de l'homme : sa mort.
 
Dans quelle mesure ne sommes-nous pas parvenu ainsi au terme d'un cercle qui se referme, au-delà de Clamence, sur Camus lui-même ? Camus nous révèle dans ses Essais qu'il a peur de la mort. Cette obsession, son oeuvre en témoigne assez et le choix délibéré qu'il fait d'être du côté des hommes et de vouloir vivre, vivre même au moment de mourir. Or, l'enfer de Camus dans la Chute n'est pas que celui du mensonge des hommes, celui des intellectuels qui comme Sartre n'ont qu'une volonté de jugement. Cet enfer explique profondément, intimement le sens personnel de Camus à la vie, et son refus de retomber dans un manichéisme qu'il soit chrétien ou intellectuel comme le jugement de Sartre. Cet enfer est en fait, par son manque d'amour, son égoïsme, un véritable paradoxe : c'est un abîme et comme l'enfer de Dante, il est glaciation c'est-à-dire négation de toute vie. Mais il est aussi revendication forcenée de la vie. On peut dire que lucidement Camus a transfiguré dans la Chute toute son oeuvre antérieure qu'il a néanmoins dépassée par l'irruption d'images nouvelles, en apparence inhabituelles et par une construction particulièrement riche en symboles qui se répondent les uns les autres éclairant certes l'oeuvre, mais lui donnant aussi une dimension profonde, vaste et mystérieuse, de l'ordre de ces oracles qui nous laissent entrevoir des vérités tellement bien cachées qu'on sent qu'ils épuiseront nos recherches.
 
 
 
Eléments d'étude
 
Le sens didactique :
 
- utilisation des exemples.
 
- interpellation de l'interlocuteur : "croyez-moi, cher monsieur"
 
- utilisation du nous : "Arrêtons-nous sur ces cimes" p.27
 
- Rappel de la construction de la pensée : "Vous comprenez maintenant ce que je voulais dire" p.27
 
 
La rhétorique en action :
 
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Definitions
 
 
aphorismes : formule résumant un point de science ou de morale, sorte de maxime
Huis Clos (1944) : oeuvre de Sartre qui témoigne de la relation sociale de l'homme et de ses rapports avec l'autre. L'homme ne se constitue pas seulement par rapport à un moi mais par rapport au jugement de l'autre, au regard de l'autre.
manichéisme : vision qui oppose le Bien et le Mal comme deux principes fondamentaux et antagonistes.
Mouches (les) 1943 : pièce de théâtre de Sartre qui évoque notamment le problème de la liberté de l'homme et de la nécessité pour lui de s'inscrire dans l'histoire par des actes.
Nausée (1938) : oeuvre majeure de Jean Paul Sartre, philosophe et écrivain existentialiste dans laquelle il fait prendre notamment conscience du sentiment décalé de l'existence et du rapport de la conscience au monde
Neveu de Rameau (le) (edition posthume 1805) Roman de Denis Diderot écrivain et philosophe du XVIII ème siècle. Dans le roman le personnage du Neveu de Rameau permet «de faire sortir la vérité; il fait connaître les gens de bien; il démasque les coquins; c'est alors que l'homme de bon sens écoute, et démêle son monde»
sacerdoce : fonction qui désigne celle d'un ministre du culte ou s'apparente à elle par son caractère quasi religieux
Sartre (1905-1980) . Ecrivain et philosophe existentialiste. Il définit une morale de l'engagement qui souligne la liberté et la responsabilité de chacun dans le choix qu'il fait dans sa vie et notamment dans sa vie professionnelle d'écrivain.Alors que Sartre et Camus sont réunis sous la même étiquette d'existentialistes, les deux écrivains en viendront à se disputer et à s'éloigner l'un de l'autre, particulièrement après le publication de l'essai de Sartre Saint Genet, écrivain et martyr en 1952. Dans la Chute, Camus fait aussi le procès de Sartre et de sa conception de la responsabilité.
Sartre n'est pas le véritable père de la formule les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions puisqu'on trouve chez George Herbert (début XVIIème siècle ) et Samuel Johnson (XVIIIème siècle) l'affirmation d'une telle idée.
On notera que la notion de duplicité est assez proche de la notion de traîtrise -à Amsterdam, on est dans le dernier cercle dantesque, celui des traîtres. Or le personnage du traître, du batard, est un personnage sartrien que l'on retrouve dans Le Diable et le Bon Dieu par exemple. Sartre tout entier est un "traître" dans la mesure où issu d'un milieu bourgeois il trahit sa classe pour embrasser la cause du peuple (c'est aussi le titre d'une revue maoïste qu'il soutiendra dans les années 68).
 
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