LETTRES ANGEVINES par Yvon JOSEPH-HENRI


La chute

d'Albert Camus

[Présentation sommaire ] [Eléments de biographie] [Bibliographie] [La Chute de Camus : éléments d'étude et de réflexion] [index]


I

Présentation sommaire

La Chute d'Albert Camus est la confession d'un homme qui a été le témoin d'un drame dans lequel il a choisi de ne pas intervenr. Juge-pénitent, il fait seul son procès pour mieux juger les autres. Jean-Baptiste Clamence est d'une lucidité féroce et decouvre dans la solitude l'origine du mal.

Qui est Jean-Baptiste?

Jean-Baptiste est à la fois prophète et martyr.

Il est considéré par les évangélistes comme le dernier prophète de l'Ancien Testament. Baptiseur dans le Jourdain il prêche dans le désert la venue du Messie. Il sera emprisonné pour reprocher à Hérode Antipas son union incestueuse avec la femme de son frère, Hérodiade. Salomé, la fille d'Hérode Philippe et d'Hérodiade qui obtiendra de son oncle qu'il fasse décapiter Jean et que sa tête soit présentée à sa mère Hérodiade.

La fête de Jean le Baptiste correspond à sa naissance et non à sa mort.

Jean-Baptiste Clamence clame dans le désert de l'indifférence des hommes.

La construction du roman

Le roman comprend 6 parties (chapitres). Le récit n'est pas chronologique, cependant il y a l'avant et l'après le drame. C'est l'endroit qui devient l'envers à cause d'un rire. Il existe un manichéisme presque systématique dans la construction de ce roman.

Le thème géneral

C'est évidemment la chute, la chute d'un ego, la chute d'Icare, la chute de l'homme suivant les principes divins, dans la mesure où cela est présenté comme tel. Mais Clamence présente-t-il son aventure comme une chute pour convaincre son interlocuteur qu'il n'y a pas de bonheur possible, pas d'espoir possible dans la vie. Ce n'est donc pas la chute de l'homme au sens d'Icare qui a voulu s'approcher de la lumière, de l'interdit : c'est dire clairement qu'il n'y a pas de lumière accessible pour l'homme

Clamence se croyait réalisé, en haut, il croyait être arrivé et il se découvre bas, il se découvre tel qu'il est vraiment. Plus il avance dans son analyse de la morale et plus sa santé se dégrade. Tout laisse cependant penser qu'il triche pour amener son interlocuteur à le laisser séduire et , à son tour, à commencer sa confession. Clamence est donc un homme de théâtre !

 

[retour haut de page]


II

Camus: éléments de biographie

Camus est né en 1913, en Algérie et il est mort en 1960 en France largement reconnu puisqu'il venait d'obtenir le Prix Nobel en 1957. Il s'occupait alors de théâtre après avoir mené une vie bien remplie bien que tragiquement interrompue en pleine force de l'âge.

La vie de Camus est sans doute d'abord marquée par la pauvreté qu'il évoque dans Le Premier Homme, le dernier ouvrage paru de lui à partir d'un manuscrit inachevé.Ensuite on trouve l'importance de la guerre qui lui a enlevé son père, et qu'il découvre en France lors de la Seconde Guerre Mondiale . Il semble bien en retirer son refus de la mort. De l'Algérie, il gardera l'image (et l'amour) du soleil, de la mer et des bains de mer, du sport et particulièrement du football. Philosophe, il réfléchira aux rapports de la pensée chrétienne et de la philosophie antique, deviendra un des tenants de l'existentialisme avec Sartre dont il s'éloignera.

1913 naissance d'Albert Camus à Mondovi (département de Constantine, en Algérie)

1918-1923 : école communale

1924-1930 : lycée d'Alger

1933 : premier mariage qui durera un an

1936 : diplôme d'étude supérieur sur les rapports de l'hellénisme et du christianisme à travers Plotin et Saint Augustin

1938 : journaliste à Alger-Républicain

1940 : remariage. Départ pour la France

1942 : entre dans le mouvement de résistance «Combat»

21 août 1944 : premier numéro de Combat dont Camus est rédacteur en chef

1947 : Camus quitte Combat .

1951 : rompt avec Sartre

1952 : démission de l'Unesco

1955 : Voyage en Grèce

1956 : Voyage en Algérie

1957 : Prix Nobel de Littérature pour son oeuvre qui « met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes»

1960 : mort dans un accident de voiture.


III

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

 

1937 : L'envers et l'endroit (essai)

1939 : Noces (essai)

1942 : L'Etranger (roman) , Le Mythe de Sisyphe (essai)

1944 : Calligula (théâtre), Le malentendu (théâtre)

1947 : La Peste (roman)

1948 : L'Etat de siège (théâtre)

1950 : Les Justes (théâtre)

1951 : L'homme révolté (essai)

1954 : L'Eté (essais) , la femme adultère (nouvelle)

1956 : La Chute (récit)

1957 : L'exil et le royaume (nouvelles)


IV

La Chute de Camus : éléments d'étude et de réflexion

 

Pour moi, je sais que ma source est dans l'Envers et l'Endroit, dans ce monde de pauvreté et de lumière où j'ai longtemps vécu et dont le souvenir me préserve encore des deux dangers contraires qui menacent tout artiste, le ressentiment et la satisfaction.

La pauvreté, d'abord, n'a jamais été un malheur pour moi : la lumière y répandait ses richesses. Même mes révoltes en ont été éclairées. Elles furent presque toujours, je crois pouvoir le dire sans tricher, des révoltes pour tous, et pour que la vie de tous soit élevée dans la lumière. Il n'est pas sûr que mon coeur fût naturellement disposé à cette sorte d'amour. Mais les circonstances m'ont aidé. Pour corriger une indifférence naturelle, je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil. La misère m'empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l'histoire; le soleil m'apprit que l'histoire n'est pas tout. Changer la vie, oui, mais non le monde dont je faisais ma divinité. C'est ainsi, sans doute, que j'abordai cette carrière inconfortable où je suis, m'engageant avec innocence sur un fil d'équilibre où j'avance péniblement, sans être sûr d'atteindre le but. Autrement dit, je devins un artiste, s'il est vrai qu'il n'est pas d'art sans refus ni sans consentement.

Dans tous les cas, la belle chaleur qui régnait sur mon enfance m'a privé de tout ressentiment. Je vivais dans la gêne, mais aussi dans une sorte de jouissance. Je me sentais des forces infinies : il fallait seulement leur trouver un point d'application. Ce n'était pas la pauvreté qui faisait obstacle à ces forces : en Afrique, la mer et le soleil ne coûtent rien. L'obstacle était plutôt dans les préjugés ou la bêtise. J'avais là toutes les occasins de développer une «castillanerie» qui m'a fait bien du tort, que raille avec raison mon ami et mon maître Jean Grenier, et que j'ai essayé en vain de corriger, jusqu'au moment où j'ai compris qu'il y avait aussi une fatalité des natures. Il valait mieux alors accepter son propre orgueil et tâcher de le faire servir plutôt que de se donner, comme dit Chamfort, des principes plus forts que son caractère. Mais, après m'être interrogé, je puis témoigner que, parmi mes nombreuses faiblesses, n'a jamais figuré le défaut le plus répandu parmi nous, je veux dire l'envie, véritable cancer des sociétés et des doctrines.

Le mérite de cette heureuse immunité ne me revient pas. Je la dois aux miens, d'abord, qui manquaient de presque tout et n'enviaient à peu près rien. Par son seul silence, sa réserve, sa fierté naturelle et sobre, cette famille, qui ne savait même pas lire, m'a donné alors mes plus hautes leçons, qui durent toujours. Et puis, j'étais moi-même trop occupé à sentir pour rêver d'autre chose. Encore maintenant, quand je vois la vie d'une grande fortune à Paris, il y a de la compassion dans l'éloignement qu'elle m'inspire souvent. On trouve dans le monde beaucoup d'injustices, mais il en est une dont on ne parle jamais, qui est celle de climat. De cette injustice-là, j'ai été longtemps, sans le savoir, un des profiteurs. J'entends d'ici les accusations de nos féroces philanthropes, s'ils me lisaient. Je veux faire passer les ouvriers pour riches et les bourgeoix pour pauvres, afin de conserver plus longtemps l'heureuse servitude des uns et la puissance des autres. Non, ce n'est pas cela. Au contraire, lorsque la pauvreté se conjugue avec cette vie sans ciel ni espoir qu'en arrivant à l'âge d'homme j'ai découverte dans les horribles faubourgs de nos villes, alors l'injustice dernière, et la plus révoltante, est consommée : il faut tout faire, en effet, pour que ces hommes échappent à la double humiliation de la misère et de la laideur. Né pauvre, dans un quartier ouvrier, je ne savais pourtant pas ce qu'était le vrai malheur avant de connaître nos banlieues froides. Même l'extrême misère arabe ne s'y peut comparer, sous la différence des ciels. Mais une fois qu'on a connu les faubourgs industriels, on se sent à jamais souillé, je crois, et responsable de leur existence.

[retour haut de page]